Entre les Diables, les JO, les inondations et Kaboul, que fut notre été 2021?

“Pour commander la nature, il faut d’abord lui obéir”, nous rappelait le philosophe anglais Francis Bacon...

Entre les Diables, les JO, les inondations et Kaboul, que fut notre été 2021?
©Belga et AFP
Contribution externe

Une chronique de Xavier Zeegers (xavier.zeegers@skynet.be)

L’été est souvent associé à la zénitude, celle qu’alimente la trêve estivale. Une illusion car les deux dernières guerres mondiales et les premiers – et derniers, espérons – bombardements atomiques éclatèrent en cette belle saison, de même que l’érection du Mur de Berlin ou le génocide au Rwanda. Certes, il y a 52 ans notre mythique Eddy en jaune à Paris, peu après le premier pas posé sur la lune par Armstrong, (l’astronaute, pas le tricheur) nous offrit un mémorable 21 juillet mais le “bond de géant” promis à l’humanité resta dans les limbes. Et ce ne sont pas les sauts de puce de milliardaires bondissant sur leurs jouets sophistiqués qui rallumeront le rêve ; ils ne sont qu’une variante de la Foire du Midi.

En tout temps et en toutes saisons le meilleur et le pire s’entremêlent. L’Euro de foot à atteint un paroxysme médiatique, avec l’espoir ressassé d’un sacre toujours attendu mais quitte à passer pour un incivique le succès de l’Italie semble logique. Les Diables avaient un quatuor de classe mondiale mais… pas tous donc. Or le succès d’une équipe dépend surtout de son homogénéité collective. Les Azzurris, exclus du dernier Mondial, eurent alors le bon goût de se montrer moins arrogants, presque humbles, à l’image du : “Un pour tous, tous pour un” chatoyant et efficace. Tel fut aussi le profil de nos Red Lions, lors de leur finale de hockey tout aussi palpitante. On dit souvent que les penalties sont une loterie. Que nenni ! Il s’agit moins de technique que de mental, d’un tourbillon d’émotions extatiques où l’on passe vite du rire aux larmes soit le spectacle de la vie même. Ah ce mental ! Un ancien gardien d’Anderlecht, Jan van Steenberghe, eut ce mot judicieux : “Je ne connais qu’une pression, celle des pneus de mon vélo”. Nos épatantes Nina et Nafi ont su aussi la gérer, bravo ! Il n’est pas très bon d’être favori car c’est une pression supplémentaire.

L’obsolescence et le couteau suisse

En cyclisme, la question du dopage semble mise sous cloche, malgré un singulier vent positif venu de Slovénie. Mais ne soyons pas mauvaise langue : c’est parce que les vélos sont en carbone, donc moins lourds et ont des freins à disque. En cas de crevaison, plus de temps perdu pour l’assistance ; hop, voici un autre vélo. J’y vois une allégorie de notre obsession du temps serré et d’une obsolescence programmée très contemporaine. Reste que le Tour est un fameux spectacle à apprécier sur deux… chaînes. En direct, Rodrigo Beenkens qui évoque le temps jadis de Luc Varenne (Vive la Belgique !) et son compétent mais trop bavard acolyte Cyril Saugrain (encore deux kilomèt, il va les met’dans le vent) ; puis en picorant les leçons d’Histoire données par l’incollable Franck Ferrand. Ce qu’il y a de plus admirable en France c’est décidément son patrimoine. Versons ensuite une larme sur la trop retardée mais inexorable retraite de Federer, “Rodger-la-classe”. En bon couteau suisse il sait tout faire, alors qu’attend-il ? Pour le meilleur (lui-même) comme les pires (ces dictateurs qui s’incrustent) le plus dur est de savoir se retirer à temps, mais le mieux serait que les derniers n’arrivent jamais au pouvoir.

La Tunisie, dernier pays à symboliser le printemps arabe de 2011, retombe dans l’errance en misant sur le chef prétendument providentiel qui conciliera l’ordre et la prospérité dans la liberté. Mais ce mythe ne s’est jamais concrétisé. Et surtout pas à Kaboul, capitale d’un pays maudit qui retombe donc dans le chaudron du diable, après 4 000 morts pour rien, soit davantage que les victimes du 11/9 tuées par un commando saoudien et non afghan ! Peut-on imposer la démocratie par la force ? Les américains l’ont cru en intervenant au Vietnam, en… Somalie, en Irak, en Lybie et donc en Afghanistan, excipant d’un “leadership moral” qui pouvait certes agacer car toujours moins convaincant. Mais ne nous réjouissons pas de ces claques à répétition. Les “harkis” afghans qui crurent à la libération seront-ils sauvés à temps ? Trop tard déjà sans doute.

Quant aux inondations… Qu’ajouter de plus aux mots du philosophe anglais Francis Bacon affirmant il y a déjà quatre siècles que “Pour commander la nature, il faut d’abord lui obéir”. Il ne nous reste même plus quarante ans pour comprendre cette évidence.

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