Et si les drames lors des baptêmes étudiants étaient dus à la déshumanisation de nos institutions d'enseignement?

Osera-t-on porter un regard critique sur nos appareils éducatifs ?

Et si les drames lors des baptêmes étudiants étaient dus à la déshumanisation de nos institutions d'enseignement?
©Tonneau Michel
Contribution externe

Un courrier de Jean-Luc Lefèvre, ancien directeur d’écoles normale et secondaire, ancien président de cercle facultaire.

Des drames récurrents suscitent depuis quelques années une légitime émotion autour et alentour des rituels que sont les baptêmes estudiantins qui ne datent pas d’hier. On ne peut qu’être en effet désemparés quand de jeunes vies sont fauchées au seuil d’un avenir que tous imaginaient radieux après avoir beaucoup investi pour elles.

Aussi compréhensible soit-elle, l’émotion collective n’est pas de nature à susciter les bonnes questions et à répondre dans l’urgence à une problématique qui dépasse l’enseignement supérieur dans la mesure où elle interpelle toute la société.

De quoi est-il en effet question ici, sinon de l’autonomie responsable des jeunes adultes de demain dans la société ?

Une compétence fondamentale, mais aussi très ambitieuse, révolutionnaire même au regard de la longue durée de l’enseignement francophone, dont l’école obligatoire a été investie par décret en 1997! Moins de vingt-cinq ans plus tard, tous ces drames suggèrent-ils une quelconque réussite pédagogique ? Comment concilier l’apprentissage de l’autonomie responsable dans l’enseignement obligatoire avec la standardisation des procédures éducatives très à la mode de nos jours ?

D’autonomie, parlons-en donc. De quelle autonomie peut-il encore s’agir depuis le milieu des années quatre-vingt du siècle dernier : la massification de l’enseignement supérieur voulue par le monde politique, la disparition des écoles normales de proximité, la création des hautes écoles, le regroupement en pôles d’enseignement... Pareil maelström n’est pas anodin en termes de proximité éducative, de personnalisation des relations sociales et de contrôle mutuel indispensable parfois pour éviter les drames dans un contexte grégaire.

À trop déshumaniser les institutions, notamment éducatives, on finit par déshumaniser les individus qui n’ont pas choisi d’y mourir, mais d’ y vivre et en vivre.

Osera-t-on poser ce regard sur les appareils éducatifs que les mandataires politiques de la société francophone ont voulus ?

Qu’il me soit permis d’en douter: les cataplasmes de l’urgence, comme toujours, feront office. Tant pis pour ces jeunes pousses parties trop tôt et pour rien.

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