Je tombe de ma chaise quand j'entends Paul Magnette dire qu'il manque des professeurs de néerlandais

Voici les obstacles que j'ai dû franchir avant de pouvoir enseigner le néerlandais.

Je tombe de ma chaise quand j'entends Paul Magnette dire qu'il manque des professeurs de néerlandais
©Bernard Demoulin
Contribution externe

Une lettre de Julie Vanstallen, enseignante de néerlandais dans une école francophone de Bruxelles.

Cher Monsieur Magnette,

Chère Madame Désir (en cc),

En écoutant votre interview, M. Magnette, à l'occasion de votre discours lors de la rentrée de la faculté de sciences politiques de l'UGent, je vous ai entendu dire aux auditeurs néerlandophones : "nous ne trouvons pas de professeurs de néerlandais". J'ai failli tomber de ma chaise et voudrai vous dire : "C'est faux ! C'est la 'politique' et le système qui dressent tellement d'obstacles que les candidats se découragent et se tournent vers le privé."En effet, il y a bien suffisamment de professeurs de néerlandais pour donner cours aux adultes et dans les écoles privées. Comment cela est-il possible selon vous ? J'aimerais vous expliquer comment je vois les choses…

Je suis moi-même professeur de néerlandais, depuis septembre 2020. "Een zij-instromer"comme on dit en Flandre : oui, je viens du "privé". Je travaille avec énormément d'enthousiasme et de plaisir dans une école francophone de Bruxelles. J'ai fait toutes mes études en français et le néerlandais est ma langue maternelle. Pour être tout à fait précise, j'ai un Master en info-com, l'UE11 et l'AESS. J'ai 35 ans. J'ai changé de carrière pour faire ce que j'aime. Mais…

Les obstacles qui m’ont été donné de vaincre avant de pouvoir enseigner le néerlandais sont importants et pourraient démotiver de nombreux candidats. Je me permets donc de vous écrire parce que je pense, sincèrement, que faciliter l’accès à la profession serait déjà un énorme pas en avant !

Premier obstacle : ma langue maternelle !

Obstacle en effet, car pour la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), mon certificat du Selor (administration fédérale) prouvant mes connaissances en néerlandais n'était pas valable (certificat du plus haut niveau, réussi facilement). "Et vous ne pouvez pas prouver votre connaissance du néerlandais", m'a répondu l'administration. Pour un "native speaker" qui a fait toutes ses études en français, c'est disons... agaçant ! J'ai donc dû passer l'UE11 (et surtout payer 150 euros pour !). UE11 qui, sincèrement, pour un bilingue est d'un niveau risible.

Second obstacle : l’accès au titre requis.

Mon master n'étant pas le bon, je n'ai qu'un "titre suffisant" et ne pourrai jamais ambitionner le "titre requis". Pourquoi ? Je suis certaine que je peux apporter à mes classes plus de culture et de vécu au quotidien qu'un "titre requis" tout juste sorti de l'université. Je ferai le test avec plaisir si le cœur vous en dit !
En effet, le programme met l'accent sur l'importance de créer des ponts entre les communautés, l'importance de garder le lien, de communiquer et d'ouvrir à la culture de l'autre. J'apporte ça en classe. Pourquoi ne pas le valoriser ?

Troisième obstacle : pas d’ancienneté.

Le programme de langues modernes (néerlandais LM1) insiste sur 4 compétences clés : écrire, parler, écouter et lire. Pendant dix ans j'ai travaillé dans le secteur de la communication – en français et néerlandais – en faisant tout ça : écrire, parler, écouter et lire (dans les deux langues). Néanmoins, aucune ancienneté ne m'est accordée par la FWB. Pourquoi ? Parce qu'elle n'en a pas les moyens j'imagine… Mais… comment attirer de bons candidats bilingues si la FWB n'y met pas les moyens? Dire que vous souhaitez que le néerlandais redevienne la première langue moderne enseignée en Wallonie, sans y mettre les moyens, ne serait-ce pas du vent ? Une simple phrase pour contenter les spectateurs Flamands ? Ik hoop van harte van niet.

Dans les zones limitrophes et partout en Belgique, nous pourrions aller chercher de bons profs en Flandre et leur proposer un cadre de travail motivant en Wallonie et à Bruxelles. Mais uniquement si ces trois obstacles ne se dressent plus sur leur chemin !

Ik hoop van harte Meneer Magnette en mevrouw Désir (in cc) dat u deze brief zult vastpakken en ermee aan de slag gaan. Ik zou, als u dat wenst, hier met alle plezier over in gesprek gaan.

Hopend op een antwoord, teken ik met de meeste hoogachting,

Julie Vanstallen

PS: Ne pas aligner les congés scolairesentre la communauté flamande et la communauté française n'aidera certainement pas à attirer les professeurs néerlandophones en FWB! Sans vouloir discuter du fond, il me semble essentiel d'harmoniser le calendrier.

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