Le Covid Safe Ticket : pourquoi est-ce si difficile ?

L’Etat a une obligation positive de nous contraindre, mais il doit le faire avec toute la sollicitude requise, envers tous, y compris les non vaccinés.

Le Covid Safe Ticket : pourquoi est-ce si difficile ?
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Contribution externe

Une opinion d'Étienne Coppieters, administrateur d'ASBL, citoyen.

Dans une carte blanche dans La Libre le 28 août, Dominique Henrion, médecin et Laura Rizzerio, philosophe, avaient évoqué avec une grande justesse le fait que notre liberté individuelle se conjuguait avec un principe de responsabilité.

Cette opinion se basait d’abord sur le constat de la grande efficacité des vaccins agréés en Europe, étayée par de nombreuses études scientifiques, dignes de confiance pour les citoyens. Il en découle que notre liberté se trouve obligée d’être tournée vers le bien et donc obligée de choisir, en particulier pour les soignants, la vaccination.

Nous pouvons donc mentionner clairement une obligation morale de se faire vacciner et pour les croyants, une obligation religieuse si on suit l'opinion publiée par Albert Guigui, grand rabbin de Bruxelles. Une phrase à retenir : "Et tu choisiras la vie", selon le Deutéronome (XXX, 19).

Cette obligation morale repose aussi en conséquence sur l’État lui-même. C’est pour cette raison que le Conseil d’Etat affirme que "la protection de la santé en cas de situation d’urgence épidémique constitue par conséquent une obligation positive dans le chef des autorités publiques, et non un simple objectif légitime qui leur serait loisible de poursuivre."(1)

Et les autres pays ?

On peut alors se poser la question de la raison pour laquelle il apparaît si difficile pour l’Etat de transformer cette obligation en un impératif légal que ce soit directement par une obligation légale d’être vacciné ou de manière indirecte par une obligation moins lourde comme le Covid Safe Ticket.

Depuis des semaines, voire déjà quelques mois, on observe en effet une hésitation de l’Etat, poussé par une furieuse envie de se débarrasser une fois pour toutes de cette pandémie et les réticences des responsables de prendre les mesures d’autorités dans ce noble but.

Observons la diversité des réponses entre les pays. En Italie, Mario Draghi a instauré, à dater du 15 octobre, un "Green Pass" pour tous les travailleurs, tant du secteur public que du secteur privé. En France, le Président Macrona joué de sa qualité de "chef de guerre"pour imposer, malgré les manifestations libertaires, un pass sanitaire. La Belgique illustre presqu'à la caricature cette diversité, avec la Flandre si bien vaccinée qu'elle peut envisager de lever quasi toutes les mesures restrictives de notre liberté tandis que le sud du pays se trouve forcé de prendre des mesures d'autorité, forcément plus impopulaires.

Vincent Laborderie, politologue, soulignait récemment le risque que la stigmatisation de cette minorité (des non vaccinés) a aussi l'avantage d'épouser, dans l'esprit de certains vaccinés, cette idée vieille comme le monde selon laquelle si les autres faisaient comme soi, tous les problèmes seraient résolus.

Il y a lieu de prendre très au sérieux ce risque. Trop souvent, on entend des personnes justifier ou appeler à des mesures fortes en ayant des propos blessants, inutilement culpabilisants envers les personnes qui pour une raison sensée ou insensée refusent de se faire vacciner.

La tâche de chaque citoyen est en conséquence en premier lieu de répandre l’information vraie et vérifiée sur l’épidémie et les vaccins, de persuader les personnes des avantages du vaccin par rapport aux risques encourus pour soi et pour les autres en cas de contagion, tout en gardant un regard bienveillant et accueillant envers les personnes réticentes.

La tâche du politique m’apparaît donc plus ardue que celle des citoyens : à ceux-ci, il suffit de se faire vacciner. Pour l’État, il faut susciter d’abord et avant tout la conviction que la vaccination est bonne sans s’empêcher de procéder dans une seconde étape à une obligation. Passer trop vite de l’un à l’autre est mauvais et contreproductif.

À cet égard, il me revient un commentaire du philosophe Franz Rosenzweig (1886 -1929). Il légitime la contrainte de l'État et refuse une liberté prétendument absolue. S'il jugeait l'Etat à la fois "bon" et "mauvais", c'était parce que sa contrainte, tout en étant nécessaire, ne procédait pas de l'amour : "l'État n'est pas mauvais parce qu'il contraint. C'est au contraire la raison pour laquelle il est bon et pour laquelle il doit nécessairement se maintenir bien qu'il soit mauvais, jusqu'à ce qu'il devienne superflu…. S'il est mauvais, c'est uniquement parce qu'il n'aime pas. S'il contraignait par la force de l'amour, il serait ce qu'il y a de plus haut." (2)

(1) Conseil d’Etat, avis °numéro 70.160/VR du 23 septembre 2021.

(2) in Francis Guibal, Franz Rosenzweig, la Marche vers l’Etoile, Bayard, 2020, Lettre du 22 décembre 1919 à Mawrik Kahn.

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