"Fast & Furious": des films pour l’amour du cric et du Christ

La série des "Fast & Furious", films de grosses cylindrées d’inspiration biblique, en est à son neuvième épisode et cartonne dans les cinémas. Hollywood magnifie un protagoniste ouvertement chrétien et est couronné de succès en retour.

"Fast & Furious": des films pour l’amour du cric et du Christ
©D.R.
Contribution externe

Un texte de Laurent Verpoorten, journaliste pour la Radio Chrétienne Francophone belge.

Déclassée par l’écologie pour son bilan carboné, la voiture au cinéma continue de cartonner. Lors du dernier Festival de Cannes, les fantasmes traumatiques d’une femme pour les automobiles ont mis la critique en émoi. Mais dans les salles, c’est un film de grosses bagnoles dont les héros carburent à la foi chrétienne qui remporte les suffrages du public.

Une piste de course automobile irradiée de soleil. Plan sur le casque du pilote. Les pare-chocs des concurrents se rapprochent. Une main gantée déboîte le levier de vitesse. Un pied appuie sur l'accélérateur. Et puis, la voilà : la croix, suspendue au rétroviseur. Pas de doute, dès le sixième plan, on est bien dans Fast&Furious !

Déboulé en salle le 14 juillet dernier, le neuvième épisode de cette saga cinématographique occupe la première place au box-office américain et européen. Vingt ans que ça dure ! Depuis le premier opus, sorti en 2001, cette franchise a rapporté plus de 6 milliards de dollars. Et cela, sans véritable soutien de la critique.

Qu'elle l'apprécie ou qu'elle la déteste (comme c'est souvent le cas), celle-ci résume la série des Fast&Furious à une enfilade de films pop-corn répétitifs dont les courses-poursuites spectaculaires sont censées faire oublier l'absence de profondeur scénaristique. Un cirque, ou plutôt des jeux du cirque dans lesquels le volant a remplacé le trident et dont la seule ambition serait d'offrir au bas-peuple du joint et des pneus.

C’est aller trop vite en besogne ! L’univers urbain et l’imagerie bling-bling de la série ne sont en fait qu’une apparence.

Catholi-cité

La franchise F&F s’avère bien plus subtile qu’elle ne paraît dans le dévoiement habile qu’elle opère sur la culture des cités. Baskets, tatouages, bande-son rap, rivalités, apparemment tout y est. Mais les comportements des personnages - en particulier de Dom Toretto, le héros principal interprété par Vin Diesel - et les valeurs qui les inspirent sont aux antipodes de l’univers des banlieues tel qu’il est généralement représenté au cinéma.

D'abord, dans Fast&Furious, le machisme est battu en brèche par la présence de personnages féminins qui font tout sauf de la figuration. La série, certes, présente dans chaque épisode des séquences directement empruntées aux clips de rap dans lesquels des pléthores de filles ultra-sexy sont à la disposition des mâles. Mais toute l'originalité de F&F consiste précisément à n'en faire qu'une toile de fond passagère. Car les hommes ne consomment pas les femmes dans F&F, ils les respectent, les protègent, les pleurent, les aiment, les épousent et leur restent fidèles alors que les tentations ne manquent pas. "Si tu lui brises le cœur, je te brise la nuque" est l'une des punchlines cultes de Dom Toretto…

Mais surtout, la loi du deal et l'obsession de l'argent qui règnent en maîtres dans les banlieues sur grand écran n'ont pas, dans F&F, droit de cité. "Money will come and go", relativise Dom Toretto dans le volet 5. Généreux, il affranchit ses débiteurs à plusieurs reprises et fait don de ses différents véhicules avec une gratuité déconcertante… Car en définitive la seule chose qui compte pour lui n'est pas d'ordre matériel : c'est la famille.

