Hommage à Axel Kahn, scientifique et humaniste de renom qui nous lègue une grande sagesse

Bien que marqué par des événements traumatisants, il franchit toutes les étapes vers une célébrité non recherchée mais justifiée.

Hommage à Axel Kahn, scientifique et humaniste de renom qui nous lègue une grande sagesse
©AFP

À l'approche du jour des défunts, que peut-on dire d'une personne qui osa proclamer publiquement que la mort l'indiffère totalement, le laissant même impavide, et que finalement, hormis les crimes et accidents, elle n'existe pas pour lui ? Que ce sont les propos d'un esbroufeur doublé d'un provocateur ? Eh bien, on aurait tort, car il s'agit d'un des hommes les plus estimables de notre temps qui vient de disparaître : le professeur, médecin, cancérologue, hématologue, philosophe et inlassable marcheur Axel Kahn. Qui ne sera donc jamais vénérable, c'est-à-dire promis à la sainteté car il se disait agnostique et affirmait, face à une popularité médiatique toujours plus grande, qu'il était rétif à toute forme d'exemplarité. Un chouïa quand même puisque jusqu'à 15 ans, il songea au séminaire, avant de trancher définitivement : "Une fois pour toutes, je ne fais point l'hypothèse de Dieu."

Lequel, s’Il existe, doit se demander comment cet homme de bien ne s’emberlificota pas dans les filets de la barque de Pierre, tant sa voie semblait toute tracée. Bien que marqué par des événements traumatisants, dont des agressions de pédophiles dans un camp scout, et surtout le suicide de son père se jetant d’un train, et de plus n’étant pas à l’abri du racisme du fait de sa prétendue judéité (qui ne vaut que par la filiation maternelle, et non celle du père comme dans son cas, mais qu’importe car c’est la violence qui est en soi le problème, quel que soit le "prétexte"), il franchit néanmoins toutes les étapes vers une célébrité non recherchée mais justifiée, étant un combattant de toutes les justes causes : docteur en science, généticien, chercheur et… découvreur, il fut aussi un temps intéressé par la politique, adhérant au parti communiste, mais il sortit de ce genre de maladie de jeunesse sans séquelles. Biochimiste et aussi président de la Ligue nationale contre le cancer, écrivain humaniste ; il aurait pu être nobélisé.

"Au revoir, amis"

Le plus inspirant, même s'il attira logiquement les porteurs des pathologies physiques qu'il a lui-même subies et combattues, c'est qu'il toucha aussi de très nombreux lecteurs par sa sagesse au cœur des comptes rendus de ses grandes randonnées obliques à travers la France, du même niveau ressenti par les pèlerins de Compostelle, croyants ou non, mais surtout à la recherche… d'eux-mêmes. Au terme de chaque étape, au lieu de se reposer, il donnait à l'impromptu dans les villages ses impressions aussi justes que poétiques dans une disponibilité totale, accessible, avec une empathie envers tous, y compris les plus sceptiques, leur offrant les clés pour comprendre les glissements de terrains socio-économiques à l'origine d'un malaise gangrénant un pays à la géographie certes sublime, mais plongé dans une modernité perçue comme menaçante. Il aurait pu plagier l'ancien président américain Franklin Roosevelt : "Il ne faut avoir peur que de la peur !" Jusqu'au bout, il lutta en faveur du vaccin anti-Covid tout en continuant son farouche combat contre la drogue et l'alcoolisme. Il savait partager sa philosophie avec des mots simples et convaincants. "Nous n'avons rien à apprendre sur la mort, mais sur toutes les perspectives de la vie tant qu'elle dure, d'en vivre les moments les plus intenses, car elle ne vaut que par cela. Seule l'action donne un sens à la vie, surtout celle envers les autres. J'aimerais qu'on me dise que j'étais simplement 'un type bien', juste utile, celui dont on attend qu'il procure du bien aux autres." Mission accomplie.

Je l'aurais, l'eussé-je rencontré, taquiné sur le fait qu'il était donc proche de… saint Augustin : "Plus vous aurez souci du bien commun avant même de prêter attention à toutes les choses prétendument nécessaires qui s'en détournent, plus vous vivrez dans la vraie charité." Et sans doute m'aurait-il rétorqué avec ce qu'il écrivit en guise d'adieu : "Mes dernières pensées sont belles, car sans espoir ni angoisse, mais en toute sérénité cependant. Plutôt un soulagement, celui d'un homme souriant, épuisé mais apaisé. Il faut dédramatiser ma disparition. Je vous dis au revoir, amis."

Et j’aurais eu le dernier mot en concluant : "Merci, Monsieur, pour ce que vous avez été."

(1) xavier.zeegers@skynet.be

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