La vaccination devrait être obligatoire pour certaines professions, vu ce que les résidents du home Nos Tayons ont vécu ce printemps

Le home Nos Tayons est très bien tenu. La direction et le personnel ont tout mon respect. J’estime cependant que la vaccination devrait être obligatoire pour certaines professions, vu ce que les résidents y ont vécu ce printemps.

La vaccination devrait être obligatoire pour certaines professions, vu ce que les résidents du home Nos Tayons ont vécu ce printemps
© DR
Contribution externe

Une carte blanche de Gisèle Dedobbeleer, Chargée de projets RH dans la fonction publique, et citoyenne engagée.

Mon père vit à la résidence Nos Tayons à Nivelles. Établissement dont il a été question dans les médias récemment suite aux 12 morts Covid de mai, soit 10 % des résidents, tous vaccinés.

Établissement très agréable en temps normal - bien que mon père y soit entré en mars 2020, juste au début du premier confinement. Les lieux sont vivants, l’ambiance chaleureuse et familiale. Et le personnel très impliqué et attentif au bien-être des résidents. Malgré les chagrins successifs du décès de ma mère et de la difficulté croissante de vivre seul qui ont amené à ce déménagement, mon père se plaît là-bas.

Une situation des plus regrettables

Après le premier confinement, qui s’est terminé là fin mai 2020, il a été possible de le voir régulièrement, 30 minutes, à distance et masqués, puis d’aller le chercher de temps en temps pour l’emmener dîner chez nous, 4 h maximum par sortie et en s’engageant à respecter les mesures sanitaires. Nous nous sommes pliés à ces mesures comme tout un chacun, bien entendu.

Mon père s’est fait vacciner dès janvier 2021, tout comme la quasi-totalité de ses 120 voisins. Au contraire d’un certain nombre, inconnu de moi mais qui semble important, de soignants. Qui ont choisi, eux, de ne pas se faire vacciner. Délibérément. Par goût de la liberté ? Par peur des conséquences inconnues pour eux de ces jeunes vaccins ? La raison de ce choix les regarde.

Mais les conséquences de ce choix, maillées sans doute à d’autres raisons (aucune situation n’est simpliste, notre monde est complexe), ont abouti à une situation des plus regrettables.

Douze résidents, vaccinés, sont décédés là-bas du Covid en l’espace d’environ trois semaines en mai 2021. 12 sur 121, soit 10 %. Le 19 mai, l’établissement a refermé ses portes à toute personne extérieure pour une période censée durer deux semaines et qui a duré deux mois. Plus de visites, plus de sorties, plus de kinésithérapeute. Et une assignation chacun dans sa chambre. 24 h/24. Durant deux mois. Deux mois. Sans voir personne.

Ce sont cela, les mesures de protection renforcées qui ont été mises en place aux Tayons. Avec les conséquences que l’on peut imaginer sur ces personnes. Santé physique. Santé mentale. Diminution de la mobilité, moral en berne, appétit qui diminue, troubles du sommeil. Ce n’est pas drôle de manger seul durant deux mois, de ne voir personne, de ne pas quitter sa chambre, de ne pas aller marcher dans le jardin. De ne garder contact avec l’extérieur que par le biais du téléphone ou des journaux. Pour celles et ceux qui le peuvent encore… Mon père ne regarde plus la télévision mais il lit, a beaucoup médité, a noté une série de souvenirs à mon attention, avant qu’ils s’envolent. Il a marché autour de son lit, comme je lui avais suggéré de le faire, pour éviter de trop s’ankyloser. Voici ce qu’a été la vie des résidents des Tayons, durant deux mois, ce printemps. En sus du chagrin de la perte de leurs douze amis. Et de la peur de suivre le même chemin.

"Elles allaient bientôt mourir"

On nous parle de comorbidité chez ces 12 personnes décédées. La doyenne des lieux, notamment, n’a pas survécu. Elle avait 102 ans. D’après mon père, elle était en pleine forme juste avant, dotée d’une mémoire incroyable pour son âge, que mon père lui enviait. Quelle était sa comorbidité, outre son âge respectable ?

On me dit que ces personnes allaient quand même bientôt mourir, que le Covid n’a fait qu’accélérer de quelques semaines ou mois une fin de vie prévisible au vu de leur âge. Voilà là bien peu de respect pour nos aînés. Et peu d’empathie pour la vie de ces personnes durant ces deux très longs mois.

On me dit aussi que ceci est la preuve que le vaccin ne sert à rien puisque tous les morts étaient vaccinés. Rectificatif. La conclusion d'Emmanuel André dans le cadre de l'enquête menée aux Tayons par l'Aviq : "L'efficacité du vaccin chez les personnes âgées se construit aussi grâce à la vaccination du personnel et de l'entourage des maisons de repos. Si le virus continue à circuler dans la société, il va continuer à s'introduire dans les maisons de repos. […] Il y aura encore des clusters avec plus de personnes qui ont des formes sévères de la maladie, surtout si la vaccination est incomplète."

Je vois passer sur les réseaux sociaux des commentaires ahurissants à la rhétorique fumeuse au sujet des vaccins et des mesures sanitaires. Les termes utilisés, eux aussi, me posent question. Propagande, mensonge. Talibans, apartheid sanitaire, étoile jaune, dictature, esclaves, extrémisme et j’en passe. C’est une insulte aux peuples qui ont souffert et souffrent encore sous le joug des véritables dictatures que d’utiliser un tel vocabulaire dans le contexte que nous vivons. Le tout assorti de termes en majuscules et d’émoticônes diverses triplées pour accentuer les propos.

Si certains sont mesurés dans leurs propos et prudents dans leurs hypothèses et conclusions, d’autres groupes, qui comportent hélas de mes amis parfois, virent à la dérive complotiste la plus réactionnaire. Pendant ce temps, le virus continue à se propager et nos concitoyens en pâtissent, fragiles, aînés, malades et autres.

Or ces vaccins, dont on peut en effet regretter la nécessité si on le souhaite, sont une solution nécessaire, complémentaire à d’autres mesures, pour lutter contre ce qui nous limite depuis maintenant 18 mois. Participent à la solution. À une solution. Peut-être pas la meilleure qui soit, aux yeux de certains. Mais la seule actuelle.

À celles et ceux qui propagent des propos provoquant des doutes chez d'autres, je voudrais rappeler la phrase de Sacha Guitry : "Ce qui, probablement, fausse tout dans la vie, c'est qu'on est convaincu qu'on dit la vérité parce que l'on dit ce qu'on pense." Il n'y a pas ici de vérité. Pas une vérité. C'est un mythe de le croire. Il y a des points de vue et des choix de chacun dans un contexte ambigu et complexe.

J’espère un sursaut de lucidité de nos concitoyens. Leurs doutes les honorent, selon la formule usée. Mais parfois il est bon d’agir sans avoir toutes les réponses à ses questions, fussent-elles légitimes.

Pour que les 12 résidents des Tayons ne soient pas morts pour rien. Et que leurs 109 voisins n’aient pas subi cette assignation à leurs chambres durant deux mois pour rien non plus. La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres.

J’espère sincèrement que la liberté de nos aînés et autres fragiles a le même prix que celle des soignants non vaccinés. Il semble que non, au vu de ce que nous venons de vivre ici.

>>> Titre de la rédaction. Titre original: La liberté est-elle égale pour tous au sein de nos homes ?

Sur le même sujet