Une action urgente pour les réfugiés afghans s’impose

Ouvrir des "couloirs humanitaires", revoir les demandes d’asile rejetées et reconsidérer la règle du "pays tiers sûr" pour aider la Grèce : c’est le moins qu’on puisse faire.

Une action urgente pour les réfugiés afghans s’impose
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Contribution externe

Sant'Egidio BXL Europe

Les événements dramatiques de ces derniers jours en Afghanistan sont gravés dans tous les esprits. L’évacuation des Européens et de leurs collaborateurs afghans est actuellement une priorité absolue et un impératif moral pour tous les pays qui ont participé de loin ou de près à l’effort en Afghanistan.

Mais pour les autres Afghans qui fuient ou ont déjà fui leur pays, les États membres de l’UE doivent également développer une politique plus responsable, humaine et réaliste. Ces derniers jours, on a souvent fait la comparaison avec la chute de Saïgon en 1975. Après cette guerre perdue, les pays occidentaux ont accueilli des milliers de "boat people" vietnamiens. C’était le moins que l’on puisse faire.

Il est maintenant urgent de faire de même pour les réfugiés afghans. Nous proposons les pistes d’actions concrètes suivantes.

Tout d’abord, il faut créer des voies légales et sûres pour ces réfugiés. Nous proposons que la Belgique et les autres pays européens ouvrent d’urgence des "couloirs humanitaires" pour les Afghans qui ont besoin d’une protection internationale. Avec des partenaires dans plusieurs États de l’Union européenne, nous sommes prêts à apporter notre contribution en termes d’accueil, de parrainage privé et d’aide à l’intégration. Cette initiative suit le modèle des couloirs humanitaires pour les réfugiés syriens et érythréens qui ont été, avec succès, mis en place ces dernières années en Italie, en France et en Belgique, en coopération avec diverses organisations de la société civile. Ils constituent un modèle de coopération entre les gouvernements nationaux, les organisations internationales et la société civile pour un accueil contrôlé et organisé des personnes vulnérables.

Deuxièmement, les pays européens peuvent également faire plus pour les réfugiés afghans qui se trouvent déjà sur le sol européen. Ces dernières années, les Afghans constituaient déjà le deuxième groupe de demandeurs d’asile dans l’Union européenne, après les Syriens mais avant les Vénézuéliens. Il s’agit souvent de très jeunes gens, de mineurs non accompagnés ou de familles avec enfants. C’était une indication de la gravité de la situation dans ce pays. Néanmoins, beaucoup ont vu leur demande d’asile rejetée. Récemment, le gouvernement fédéral belge a lui aussi compris, à juste titre, que dans les circonstances actuelles, il est tout à fait hors de question de renvoyer par la force en Afghanistan les demandeurs d’asile déboutés. Étant donné la situation actuelle, il serait également approprié de réexaminer les demandes d’asile de ceux qui ont été rejetés.

Troisièmement, il est nécessaire de reconsidérer la règle du "pays tiers sûr" pour les Afghans. Parce que ce principe est appliqué à la Turquie, des milliers d’Afghans sont bloqués sur les îles grecques. Leurs demandes d’asile ne sont même pas examinées. Nos volontaires, qui sont actifs à Lesbos et ailleurs en Grèce, peuvent témoigner du caractère désespéré de leur situation. Nous appelons la Grèce et les autres pays européens à reconsidérer cette décision à la lumière des circonstances dramatiques actuelles. Notre pays ne peut-il pas faire davantage pour aider la Grèce dans ce domaine ?

Face à cette tragédie, nous ne devons pas ériger des barrières supplémentaires, mais les faire tomber. Ne nous contentons pas de regarder avec horreur l’évolution de la situation en Afghanistan, mais agissons. Depuis 20 ans, les Occidentaux et les Afghans ont tenté de construire un Afghanistan libre et démocratique. Ce projet a échoué. Ne faisons pas payer le prix à ceux qui y ont cru.

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