À Hurtebise, là où règne un impressionnant havre d’intériorité et de fraternité

La communauté des sœurs bénédictines d’Hurtebise se situe juste en dehors de notre monde, et pourtant bien dedans.

À Hurtebise, là où règne un impressionnant havre d’intériorité et de fraternité
©DR
Contribution externe

À la lueur d’une luciole. Une chronique de Charles Delhez.

Je reste impressionné par la communauté bénédictine d’Hurtebise, par ces femmes attentives à quelque chose qui semble échapper à notre monde. Elles ne sont pas inactives, loin de là. Elles doivent gagner leur vie, comme tout le monde. Elles ne sont ni bêtes ni naïves, non plus, tout au contraire. Elles sont libres. Au fil des années, elles veillent dans le silence et le chant. Elles rappellent à notre humanité cette dimension essentielle située au plus intime de nous-mêmes, qui nous ouvre sur un plus grand, une Transcendance, une Présence qui enveloppe et rassemble. Elles nous offrent une parabole de fraternité, attentives qu’elles sont les unes aux autres, sans s’être choisies pour autant. Et tous ceux qui sonnent à la porte sont accueillis, se sentant attendus, comme ce SDF qui, tous les mois, y trouve gîte et couvert pour quelques jours.

Des chants soignés et une variété de textes et de mélodies, à chaque jour différents, des célébrations rehaussées par l'orgue et accompagnées de la kora redisent le primat de la prière sur tout le reste et expriment "une revendication de liberté par rapport à la tyrannie d'un labeur infini qui échoue à dire le sens de la vie" (David d'Hamonville).

Une chorégraphie fraternelle

Leur vie ressemble une chorégraphie où tout est réglé comme du papier à musique. À la fin d’un office, chaque objet est aussitôt remis à sa place. Tandis que l’une éteint les cierges tout en les entretenant comme on taille un rosier, une autre range le matériel électronique qui a permis à certaines personnes extérieures de suivre la prière ; une troisième prend en charge la sœur en voiturette tandis qu’une autre encore s’occupe de l’éclairage. Puis chacune se disperse, retournant à sa tâche.

Elles vivent dans un écrin de verdure, adossées à la forêt et s’ouvrant sur un vaste horizon, attentives à la beauté de la nature, au rythme des saisons que le vieux tilleul indique comme une horloge au cadran de 365 jours, changeant de couleur, se dépouillant puis bourgeonnant et s’épanouissant. À l’intérieur du monastère, des bouquets de fleurs du meilleur goût, grands ou petits, décorent la chapelle, les tables, les couloirs, prolongeant la louange des moniales. Les cloches de la tour répartissent la vie quotidienne entre travail, liturgie, prière personnelle, temps communautaire, repas et détente…

Le rappel de l’essentiel

Certes, la vie monacale n’est pas faite pour tous, tout comme la vie politique ou celle du chercheur en laboratoire, mais il est tellement important pour notre humanité qu’elle existe. Elle nous rappelle que l’essentiel est invisible pour les yeux, qu’il mérite toute notre attention et donne sens à notre aventure terrestre. Comme Abraham, ces femmes marchent sur cette terre, mais gardent les yeux fixés sur les étoiles… Elles se situent juste en dehors de ce monde, et pourtant bien dedans. Elles vivent "ici et maintenant", mais n’ont pas ici-bas de cité permanente. Chaque minute est pour elles porteuse d’éternité.

Me revient en mémoire ces lignes de l'écrivain belge Jean Andriat : "Les hommes et les femmes de prière sont des balises pour le monde, ils indiquent une direction, une présence. Les contemplatifs participent autant à la vie du monde que les agités qui s'y noient. Les contemplatifs sont actifs de l'intérieur ; ils ne se coupent de rien, ils choisissent de demeurer attentifs et libres. Sans se faire happer par le monde, ils y sont bien plus présents que celles et ceux qui ne vivent que par lui."

Évocation idyllique ? La vie religieuse n’est certainement pas facile tous les jours. Le combat spirituel, elles connaissent. Mais, selon la loi des vases communicants, elles se soutiennent mutuellement. Quand l’une est au plus fort de la lutte, une autre goûte une joie intense et ensemble, elles poursuivent le chemin.

Merci à elles d’être là et de veiller. Elles le font en notre nom. Elles vivent dans la louange et la supplication pour tous ceux qui n’en ont pas le temps. Pour chacun de nous, somme toute.

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