Le gouvernement a-t-il oublié la classe moyenne?

Il faut se préoccuper de la classe moyenne, mais pas la tromper en lui offrant des faveurs dont la facture lui reviendra largement.

Le gouvernement a-t-il oublié la classe moyenne?
©BELGA
Contribution externe

La remontée des prix du gaz et de l’électricité a conduit le gouvernement fédéral à élargir l’accès au tarif social de l’énergie, ciblant les Belges aux revenus plus faibles. Ce ciblage, que nous estimons heureux, a essuyé la critique de l’oubli des difficultés de la classe moyenne, qui aurait dû recevoir un chèque-énergie. Mais formuler ce reproche est largement céder à une illusion.

Le problème de la classe moyenne, expression vague, n’est pas d’être oubliée, mais d’être… trop nombreuse. Reprenons l’idée du chèque-énergie pour tous et posons la question : qui en aurait payé la facture ? Certains répondront "les riches", mais comment définir ceux-ci ? Nous l’avons vu récemment avec les réactions aux propos de M. Bouchez indiquant qu’être multipropriétaire ou avoir un revenu mensuel net de 6 000 € ne fait pas de vous quelqu’un de riche. Et on est en effet toujours le moins riche d’un autre. Une autre difficulté est, quelle que soit la manière de cerner ces catégories, qu’il y a peu de riches par rapport à la taille de la classe moyenne. Cela implique que, pour alléger significativement les finances de cette dernière, il faudrait alourdir sensiblement les impôts sur les premiers, ce qui pose problème à son tour. D’autres répondront que "personne n’a à payer pour ce chèque, il suffit que la Banque centrale finance à taux zéro un déficit public accru", mais ceci est faire un pari irresponsable dans la persistance de taux d’intérêt nuls.

Ceci conduit à une troisième réponse, plus prosaïque : "C'est la classe moyenne qui paie pour un cadeau à la classe moyenne." En néerlandais, on parlerait d'opération Vestzak, broekzak. N'y aurait-il donc pas moyen, sur le plan budgétaire, d'améliorer la situation de la classe moyenne qui, en Belgique, comparaison internationale à l'appui, paie un taux moyen d'imposition élevé ? Si, il est possible d'agir mais pas sous forme d'un chèque qu'elle se paierait à elle-même. Ce qui, budgétairement, servirait la classe moyenne relève de deux autres ordres.

D’abord, il s’agit d’améliorer l’efficacité de l’intervention publique pour, ce faisant, pouvoir diminuer les impôts ou offrir un meilleur service aux citoyens ordinaires. À cet égard, le récent accord de la Vivaldi souffle le chaud et le froid. Des économies dans les services publics sont annoncées, mais sous forme linéaire, ce qui n’est évidemment pas la manière la plus satisfaisante de procéder. Ainsi, on ne trouve pas de mesures sur l’excès de dépenses en termes de masse salariale des fonctionnaires et des enseignements (certes, qui ne relèvent pas du fédéral) ou de subsides aux entreprises que la BNB a pourtant pointés encore récemment. Et la partition de la Vivaldi ne va pas dans le sens de la simplification, étape incontournable pour plus d’efficacité !

Ensuite, il s'agirait de procéder à des tax shifts et autres glissements budgétaires en termes de dépenses publiques. Le ministre des Finances a osé, enfin, annoncer des coupes majeures dans nos innombrables niches fiscales, avec en corollaire un allégement du barème. Sport professionnel, épargne à long terme, droits d'auteur, revenus de l'innovation, voitures de société ou lutte contre la fraude ont été cités, mais la liste est encore bien plus longue. La classe moyenne serait la grande bénéficiaire de ce grand nettoyage anti-lobby. Réduire les distorsions fiscales et réglementaires, responsabiliser les pollueurs, dissuader ce qui nuit à la santé et, au-delà, renforcer la concurrence et dynamiser notre économie, voilà ce qui servirait réellement la classe moyenne. À cet égard, le budget 2022 de la Vivaldi contient du bon… mais en dose beaucoup trop homéopathique. Troquons le ramasse-poussière pour un balai !

>>> (1) Université de Namur etienne.decallatay@orcadia.eu

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