Est-il normal de porter aux nues un sportif éludant l’impôt ?

Les sportifs professionnels, notamment les footballeurs, bénéficient encore en 2020 en Belgique de mesures fiscales leur permettant d’être beaucoup moins taxés que le commun des Belges.

Est-il normal de porter aux nues un sportif éludant l’impôt ?
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Contribution externe

Une carte blanche de Gianni Farini, Ingénieur civil, travaille dans le secteur bancaire.

Bien que passionné de sport, il m’est difficile de rester indifférent aux salaires indécents versés à certains sportifs. Même si ces derniers obéissent aux règles du marché et demeurent cohérents pour leur employeur, deux pratiques et règles fiscales me semblent particulièrement interpellantes. L’une d’elles est heureusement en train de changer.

D’abord, les sportifs professionnels, notamment les footballeurs, bénéficient encore en 2020 en Belgique, de mesures fiscales leur permettant d’être beaucoup moins taxés que le commun des Belges !

Or, ceux-ci vivent pour la plupart de leur passion et sont souvent très bien payés. Pourquoi pourraient-ils payer moins d’impôts que des travailleurs se levant chaque matin et travaillant durement, sans gloire ni célébrité ?

Il fut négocié dans l’accord de gouvernement pour 2022 que 30 millions de recettes fiscales supplémentaires devraient être trouvées au sein des clubs professionnels, dont 25 devraient provenir de la Pro League.

C’est un pas dans la bonne direction, mais pourquoi ne pas simplement harmoniser la fiscalité des sportifs sur celle des autres travailleurs ?

Pourtant, le MR notamment souhaitait ne pas toucher à l'avantage fiscal des footballeurs, car comme l'affirmait son président Georges-Louis Bouchez (également président des Francs Borains) sur Matin Première le 12 octobre, "ces avantages fiscaux sont réinvestis dans la formation des jeunes".

Cet argument est-il incontestable ? Les clubs vont-ils vraiment augmenter le salaire brut de leurs joueurs afin de leur permettre de garder un net constant ? À mon sens, rien n’est moins sûr !

Tout au plus pourrait-on argumenter que les meilleurs joueurs pourraient quitter prématurément notre championnat ou que les joueurs voient leur carrière terminée avant 40 ans alors que les autres salariés gagneront leur vie jusqu’à 65 ans.

Même si certains joueurs pouvaient quitter notre championnat, cela n’altérerait en rien la passion des supporters. Quant au second argument, les clubs ne pourraient-ils pas envisager un second pilier de pension plus élevé et une reconversion facilitée pour les joueurs en fin de carrière ?

Mais si sur ce point, un pas dans la bonne direction a indubitablement été effectué, un autre état de fait encore plus interpellant perdure depuis des décennies : plusieurs sportifs pratiquant des sports individuels ont tendance à émigrer vers les principautés de Monaco (tels Philippe Gilbert, David Goffin, Tim Wellens ou Lewis Hamilton) ou d’Andorre (citons Marc Marquez, Fabio Quartararo ou Julian Alaphilippe).

Certes, cela se justifie partiellement par des conditions d’entraînement idéales… mais nul ne peut nier que leur motivation principale est d’éluder l’impôt.

On pourrait déjà s’insurger contre les rémunérations trop élevées de ces sportifs, mais le plus choquant est que contrairement à des médecins spécialisés qui sauvent des vies ou des entrepreneurs ayant risqué leurs économies pour mener à bien leur projet, ces sportifs tout aussi grassement payés, si pas davantage, ne reversent pas la moitié de leur salaire sous forme d’impôts pour le bien de la collectivité.

Est-il normal de supporter et porter aux nues un sportif éludant l’impôt de son pays d’origine ? Ne serait-il pas plus logique qu’un sportif paie ses impôts de manière équitable pour mériter un soutien populaire et national ?

Aujourd’hui, plus de 1 000 citoyens belges sont domiciliés à Monaco.

Tous ne sont certes pas des sportifs professionnels, mais en prenant une hypothèse d’un salaire moyen annuel de deux millions d’euros, si seulement 50 d’entre eux (5 pour cent) quittaient le Rocher pour revenir en Belgique, cela ferait 50 millions d’euros de recettes annuelles de plus pour l’État.

Dans ce cadre, demander aux journalistes de ne pas supporter ces sportifs tandis qu’ils commentent une course cycliste ou un match de tennis, voire imposer à ces sportifs une déchéance de nationalité serait peut-être excessif…

Mais en attendant une utopique disparition de ces paradis fiscaux, ne pourrions-nous pas au moins demander aux commentateurs de communiquer de manière claire et transparente sur le pays de résidence des sportifs, tout comme ils le font lorsqu’ils énumèrent leur palmarès, relatent des anecdotes à leur sujet, voire émettent des réserves pour des vainqueurs au passé sulfureux ?

Certes, cela impliquerait un changement de mentalité dans le chef des journalistes comme dans celui des téléspectateurs et supporters… Mais le jeu n’en vaudrait-il pas la chandelle ?

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