La fin d’un monde n’est pas la fin du monde

La Cop 26 qui se tient du premier au douze novembre sera un moment crucial pour l’humanité. Les grandes nations pourront-elles s’entendre. Des précédents historiques doivent les encourager.

La fin d’un monde n’est pas la fin du monde
©Olivier Poppe
Contribution externe

Une carte blanche de François d'Adesky, ex-chef de mission diplomatique, fonctionnaire international auprès de l'Onu et de la francophonie.

Ce fut surprenant, l’an dernier, en pleine pandémie, de découvrir que le dernier tube musical mondial était un chant religieux sud-africain, en zoulou, intitulé : "Jerusalema". Ses paroles étant : "La Jérusalem céleste est ma vraie maison et en attendant d’y arriver : Seigneur, protège-moi !" Les personnes dansant dans ces vidéos avaient-elles la moindre idée du sens de ce chant ?

Cette chanson me rappela des événements "insolites" survenus en 2011, durant la Cop 17, la dix-septième Conférence annuelle des Nations unies sur les changements climatiques. Elle se tenait à Durban, en Afrique du Sud, au cœur de l’ancien royaume zoulou.

La raison de premiers insuccès

Par hasard, je fus embarqué comme responsable du "Greening" (écologisation/verdissage) de la Cop 17, dans une opération concoctée par mon ancien patron : Kandeh Yumkella, une grande personnalité onusienne. Elle visait à inclure le secteur de l’énergie dans les futures négociations-climat de l’Onu. En effet, depuis la Cop 1 à Berlin en 1995, l’énergie, tels le pétrole et le nucléaire, en était exclue à cause de sa sensibilité politique. C’est une des raisons principales de l’insuccès des Cop jusqu’en 2011.

Mon équipe devait donc réaliser des événements parallèles aux négociations et centrés sur l’accès à l’énergie, l’efficacité énergétique, l’énergie renouvelable et les technologies propres, couronnés par un projet-phare consistant en l’énergisation d’une ville proche de Durban : Groutville, la patrie de Chief Albert Luthuli, héros de la Lutte anti-apartheid et Prix Nobel de la paix. Nous avions même organisé auparavant à Johannesburg la première Conférence des ministres africains de l’énergie. Cela conduisit, durant la Cop 17, à une résolution pour intégrer le secteur Énergie dans la lutte contre les effets du changement climatique.

Hélas, les négociations de la Cop 17 se dirigeaient encore sans le secteur énergie, et vers l’échec. Notre équipe était consternée, car quand le Secrétaire général de l’Onu et les chefs d’État ont quitté la Conférence, nous pensions qu’il n’y aurait personne le 8 décembre 2011 à l’inauguration du projet-phare à Groutville.

Une nouvelle extraordinaire

Curieusement, des délégués de la Cop 17, en attente d’un avion pour leur retour, vinrent à la cérémonie inaugurale. Ils furent émerveillés par l’application des énergies renouvelables et des technologies propres dans la ville : chauffage solaire à l’hôpital et dans les écoles primaires, éclairage public au solaire… Les foyers plus pauvres bénéficiaient également de technologies d’accès à l’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique.

Ce soir-là, un négociateur en chef sud-africain de la Cop 17 m’annonça une nouvelle "extraordinaire". Il venait de recevoir des délégués de Chine, d’Inde et du Brésil qui ne désiraient pas se réunir comme prévu et rester sur un échec. Au contraire, ils voulaient prolonger la conférence de 36 heures. Cela afin d’éviter un fiasco infamant à l’Afrique du Sud, alliée des Brics [Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud]. Ils visaient le consensus avec un nouveau processus de négociation basé sur les programmes "énergie" visités à Groutville ! Ce mécanisme fut approuvé, après des négociations stressantes, le 11 décembre 2011. On l’appela : "la Plateforme de Durban pour une action renforcée (ADP)". L’Accord de Paris sur le climat, adopté le 12 décembre 2015 à l’unanimité des 195 pays de l’Onu, naîtra des travaux de cette "Plateforme".

La Cop 17 mit en place le "Fonds vert pour le climat (FVC)", pour aider les pays démunis à financer leur lutte contre le dérèglement climatique, et prolongea le "Protocole de Kyoto" jusqu’en 2020. Ce protocole devait aider les pays en développement à adapter leurs économies aux contraintes de l’Accord de Paris sur le climat.

L’exemple de Londres

Dix ans plus tard, dans quelques jours, aura lieu à Glasgow, en Écosse, la Cop 26. Un moment crucial pour l’humanité, car ce sera le premier examen de l’exécution de l’Accord de Paris sur le climat avec des mesures concrètes vers un monde décarboné en 2050.

L’Accord de Paris deviendrait ainsi une locomotive tirant les wagons du règlement d’autres défis globaux : pauvreté, faim, santé, biodiversité, inégalités, etc.

Tout humain doit pouvoir jouir du bonheur sous le même soleil. C’est pourquoi la solidarité internationale sera un enjeu fondamental de la Cop 26. La résolution des défis globaux doit amener les pays en développement, et en particulier en Afrique, à rejoindre le niveau de vie des pays développés, par une "transition" qui exigera des investissements colossaux en innovation, recherche&développement et digitalisation. Il est dans l’intérêt du monde que le développement d’une Afrique en forte croissance démographique ne soit pas avec des énergies et méthodes polluantes, qui mettraient en danger l’Accord de Paris.

Heureusement, le monde a déjà eu le 2 avril 2009, la lucidité d’un destin commun à l’humanité, lors du Sommet du G20 des chefs d’État à Londres. Cette réunion signa la fin de cinq siècles de domination de l’Occident, au bénéfice d’un monde multipolaire.

Ce Sommet était né de l’affolement des pays industrialisés qui ne parvenaient pas à régler, seuls, la crise financière de 2008 provoquée par leur appât du gain. Ils avaient dérégulé l’économie réelle en la transformant en une économie virtuelle et spéculative. L’Occident, maître du monde d’hier, avait besoin de l’aide des puissances émergentes des Brics, dont d’ex-colonisés, pour régler cette crise et relancer la croissance. L’aide des Brics contre cette crise profita aussi aux pays en développement et rendit dorénavant ces Brics, surtout la Chine et l’Inde, incontournables pour toute décision à caractère mondial.

La domination passée de l’Occident sur le monde démara aussi par l’appât du gain. En effet, la victoire du Portugal, le 3 février 1509 à Diu en Inde, contre une force coalisée asiatique, stoppa la route terrestre de la soie et des épices au profit de la voie maritime contrôlée par l’Occident. Aujourd’hui, dans la foulée de ce nouveau monde multipolaire, la Chine a restauré l’équivalent de la "route de la soie" via son méga projet "One Belt, One Road" (OBOR).

La réussite de la Cop 26 devrait aussi donner à l’Accord de Paris un rôle moteur dans la révolution en cours des "transitions" (écologique, sociale, économique, politique et digitale) débouchant sur un monde moins matérialiste, plus solidaire et donc plus spirituel. Peut-être ainsi le rêve d’une paix universelle se concrétisera, à l’aube de la conquête spatiale ! Pour qui seraient donc ces énergies et ressources infinies du cosmos, si ce n’est pour les humains. Certains clament que la paix est impossible et que le monde est destiné à l’apocalypse climatique. Ceci, par manque de valeurs communes entre pays pour agir "ensemble" face aux défis globaux. Les optimistes pensent justement l’inverse : l’humanité est notre valeur commune. Comme le dit la philosophie zouloue : "Umuntu ngumuntu ngabantu" ; "Je suis, parce que nous sommes" !

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