Combien de personnes sont seules, impatientes et énervées en ville, dans leur auto si peu mobile ? Et combien profitent du vélo ?

La place du vélo a évolué dans Bruxelles. Alors profitons-en, car la vie change à vélo. Le regard sur la ville aussi.

Combien de personnes sont seules, impatientes et énervées en ville, dans leur auto si peu mobile ? Et combien profitent du vélo ?
©FLEMAL JEAN-LUC

Une chronique de Francis Van de Woestyne, journaliste.

Il y a quelques années, la perspective d’enfourcher un vélo pour se déplacer en ville relevait d’un choix iconoclaste. S’y résolvaient ceux qui, pensait-on, n’avaient pas les moyens de s’acheter un véhicule motorisé. D’autres souhaitaient afficher leur singularité ou le rejet affirmé de la société de consommation. On pouvait aussi trouver parmi ces cyclistes quelques amateurs de sensations fortes. Car à l’époque, pour se déplacer en deux-roues, il fallait slalomer entre les quatre-roues ou prendre le risque de bousculer les piétons sur les trottoirs. C’était donc la galère totale d’autant que les bécanes, alors sans assistance électrique, donnaient à leurs propriétaires la garantie d’arriver en nage au rendez-vous pour peu que le parcours comporte quelques dénivelés. En outre, annoncer à votre enfant que vous viendrez le rechercher à vélo, c’était à coup sûr lire dans ses yeux : "oh non, la honte…" Donc, le vélo, c’était plutôt non merci.

Une longueur d’avance

En quelques années, l’évolution en faveur de la pratique du vélo a été remarquable. Le nord du pays avait et a toujours plusieurs longueurs d’avance sur le reste du royaume. Il n’y a pas que la géographie qui explique cette course en tête. Le vélo est dans les mentalités, dans la vie quotidienne en Flandre depuis toujours. La région a maintenant ses autoroutes pour vélos. Au sud du pays, elles sont en projets. On en est toujours au petit braquet, mais les perspectives sont encourageantes.

À Bruxelles, l’évolution a été rapide. Profitant de l’importante réduction du trafic pendant le confinement, les autorités bruxelloises ont semé des pistes cyclables partout. Toutes les nuits, il en poussait ! Certaines de ces pistes ont été mal pensées et l’objectif n’est pas toujours de favoriser la vie des cyclistes, mais simplement de décourager l’automobiliste à prendre sa voiture. Cette politique punitive enfreint l’esprit qui devrait être avant tout le partage de l’espace dédié à la mobilité. Dans cette problématique de la mobilité, il faut, comme dans tout, faire preuve de respect et de tolérance. Ainsi, affirmer comme le font certains responsables qu’il n’y aura plus ou presque de voitures personnelles en 2030 est une aberration. Bien sûr, il y a des voitures partagées et des transports en commun. Mais l’offre, en progrès, est toujours insuffisante. Certains déplacements exigeront toujours des véhicules à quatre roues. Car même si les vélos cargos permettent de transporter une famille nombreuse, rien ne permet d’égaler le confort d’une voiture. Surtout par temps de pluie.

Des vies sauvées

La politique de mobilité, augmentant l’espace dédié aux piétons et cyclistes, va de pair avec une réduction de la vitesse en ville. Nombreux sont ceux qui ont pesté, râlé, contesté lors de l’application des 30 km/h heure en ville. La tendance au ralentissement se généralise partout en Europe. Paris s’y est mis, Bordeaux s’y prépare. Les villes moyennes aussi, partout. Une majorité de Parisiens est désormais favorable à cette disposition. Elle ne serait donc pas de nature à réduire la sacro-sainte liberté de nos voisins. Le bilan, incontestable, est là : les accidents graves ont diminué de 25 %. Une seule vie sauvée ne justifie-t-elle pas que nous levions le pied ?

Autre constat : combien de personnes sont seules, impatientes, énervées, en ville, dans leur auto si peu mobile ? Notez que des fous de la vitesse, il y en a aussi sur les vélos, les trottinettes et les autres engins. Qui se croient les dieux de la piste et du trottoir. Mais à part ces kamikazes, la plupart des cyclistes que l’on croise sont heureux.

Se déplacer à vélo, dans Bruxelles, est devenu un vrai plaisir. La vie change à vélo. Le regard sur la ville aussi. Sur les deux-roues, on peut sentir vibrer et vivre la ville, dans tous les sens du terme. Ainsi, souvent, en fin de journée, il n’est pas rare de capter, si l’on a les narines sensibles, la préparation d’un repas. Ici la famille aime beaucoup l’ail. Plus loin, c’est sûr, c’est le poisson qui sera au menu. Là, c’est le dessert qui promet de beaux moments.

Souriez, vous pédalez. Il suffit d’essayer.

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