Yves Coppieters: "Que nos responsables politiques arrêtent de nous donner des cours d’épidémiologie (de mauvaise qualité)"

Quand commencerons-nous à vivre plus sereinement avec ce coronavirus ?

Yves Coppieters: "Que nos responsables politiques arrêtent de nous donner des cours d’épidémiologie (de mauvaise qualité)"
©FLEMAL JEAN-LUC
Contribution externe

Une carte blanche d'Yves Coppieters, Professeur de santé publique à l'ULB

Depuis le début de la semaine dernière, il y a une nette augmentation des contaminations au Covid-19 et secondairement une fluctuation des indicateurs hospitaliers. Et on entend dans la presse nos politiques qui affirment le début de la 4ème vague, des experts (dont moi) qui relativisent la situation en confirmant un rebond épidémique mais qui doit être vite maîtrisé par nos outils de prévention, et une crainte grandissante dans la population sur une situation qui semble peu "sous contrôle". Ces informations "alarmantes" réactivent et accentuent au sein d’une grande partie de la population angoisses, phobies, manque de perspectives… qui mènent à un ensemble de conséquences psychologiques et sociales délétères qu’on nommera petit à petit les syndromes pandémiques.

Le Sars-Cov-2 est là, il ne partira pas rapidement, et ce variant Delta trouve l’opportunité en ce changement de saison de se diffuser plus largement entre nous. Tout cela on le sait et on connait bien maintenant les périodes de l’année plus à risques de relancer ces contaminations. Mais entendre des politiques affirmer l’évolution de la cinétique épidémique et utiliser cet élément pour renforcer la crainte et le clivage dans la population me semble une erreur de communication ou de sensibilisation. Parfois, je me demande sincèrement qui conseille nos responsables politiques et comment ces derniers traduisent ces avis scientifiques en une vision a priori globale et systémique de la société. Et qu’ils arrêtent de nous faire sur les plateaux des "cours d’épidémiologie" (de mauvaise qualité) mais qu’ils nous donnent des vraies perspectives de reprise sur plusieurs mois. Si nous avons confiance en la vaccination et ses taux très élevés en Belgique, et à l’ensemble des outils de prévention pour lesquels il faut continuer de sensibiliser (ventilation, port du masque, auto tests accessibles, isolement et prise en charge si on développe des symptômes), pourquoi nos responsables politiques, qui sont le relais des paroles d’experts, n’adoptent pas une stratégie d’apaisement et d’accentuation de sensibilisation à la prévention, dans toutes les strates de la société ?

Le nombre de messages inquiets que je reçois depuis cette annonce de la 4ème vague et tous les risques "modélisés" à venir me donnent une boule dans le ventre. Certains me demandent déjà s'il y a un risque qu'ils passent à nouveau les fêtes de Noël seuls. Et je ne sais pas quoi leur répondre car je n'ai aucune idée de la tendance des mesures qui seront envisagées. Et le Codeco de vendredi prochain (ou le Kern de lundi) donnera le ton de ces mesures et, dès le début de la semaine, on entendra sans doute dans les médias les "préannonces" afin de nous y préparer... Et d'ici là fleurira une série de "cartes blanches" (dont au moins deux sur la situation compliquée dans les écoles) pour discuter de ces mesures et qui, comme souvent, seront très peu prises en compte.

L'enjeu des prochaines semaines

Vivre sereinement avec ce Covid-19, c’est adopter des stratégies de prévention par groupes cibles, et sensibiliser l’ensemble de la population à une certaine vigilance dans ses comportements. C’est accepter que la situation que nous vivons sera sans doute encore récurrente mais que le profil des rebonds à venir sera bien différent des deux véritables vagues (en termes de contaminations) que nous avons vécues en mars et octobre 2020. Cette infection respiratoire nécessite un système de surveillance continu et des seuils d’alerte clairs au niveau de la première ligne de soins et des hôpitaux, comme pour le RSV ou la grippe saisonnière. C’est de la responsabilité des organismes scientifiques parapublics de mener cette surveillance en partenariat avec les professionnels de santé de terrain. Cela doit s’intégrer progressivement dans le système de surveillance des maladies infectieuses ciblées et ne plus être traité de façon "verticale" en dehors du contexte de toutes les autres pathologies, ni systématiquement relayé au jour le jour par tous les médias.

Et nous continuerons les gestes barrières, la vaccination (et la 3ème dose pour les personnes plus fragiles) et serons attentifs aux annonces de rebonds qui nécessiteront plus de prudence de tout un chacun. Mais arrêtons de remettre en question, de façon indirecte, les stratégies actuelles et efficaces et assumons calmement des moments de plus fortes remontées des transmissions. Et surtout ne cherchons pas de "responsables" de cette situation (ni les jeunes, ni les non-vaccinés, ni "notre voisin") car ce serait simplifier la réalité. L’enjeu des prochaines semaines est de confirmer la dissociation entre ces augmentations des contaminations et les admissions à l’hôpital et aux soins intensifs. Si cela continue à évoluer de façon indépendante (comme depuis juillet dernier) et donc grâce à cet effort vaccinal considérable qui a été fait, alors on peut franchement aborder un autre discours et gagner un peu de sérénité entre nous tous. Et si les stratégies de prévention actuelles dont la vaccination, perdent en efficacité (ce qui n’est pas le cas actuellement), il sera alors temps de le communiquer et de revoir calmement la stratégie de contrôle de cette pandémie... sans oublier le reste du monde et l’absolue urgence d’accentuer la coopération européenne et mondiale pour endiguer le phénomène dans de nombreux pays à faibles ressources ; et là oui on pourra commencer à s’inquiéter si rien n’est fait !

Yves Coppieters: "Que nos responsables politiques arrêtent de nous donner des cours d’épidémiologie (de mauvaise qualité)"
©Philippe Joisson

>>> Titre, chapeau et intertitre de la rédaction. Titre original: "Quand commencerons-nous à vivre plus sereinement avec ce coronavirus ?"

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