L’amitié plus que la famille

Or, dans les films de banlieue, la famille n'existe plus, remplacée par la bande de potes ou par la communauté ethnique. Fast&Furious tourne le dos à ces deux modèles. Les héros n'y entretiennent pas tous des liens de sang sans que le sentiment qui les unit ne soit pour autant de l'ordre de l'amitié.

L’Antiquité qui fit de l’amitié sa vertu cardinale entre en résonnance avec le monde actuel. Pour beaucoup, la famille est désormais davantage synonyme de souffrances que de stabilité. Pas étonnant dès lors que l’amitié, parce que non subie, devienne la relation-étalon.

Dom, lui, ne veut pas s'en contenter. Comme les chrétiens, il vise plus haut. "Je n'ai pas d'amis, dit-il dans le volet 7, je n'ai qu'une famille." Et au vu des origines multiples dont en sont issus les membres, il apparaît clairement que les racines de cette famille n'ont rien d'ethniques mais sont d'essence universelle et spirituelle. Catholique en somme.

À bien y regarder, le seul parallèle possible entre Fast&Furious et l'Antiquité reste de nature purement cinématographique. Jamais, depuis Ben-Hur (Wyler, 1959), Hollywood n'avait autant magnifié un personnage ouvertement chrétien. Ben-Hur qui, comme Dom, excellait dans les courses… de chars.

La foi sous le capot

Comment une franchise à ambition mondiale est-elle parvenue au fil du temps à conserver son ADN chrétien ? Mystère. Mais les références présentes dans les 9 titres de Fast&Furious abondent.

Dès les origines de la série, Dom Toretto arbore une croix chrétienne sur ses pectoraux. Signe de l'amour mutuel, il la donne lors de son mariage - vraisemblablement catholique - à Letty, qui elle-même la transmet à son fils. À cette occasion, F&F 9 s'accorde le temps de montrer Dom répondant aux questions naturelles que les enfants se posent sur Dieu.

Dans l'épisode 4, Letty est présumée morte. Dans le 8, Dom semble avoir trahi les siens. Mais une croix redécouverte annonce leur retour dans la famille, comme si la foi chrétienne en était la condition préalable. Dans F&F 7, grâce à une puce placée sur cette même croix, les héros parviennent à localiser un outil technologique hyper sophistiqué baptisé "L'œil de Dieu".

Plus évident encore, la plupart des volets de Fast&Furious se clôturent par un barbecue, repas fraternel qui constitue la marque déposée du christianisme. Audace insigne, ils sont systématiquement précédés par le Benedicite ! Dans un dialogue devenu célèbre (F&F 5), Dom explique qu'étant enfant, son père accueillait tout un chacun à la table dominicale pour autant qu'il ait assisté… à la messe !

Enfin, l'esprit de vengeance n'a jamais le dernier mot dans Fast&Furious. Au terme du premier épisode, Dom, l'enfant des quartiers, se réconcilie avec un policier. Dans le 7, il fait équipe avec son adversaire. Dans F&F 9, il renoue avec son frère ennemi (prénommé Jacob !). Plutôt qu'une facilité scénaristique, cet accueil systématique de l'opposant au sein de la famille témoigne du culot des Fast&Furious d'oser préserver une place, dans un cinéma populaire traditionnellement revanchard, à la possibilité du pardon.

Méca-physique

Traçant crânement sa route, la franchise Fast&Furious n’a cessé au fil des épisodes de dilater son ancrage chrétien à l’ensemble de son univers. Depuis le volet 7, l’ennemi récurrent s’appelle Cipher - entendez Lucifer - opposé à un certain Monsieur Nobody - entendez Dieu, qui fixe à la famille les missions qui doivent contrecarrer les projets diaboliques.

Loin du granguignolesque, cette confrontation à distance dispense une leçon d’eschatologie, valant pour les héros du film comme pour chaque chrétien : derrière toute action se joue un combat spirituel dont dépend finalement le salut du monde.

>>> Titre et chapô sont de la rédaction. Titre original : "Fast&Furious : Pour l’amour du Cric".