Faut-il donner voix à l’extrémisme ?

En Belgique, le "cordon sanitaire" soulève de nombreuses questions. Mais il semble surtout avoir oublié d'évoluer avec son temps.

Faut-il donner voix à l’extrémisme ?
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Contribution externe

Une carte blanche de Samy Laarbaui, membre du Comité diplomatique et étudiant en relations internationales.

En France, les élections présidentielles se rapprochent. On sent dans l’air comme une odeur d’excitation. Une excitation parfois saine, qui parcourt les conventions et les rues. Mais une excitation qui peut rapidement prendre une odeur plus nauséabonde. Une odeur d’extrémisme, de pensées simplistes et d’incitations à la haine. Les Zemmour, les le Pen, les Philippot ont tribune quotidienne aux heures de grandes écoutes et en profitent pour propager leurs idées immorales à des millions de personnes à travers le monde.

En Belgique francophone, ces populistes d’extrême droite n’auraient pas voix au chapitre, et ce, grâce à un mécanisme reprenant un terme bien trop cité ces derniers temps : le cordon sanitaire. Le cordon sanitaire a une signification différente que l’on soit en Flandre ou en Wallonie. Du côté néerlandophone, il consiste en un accord entre les différents partis de ne pas faire de coalition avec l’extrême droite. Du côté francophone, il englobe également le fait que certains médias, principalement le service public, refusent de donner la parole à ces acteurs.

Quel jeune Flamand n’a jamais vu une pub du Vlaams Belang ?

Ce système soulève de nombreuses questions. Où placer l’extrémisme ? Pourquoi censurer l’extrême droite et non l’extrême gauche ? Un Hedebouw vaut-il mieux qu’un Van Grieken ? Un Zemmour est-il plus dangereux qu’un Mélenchon ? Le cordon sanitaire, ne reposant pas sur un texte légal, est difficilement interprétable. Défend-il les valeurs universelles, que l’extrême droite bafoue en tenant des discours racistes et dangereux pour le vivre-ensemble ou vise-t-il le fait de ne pas donner la parole à des représentants radicaux ? Si c’est la deuxième solution, comment justifier le déferlement de discours populistes et utopistes de la gauche radicale dans les médias, rendant le débat sociétal non constructif ?

Le concept de cordon sanitaire date de 1989 et a, de toute évidence, oublié d’évoluer avec son époque. Á l’heure des réseaux sociaux, les extrêmes n’ont plus besoin des médias traditionnels. Les derniers chiffres sont clairs. En huit mois, et uniquement sur Facebook et Instagram, 640.000 euros ont été investis par le Vlaams Belang et 558.000 euros par le PTB/PVDA. Le géant américain, ne connaissant pas le concept de cordon sanitaire, accepte l’argent avec plaisir et aide ces partis à propager leurs idées avec des effets plus que concluants, preuve en est les résultats des dernières élections.

Le cordon sanitaire médiatique n'est donc d'application que chez certains médias wallons et non sur Internet. En 2021, nous pouvons aisément dire que les réseaux sociaux ont une plus grande influence que les canaux d'informations classiques. Quel jeune Flamand n'a jamais vu une pub du Vlaams Belang ? Quel Wallon n'a jamais vu les arguments du PTB apparaître sur son fil d'actualité ? Le cordon sanitaire est un concept dépassé. Et en plus d'être devenu inefficace, il a l'effet pervers de poser l'extrême droite en victime et de facto de la rendre davantage populaire.

Bafouant la liberté d’expression et d’opinion, le cordon sanitaire, même s’il avait un objectif humain compréhensible, est un acte d’un ancien temps qui ne devrait plus exister dans une démocratie. Il ne remplit plus son objectif initial, les réseaux sociaux l’ont surpassé. Nous devons prôner la culture du débat avec les extrémistes. Les mettre sur un plateau de télévision, devant un public et prouver aux citoyens que les idées qu’ils défendent sont non seulement inacceptables, mais également et surtout irréalisables.

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