Le Metaverse de Mark Zuckerberg une aberration écologique, sociale et éthique

Il veut massifier les interactions sociales virtuelles en 3D pour atteindre 1 milliard de consommateurs. Si Metaverse se réalise d’ici 2030, nous n’aurons aucune chance d’atteindre nos objectifs climatiques.

Le Metaverse de Mark Zuckerberg une aberration écologique, sociale et éthique
©Olivier Poppe
Contribution externe

Par Lino Paoletti, délégué ONU pour la biodiversité au Forum des Jeunes. master en science et gestion de l'environnement. étudiant en éthique

Dans un récent communiqué, Mark Zuckerberg nous a annoncé la création de Meta, sa nouvelle entreprise qui englobera désormais Facebook & Cie, et qui ira bien au-delà des réseaux sociaux en termes de technologie servant à connecter les gens entre eux. Au travers de tout un système virtuellement immersif, appelé le Metaverse, il ne nous annonce rien de moins que le renouveau de l’humanité. Un "renouveau" qui a de très inquiétantes similitudes avec le modèle désuet caractéristique des Gafam : un capitalisme dont la survie dépend de la croissance et de la destruction de l’environnement, et dont le marché s’approprie toujours plus de nos vies personnelles.

Investir 10 milliards de dollars dans ces technologies est un non-sens écologique, social et éthique.

Économie entièrement digitalisée

Inventer le nouvel internet de demain à l’heure où l’internet d’aujourd’hui nous dépasse déjà, tel est le projet de Mark et de son Metaverse. Comment ? Tout simplement grâce à la réalité augmentée/virtuelle. D’ici 2030, il espère qu’un milliard de personnes seront des utilisateurs (des consommateurs) de ce Metaverse. Cette révolution vise à massifier les interactions sociales virtuelles en 3D (rendre le virtuel plus réel, ou l’inverse, c’est selon). Elle devrait permettre aux gens de faire des réunions, d’aller à des concerts, de faire du sport, ses courses ou encore de dire bonjour à ses grands-parents sans jamais sortir de chez soi.

Dans son communiqué, on comprend vite le but principal de cette "révolution" : nous allons continuer la fuite en avant technologique afin de permettre une croissance économique infinie (sur une planète finie, certes, mais ça, c’est un détail pour les libertariens). Comment ? En créant une nouvelle économie entièrement digitalisée, et donc soi-disant dématérialisée. Pourtant, utiliser ce terme, c’est faire fi de toutes les infrastructures nécessaires aux avancées technologiques disruptives.

Une machine à publicités "ciblées"

Certes, Mark nous présente son projet comme le passage d’une mise en relation des personnes via les réseaux sociaux à une mise en relation des personnes via le Metaverse et ses plateformes immersives basées sur la 3D. Mais n’oublions pas que Facebook s’arrange surtout pour maximiser ses profits en capitalisant notre temps d’attention. Et il n’y a aucune raison pour que cela change avec Meta. Les algorithmes de Facebook nous inondent toujours plus de vidéos à regarder sans fin pour une seule raison : nous garder connectés le plus longtemps possible et donc capter un maximum de notre temps d’attention. Dans quel but ? Celui de vendre ce temps où notre cerveau devient disponible pour le bombarder de publicité. À cela s’ajoutent d’autres algorithmes qui se basent sur nos données de navigation afin de cerner au mieux les biens et services susceptibles de nous plaire. Et pour lesquels il ne sera donc pas trop compliqué de créer le besoin chez le bon petit consommateur que nous sommes. Facebook est donc une machine à publicités "ciblées" qui optimisent les chances de nous pousser à l’action : acheter, acheter, acheter. C’est là le cœur du modèle économique de Mark.

Une réunion de famille en 3D

Ma réflexion est toute simple : imaginez que cette dynamique aliénante de matraquage de pub et de capture de temps d'attention soit transposée à une technologie telle que le Metaverse. Les réseaux sociaux soulèvent déjà beaucoup de questions éthiques, démocratiques, de souveraineté des États, d'addiction, de société, etc. Qu'en sera-t-il avec le Metaverse ? Personnellement, je pense à un scénario dystopique à la Black Mirror. J'imagine tout à fait une réunion de famille immersive et en 3D où les pubs seront intrusives à un point inimaginable. Papy a du mal à entendre ce qu'il se dit ? En quelques instants, une intelligence artificielle aura traité en temps réel les données liées à la situation, et pourra proposer un pop-up en 3D qui emplira la cuisine (virtuelle) où se trouve toute la famille (virtuelle) pour vous pousser à "offrir" le dernier appareil auditif en promotion exclusive sur Amazon (disponible en un seul clic et livré par drone en moins de 2 heures). Et, cerise sur le gâteau, vous serez convaincus qu'une telle avancée technologique sera pour votre bien.

Mais sachez qu’il n’en est rien. Mais alors, vraiment rien du tout. Le seul but de toutes ces "innovations" est de pouvoir continuer à créer des hyperconsommateurs. Les crises socioécologiques ? Qu’à cela ne tienne ! On ne vendra plus de meubles Ikea mais de la créativité et du design dématérialisé. De la croissance infinie et dématérialisée, on vous a dit ! Toutefois, la vraie question reste : quand allons-nous dématérialiser Internet ? Jamais.

Des balades en forêt virtuelles

Celui d’aujourd’hui comme celui de demain sera toujours basé sur des ressources bien réelles, qui détruisent nos écosystèmes un peu plus chaque année au fur et à mesure qu’on les extrait. Câbles sous-marins, satellites, minerais, centre de stockage des données nécessitant une quantité folle d’énergie, équipements (on a déjà les ordinateurs, les smartphones, les consoles, les montres connectées… mais une myriade de nouveaux produits seront liés au Metaverse). Investir 10 milliards de dollars dans des technologies qui vont nous enfoncer toujours plus profondément dans les causes de nos crises socioécologiques est d’une violence sans nom à l’égard des générations futures et de ceux qui subissent déjà ces crises à travers le monde. On va nous vendre des balades en forêt virtuelles à l’heure où nous sommes tellement déconnectés de la nature que nous exterminons le non-humain à une vitesse inouïe. Sans parler du fait que ces technologies seront synonymes d’un progrès réservé à une élite, et de dividendes supplémentaires à cacher dans des paradis fiscaux pour une élite encore plus restreinte. Nous irons faire du paintball virtuel pendant que des personnes seront forcées de fuir leur lieu de naissance à cause de la montée des eaux et des sécheresses. Déjà en ce moment, la population malgache subit une famine sans précédent due à des années de mauvaises récoltes liées à des sécheresses exceptionnelles. Et que faisons-nous ? Nous réfléchissons à comment voler toujours plus de ressources aux pays du Sud afin de faire mumuse virtuellement ? Quelle hypocrisie criante à l’heure de la Cop 26.

Les riches plus riches

Sachez que si la vision de Mark Zuckerberg et de son 1 milliard de consommateurs Metaverse se réalise d’ici 2030, nous n’aurons tout simplement aucune chance d’atteindre nos objectifs climatiques. Ceux-ci ont été fixés afin d’assurer les conditions de survie de l’humanité sur terre. Les objectifs de Mark visent à s’assurer que les riches deviennent encore plus riches, et que les pauvres soient encore plus aliénés et soumis aux tentacules des Gafam.