Une écopsychologue au chevet de vos angoisses

Beaucoup craignent de perdre leur identité, leur confort et leur sécurité s’ils s’engagent pour le bien-être de notre planète. Voici deux pistes pour changer et retrouver un vrai bien-être - et pas un "bien-avoir"…

Une écopsychologue au chevet de vos angoisses
©illu Serge Dehaes
Contribution externe

Par Martine Capron

Je reviens, en train, de Glasgow où j’ai accompagné mon mari à la Cop 26. Nous avions pris, le 30 octobre dernier, le fameux "Climate Train", à partir de Bruxelles.

Je peux confirmer que l’ambiance à bord, avec tous les jeunes qui ont embarqué dans ce train pour aller faire pression sur la Cop, était vraiment festive. Nous partagions ce délicieux sentiment d’être tous ensemble, solidaires, pour défendre nos valeurs et faire avancer les choses.

Mon mari, Jean-Pascal van Ypersele, est climatologue, professeur à l’UCLouvain et membre de la délégation belge pour cette Cop. Il participe donc aux négociations et restera sur place jusqu’à sa conclusion.

Écopsychologue et écopsychothérapeute, je suis confrontée à l’éco-anxiété dans mon travail, et je voulais entrer en contact avec différentes personnes - jeunes et moins jeunes - engagées dans ce combat pour le bien-être de notre planète, pour mieux percevoir quel est leur état d’esprit aujourd’hui.

Après les avoir écoutées parler de leurs questionnements et de leur dépit face à tous ceux qui ne font encore rien ou si peu, j’ai senti monter en moi de la tristesse et de la colère et l’avant-dernière nuit avant mon départ j’ai eu du mal à dormir…

C’est pourquoi j’ai décidé de m’exprimer publiquement dans cette lettre.

Craintes et angoisses

En tant qu’écopsychologue, je veux apporter une clé de compréhension et de transformation supplémentaire - que je sais importante mais qui est trop peu connue - pour venir à bout des résistances au changement que beaucoup de nos dirigeants et aussi de nombreux citoyens vivent encore à l’intérieur d’eux-mêmes et d’elles-mêmes et qui les empêchent de s’engager pleinement dans les actions nécessaires aujourd’hui.

Ce qu’il faut savoir, c’est que ce qu’ils craignent avant tout - et nous vivons tout cela à des degrés divers (reconnaissons-le) -, c’est de perdre le confort qu’ils ont mis en place dans leur vie…

Mais ce que beaucoup d’entre eux (et nous) craignent aussi - et ça, c’est plus difficile à reconnaître et peut-être à comprendre -, c’est de perdre leur identité et leur sécurité dans tous ces changements…

Pourquoi ? Parce que, dans nos sociétés de surconsommation, notre identité et notre sécurité ne sont, très souvent, plus basées sur ce que nous sommes intérieurement, mais sur ce que nous avons extérieurement, et pouvons encore avoir (toujours plus si possible) : argent, voiture, maison, vêtements, appareils et gadgets en tous genres…

Cercle vicieux

La publicité, financée par les grands producteurs, est passée maître dans l’art de nous faire croire que c’est d’abord notre capacité à posséder tous leurs produits qui fait notre valeur !

Et ça leur permet de posséder eux-mêmes toujours plus, plus, plus pour se croire toujours plus forts, tout en continuant, dans leur déséquilibre intérieur et avec notre complicité, à épuiser notre Terre et perturber son climat !

Alors, comment allons-nous tous sortir de ce cercle vicieux ?

Comment retrouver un vrai bien-être (et pas un "bien-avoir") tout en prenant soin du bien-être de notre belle planète et de ses habitants les plus fragiles ?

Voici deux pistes que l’écopsychologie nous propose d’explorer sans retenue et de faire connaître à tous autour de nous, même aux plus réfractaires de nos dirigeants (qui y retrouveront leur âme d’enfance !).

1 Se reconnecter avec la nature

Nous reconnecter en profondeur avec la nature dont nous faisons partie et avec laquelle nous vivons en complète interdépendance pour prendre soin de notre bien-être tant psychique que physique.

Ce lien essentiel entre l’être humain et la nature s’est en effet progressivement dégradé au fil des siècles. Il a été oublié, nié, abîmé, voire détruit car les humains ont voulu tout dominer ! Ce qui a conduit à toutes les souffrances et tous les déséquilibres, tant pour la Terre que pour nous-mêmes, que nous connaissons de plus en plus aujourd’hui.

Nous pouvons, pour restaurer ce lien, prendre le temps de contempler et de nous laisser émerveiller par la nature, d’apprendre à mieux la comprendre, la connaître et dialoguer avec elle, lui offrir nos questionnements, nos ressentis et nous laisser inspirer par tout ce qu’elle a à nous dire (c’est étonnant tout ce qui vient à notre conscience à ces moments-là ! Essayez, vous verrez !)

2 Nous réunir, écouter et partager

Nous réunir aussi régulièrement dans des groupes bienveillants pour prendre le temps de partager avec nos pairs, en toute sécurité, nos espoirs mais aussi toutes nos peines pour le monde : nos peurs, nos colères, nos angoisses, nos découragements, etc.

Nous comprenons alors, dans l’écoute mutuelle, que tous ces sentiments nous parlent à tous de notre désir profond de défendre la vie, l’amour, la beauté, la justice… et que nous avons grand besoin de nous soutenir les uns les autres dans notre vulnérabilité pour ressentir le bonheur profond d’être reconnus et aimés pour qui nous sommes vraiment chacun.

Rejoignons ces jeunes

Ces partages et ces liens nous donneront chaque jour toute l’énergie et l’entrain nécessaires pour participer activement à la mise en place des changements sociétaux indispensables, et pour transformer progressivement notre mode de vie personnel.

Nos jeunes, engagés pour le climat, se sont déjà lancés sur ces pistes. Rejoignons-les et cheminons joyeusement avec eux ! Nous créerons une sécurité et un confort nouveaux, bien plus précieux pour notre avenir à tous…

Je vous avoue que, pour ma part, après vous avoir écrit cette lettre, je me sens à nouveau beaucoup mieux et je suis prête à continuer - bien en lien - mon travail au service de la vie sur Terre que j’aime tant.

=> Titre et chapô sont de la rédaction. Titre original : "Cop 26 : Lettre d’une femme à tous les êtres humains amoureux de notre vie sur Terre"

Note : Si vous souhaitez en savoir plus sur l’écopsychologie, je vous invite à lire le chouette petit livre « Ecopsychologie » de Michel Maxime Egger – Editions Jouvence