Et si nous augmentions les salaires pour affronter la pénurie de main-d’œuvre?

Salaires et qualité du travail sont deux manières de lutter contre les pénuries.

Et si nous augmentions les salaires pour affronter la pénurie de main-d’œuvre?
©FLEMAL JEAN-LUC
Contribution externe

Une carte blanche de Nancy Nyffels et Olivier Malay, collaborateurs au service d'études de la CSC Alimentation et Services.

Depuis la reprise économique, on observe une pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs. Dans l’Horeca, le transport, les titres-services et pour certains profils techniques de l’industrie, les entreprises ne trouvent plus suffisamment de travailleurs. L’une des stratégies du gouvernement pour résoudre cette pénurie et atteindre un taux d’emploi de 80 % est d’activer les malades de longue durée. Nous pensons qu’il y a des moyens plus efficaces, plus justes et plus durables pour y parvenir.

Certains métiers en pénurie nécessitent d’accroître la formation : c’est notamment le cas pour les profils techniques, les informaticiens, les chercheurs en biologie ou pharmaceutique. Pour la plupart des métiers manuels, le problème se situe toutefois ailleurs. Ce sont des métiers soit très mal payés, soit aux conditions de travail difficiles (ou bien souvent les deux !). Lorsque l’on est payé 10 € par heure comme dans l’Horeca, il n’est pas étonnant que les entreprises éprouvent des difficultés à trouver des candidats.

Salaire et conditions de travail

Prenons deux exemples concrets de secteurs et proposons des solutions. Le premier concerne le personnel de nettoyage à domicile (les titres-services). Les travailleurs de ce secteur figurent parmi les plus bas salaires de Belgique. Ceci est notamment dû au fait que les trajets d’un client à un autre ne sont pas considérés comme du temps de travail et ne sont donc pas rémunérés. En conséquence, la plupart des personnes qui travaillent dans les titres-services (et ce sont majoritairement des femmes) ne gagnent que 1 170 € nets à la fin du mois, ce qui est même en dessous du seuil de pauvreté (1 248 €, selon l’office des statistiques Statbel). Il n’est donc pas étonnant que ce secteur figure parmi la liste des secteurs en pénurie. Si l’on veut résoudre cette pénurie, le plus efficace est d’améliorer le salaire, ou à tout le moins de mieux payer les déplacements.

Mais le salaire n’est pas tout : les conditions de travail jouent aussi. Prenons l’exemple d’une autre pénurie. Dans l’industrie alimentaire, l’usine de transformation de pommes de terre Aviko en Flandre occidentale cherche une centaine de travailleurs et ne parvient pas à en recruter autant. Le problème ne concerne pas que cette entreprise, il est général dans le secteur. Le travail proposé peut en effet être assommant : il faut trier les pommes de terre huit heures par jour. Parfois, le travail consiste à en nettoyer les taches noires toute la journée. Dans de nombreuses entreprises, le travail se fait aussi de nuit et le week-end. Combinez cela avec les salaires les plus bas de l’industrie alimentaire, et il n’est pas étonnant de trouver une pénurie de main-d’œuvre. Ici, pour la résoudre, il faut aussi améliorer les conditions de travail.

L’exemple des éboueurs

C’est une question d’offre et de demande. Si les entreprises ont besoin de beaucoup de travailleurs, mais que l’offre est limitée, car les postes sont peu attractifs, le prix du travail doit monter pour rétablir l’équilibre offre-demande. Et dans ce cas, le prix peut être le salaire, mais aussi la qualité du travail. Pour cela, notons qu’il est nécessaire de sortir de la loi de 1996 sur les salaires qui gèle ceux-ci de facto et empêche leur augmentation, de manière à résoudre la pénurie de main-d’œuvre. Cela bénéficierait à la fois aux employeurs qui cherchent du personnel et aux travailleurs qui peinent parfois à finir le mois.

Améliorer les salaires et les conditions de travail fonctionne. Par exemple, le métier d’éboueur, jadis mal considéré dans la société, ne fait pas face à une pénurie de main-d’œuvre, car les salaires y sont honnêtes. Si ce fut possible pour ce métier, ça l’est aussi pour les autres métiers dits en pénurie. De l’Horeca au nettoyage, en passant par le transport et l’industrie, il devient urgent de revaloriser toutes ces professions.

Titre, sous-titre et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Résorber la pénurie de main-d’œuvre"