Les médecins généralistes sont au bord de l'épuisement

Deux événements récents ont constitué la goutte qui a fait déborder le vase.

Les médecins généralistes sont au bord de l'épuisement
©Olivier Poppe
contribution externe

Une opinion de Gaël Thiry, médecin généraliste.

Depuis près de 20 mois de tempête, la première ligne de soins est au bord de l’épuisement.

En effet, elle a été présente pour protéger les hôpitaux et aider au mieux ses patients et leurs familles dans cette crise particulière. Mais la charge administrative est toujours colossale et l’impact sur les consultations est tout simplement ingérable.

Deux événements récents ont constitué la goutte qui a fait déborder le vase :

  • D'une part la troisième dose du vaccin Covid en Wallonie où la plupart des centres de vaccination ferment leurs portes alors qu'on invite les 65 ans et plus à se faire vacciner. L'Aviq invite via un courrier à contacter son médecin traitant. Les médecins généralistes sont tout à fait prêts à vacciner mais pas s'ils doivent eux-mêmes aller chercher les doses souvent dans une pharmacie éloignée (par exemple seulement 4 pharmacies désignées dans le Brabant Wallon) et de plus dans un timing bien serré (maximum 6h avant d'administrer le vaccin). Ces déplacements chronophages, en plus des dizaines d'appels des patients pour recevoir plus d'informations par rapport au vaccin, sont juste ingérables. Notons aussi la grande différence avec les maisons de repos où les doses sont livrées directement et à administrer dans les 30 jours.

  • D'autre part, il y a la gestion administrative des cas contact Covid et ce notamment dans les écoles. La médecine scolaire (PSE) était en charge de cette tâche mais s'est maintenant mise en grève. Elle veut revenir à son métier de base, la prévention. Cela est tout à fait compréhensible et c'est d'ailleurs une revendication à laquelle aspirent les médecins généralistes. Mais entretemps, il faut trouver une solution pour gérer toute cette charge administrative. En effet, dès qu'un enfant est déclaré positif, tous les enfants de la classe doivent chacun recevoir 2 codes permettant de se faire tester au jour 1 et au jour 7. Et cela a un effet domino, car pour chaque enfant testé positif, 2 codes doivent aussi être générés pour tous les membres de sa famille et ses contacts à risque. Cela représente une charge administrative colossale. Les médecins généralistes sont à la disposition de leurs patients pour répondre à leurs questions et pour les suivre médicalement mais ce côté administratif est ingérable et une solution à court terme doit vraiment être trouvée si nous voulons garder une première ligne qui puisse continuer à tenir le cap.

Ce qui est attendu des médecins est irréaliste. Et à côté de ça, le gouvernement continue à limiter l’accès à la profession, en instaurant un numerus clausus / examen d’entrée alors qu’on manque cruellement de médecins.

Cette crise commence vraiment à être très longue. On a tous envie de retrouver notre vie d’avant. Et le côté testing, limitation des contacts, isolement, n’est gai pour personne. De plus, les règles et la communication autour de celles-ci ne sont malheureusement pas très claires, quant au port du masque ou non, covid safe ticket ou non et les opinions divergent quant à l’adhésion au vaccin et pour certains l’atteinte à la liberté individuelle que cela représente.

Dans ce contexte, les médecins ressentent malheureusement aussi de l’agressivité chez certains patients.

Souffre-douleurs

De superhéros du début de la pandémie, les médecins généralistes se retrouvent maintenant très souvent comme des souffre-douleurs, alors qu’ils ont donné et continuent à donner énormément. Il est grand temps de les préserver pour éviter qu’ils ne craquent, tout simplement.

Quelques pistes de solutions pourraient être les suivantes :

- déléguer le côté administratif pour les codes de testing. Jusque fin juin 2021, les médecins généralistes devaient fournir des codes pour pouvoir voyager. Depuis juillet, les patients peuvent prendre rdv directement pour se faire tester avant un voyage. Cela simplifie grandement les choses. Pourquoi ne pas étendre ce principe aux cas contacts ?

- Si la stratégie de testing à grande échelle est maintenue, il est grand temps de renforcer le nombre de centres de tests car ils arrivent aussi à saturation dans le Brabant Wallon et de nombreux médecins généralistes risquent de se contaminer / contaminer le reste de leur patientèle s’ils continuent à en faire au sein de leur cabinet.

- Concernant la vaccination, nous avons tout juste entamé l’administration des troisièmes doses. De nombreux centres de vaccination ont été fermés. Pas sûr que ce choix soit judicieux. Et à nouveau, les généralistes sont prêts à aider mais avec le support adéquat, la moindre des choses étant une communication et logistique adaptées, avec une livraison des vaccins.

Les médecins généralistes veulent juste retrouver leur beau métier, celui de soignant à l’écoute de leurs patients. Donnez-leur juste les moyens de continuer à pouvoir le faire.

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