Partenaires sociaux, et l’intérêt général ?

Lorsque syndicats et fédérations patronales finissent par conclure un accord, l’intérêt général n’est pas forcément gagnant.

Partenaires sociaux, et l’intérêt général ?
©Bauweraerts & Pixabay
Contribution externe

Une chronique d'Étienne de Callataÿ.

Quand des opposants de longue date fument le calumet de la paix, il y a lieu de se réjouir… ou de se méfier.

Si syndicats et fédérations patronales finissent par conclure un accord, on pourrait penser que tout le monde est content et, de ce fait, que l’intérêt général y gagne. C’est malheureusement là un grave raccourci, car le monde ne se limite pas aux intérêts des syndicats et des employeurs. En témoigne l’accord interprofessionnel, ou AIP, pour 2021-2022 conclu avant l’été.

Il ne s’agit pas ici d’analyser chacune des composantes de cet accord mais de mettre en exergue un point particulier pour illustrer les limites d’un modèle où le gouvernement, à qui revient la promotion du bien commun, fuit ses responsabilités et se défausse, ici en souscrivant à ce que les partenaires sociaux ont convenu en matière de fins de carrière, au détriment de l’intérêt des jeunes générations.

Nous le savons, un certain nombre de métiers sont réellement pénibles, et cela d’autant plus s’ils sont exercés durant l’essentiel d’une vie professionnelle, une pénibilité qui peut être physique (horaires, températures, poids…) et psychique. L’idéal serait de limiter la pénibilité, ce qui passe d’abord par de l’information et de la sensibilisation, mais aussi par des législations et, mais c’est un tabou pour les fédérations patronales, par la responsabilisation individuelle des entreprises concernées. Une solution de second choix serait une "tournante" dans les métiers difficiles, qu’à partir de, disons 45 ans, on puisse avoir un emploi moins lourd.

L'AIP opte pour une autre voie, celle du travail à mi-temps (ou à 4/5es), et cela dès 55 ans. C'est un fameux retour en arrière par rapport à l'allongement de la durée moyenne effective de travail avant la retraite, et cela d'autant plus que ce départ précoce n'est pas conditionné à une reconnaissance comme pénible du métier exercé. La pénibilité est l'argument avancé (voir Monica De Jonghe, directrice générale de la FEB, "Le sens des responsabilités", La Libre, 16 juin 2021) mais en fait sans qu'il y ait un quelconque lien entre pension à mi-temps à 55 ans et pénibilité !

D’idiots objectifs quantitatifs

Le président Macron a sollicité des économistes de renom pour qu’ils fassent un rapport sur les grands défis auxquels la société est confrontée. La Commission Blanchard-Tirole vient de publier ses résultats (France-Stratégie, juin 2021). Sans grande surprise, à côté de l’environnement et des inégalités, la démographie constitue pour elle le troisième défi majeur. Sauf à postuler que les contraintes budgétaires relèvent d’une idéologie mortifère, le vieillissement démographique nous laisse face à 3 options intergénérationnelles : faire payer plus d’impôts par les jeunes générations pour financer une charge financière fortement accrue de retraite, comprimer significativement le futur niveau moyen des pensions mensuelles et allonger la vie active. La troisième semble préférable, et cela certainement en Belgique où la pression fiscale est élevée, la pension moyenne pas vraiment généreuse et l’âge effectif de la retraite inférieur à la moyenne européenne. La ministre des Pensions Karine Lalieux doit annoncer en septembre les contours de la réforme structurelle des retraites afin d’en assurer la soutenabilité mais, sans attendre, avec cet AIP, nous irions exactement dans le sens opposé à celui de l’allongement de la vie active.

Incidemment, ceci illustre encore une fois le caractère idiot d’objectifs quantitatifs que des décideurs, publics comme privés, se fixent. Afin d’augmenter le bien-être matériel et d’élargir la base de financement de l’État, le gouvernement fédéral a dit viser un taux d’emploi à 80 %. Or, la retraite à mi-temps dès 55 ans est à la fois compatible avec un tel taux tout en contractant le potentiel productif de l’économie.

Alors qu’elle fait déjà face aux plus lourdes hypothèques, un accord conclu sur le dos de la jeunesse ne peut pas être un bon accord.

>>> etienne.decallatay@orcadia.eu

Sur le même sujet