Climat : la Belgique est-elle prête à gérer les conséquences sociales ?

Le basculement d’un système démocratique vers un régime autoritaire ne tient souvent qu’à un fil en périodes de bouleversement. Un scénario catastrophe que nous concoctent le climat et la biodiversité que nous malmenons joyeusement.

Climat : la Belgique est-elle prête à gérer les conséquences sociales ?
©Vince
Contribution externe

Une opinion de Gérard Van Roye, citoyen, ingénieur, détenteur d’un MBA de Columbia et d’un master en philosophie.

Deux sondages récents nous révèlent ce que pensent les jeunes du fonctionnement de notre démocratie. En France : une majorité d’entre eux jugent positif “d’avoir à la tête du pays un chef qui n’a pas à s’occuper du Parlement et des élections”(1). En Belgique, un sondage similaire confirme que près de la moitié des jeunes interrogés pensent que “la société serait mieux gérée si le pouvoir était concentré dans les mains d’un seul leader” (2). On ne peut exprimer plus clairement le discrédit dont jouissent les classes politiques de nos pays démocratiques.

Inaudibles tirades

La politique doit être un spectacle, un théâtre qui met en scène les confrontations d’idées. Mais on le sait, en Belgique, il y a trop d’acteurs sur les planches, à tel point que les tirades deviennent inaudibles, si l’on excepte les “petites phrases” simplistes dont l’utilité politique est marginale. Oublions donc un instant les crédos des partis et les slogans de leurs affiliés pour nous pencher sur les réalisations concrètes, sur l’héritage légué par la classe politique.

Pas besoin d’interroger les politologues pour mesurer depuis combien d’années les programmes suivants sont à l’affiche dans notre pays : la réforme des institutions, des pensions, de la fiscalité, de l’enseignement technique et professionnel, la situation des jeunes issus de l’immigration, de même que le nucléaire, le RER, le port du voile, etc. Sans parler du climat ou de la biodiversité. Voyez-vous un seul des chapitres clés de notre vivre ensemble qui ait été traité de manière convaincante, et dont on puisse dire : “On s’en sort la tête haute et nos enfants seront fiers de nous” ? Avec de tels résultats, il y a longtemps que le patron d’une société privée aurait été remercié. Nous vivons heureusement dans un pays qui concentre un énorme potentiel de richesses, de savoir et de savoir-faire, qui compense tant bien que mal les défaillances de l’état, tout en contribuant à entretenir une certaine léthargie politique parmi les citoyens.

Que faire ? La RTBF a eu la bonne idée d’organiser un débat sur la démocratie lors d’une émission télévisée qui a rassemblé quelques politiciens et citoyens de tous horizons (3). Comme il se doit, les élus invités n’ont pas eu grande difficulté à réfuter la plupart des propositions sélectionnées par les organisateurs du show et défendues par le public. Parmi ces propositions : le référendum populaire, la rémunération des parlementaires, le nombre de mandats, les assemblées citoyennes, l’utilité des provinces, thèmes qui tous fleurent bon le populisme…

Les élus que nous méritons

L’émission est assurément passée à côté de l’essentiel : comment promouvoir chez nos gouvernants l’art de bâtir des compromis d’où émergeront les décisions qui importent. Élaborer un compromis, ce n’est pas remplir le caddie du gouvernement avec des mesurettes fièrement marchandées par chaque parti. Il existe une abondante littérature consacrée à la démocratie, qui montre qu’elle ne se résume pas simplement à placer un vote dans une urne. Ce serait oublier le rôle des associations, de la presse, des syndicats, etc. On comprend bien que la politique est l’art du possible, et aussi que nous avons les élus que nous méritons, mais on ne peut s’empêcher de penser que la classe politique et les partis portent une responsabilité écrasante du discrédit dont ils jouissent. Nos ministres se montrent parfois bons gestionnaires, mais nous manquons cruellement de véritables hommes d’État. Faut-il attendre que les assemblées soient peuplées majoritairement de femmes, comme en Islande ?

L’histoire nous enseigne que le basculement d’un système démocratique vers un régime autoritaire, comme semblent le souhaiter les jeunes, ne tient souvent qu’à un fil en périodes de bouleversement. Et c’est précisément un scénario catastrophe que nous concoctent le climat et la biodiversité que nous malmenons joyeusement. Le dérèglement qui se profile de plus en plus clairement, avec un “très haut niveau de confiance” pour paraphraser le Giec, c’est un important séisme social, dont nous ne semblons pas prendre toute la mesure. Chez nous les signes avant-coureurs qui ont pour nom “Vesdre” ou encore “Covid” nous ont déjà apporté leur lot de souffrances et de dettes. On peut raisonnablement parier, sans excès de pessimisme, que les objectifs climatiques actuels ne seront jamais atteints, car il est plus facile de se retrancher derrière d’hypothétiques innovations technologiques et des promesses à dix ou quinze ans, que de mettre les mains dans le cambouis.

Slogans

Rejouera-t-on le lamentable scénario de sortie du charbon et de l’acier dont la Wallonie n’est toujours par remise ? Les slogans, comme la gratuité des transports en commun par exemple, qu’on nous lance comme du grain aux poules, peinent à nous convaincre que la classe politique a enfin compris l’importance des enjeux actuels.

Comment ne pas rougir de honte en voyant la Belgique se présenter à une Cop sur le climat sans aucun programme, ou seulement avec quelques idées bricolées au dernier moment, sans cohésion nationale ?

Les vieux scénarios politiques éculés ne font plus recette et ne peuvent pas contrer la montée des inégalités. Si nous ne pouvons offrir à nos enfants qu’une terre hyper polluée et dangereusement instable, montrons-leur au moins que nous nous préoccupons de l’efficacité des institutions politiques avec lesquelles ils devront vivre. Il faut admonester sans cesse nos représentants pour qu’ils lèguent autre chose à la postérité que leur nom gravé sur une plaque à l’entrée de la piscine communale de Trouillon-les-Bains.

(1) Sondage IFOP réalisé en France en février auprès de jeunes de 18 à 30 ans. Commenté dans Le Monde daté 7 octobre 2021.

(2) Sondage effectué par l’institut Kantar pour le compte de la RTBF en septembre 2021.

(3) Emission QR spéciale intitulée Bye Bye la démocratie, le mercredi 6 octobre 2021.