La situation que vivent nos enfants durant cette crise devient insupportable pour nos cœurs de parents

Voici le quotidien de notre famille bruxelloise.

La situation que vivent nos enfants durant cette crise devient insupportable pour nos cœurs de parents
©Johanne de Tessieres
Contribution externe

Une carte blanche de Alex B., auteure bien connue de la rédaction.

Ma main tremble lorsque je saisis mon GSM, qui vient d’émettre le son caractéristique d’un nouveau message. Je sais déjà ce que c’est : le résultat du test Covid de ma fille est arrivé.

Mon mari, qui télétravaille à côté de moi, s’approche. Il est persuadé qu’elle est négative. Après tout, elle n’a passé qu’une quinzaine de minutes a priori dans le même local de stage que l’enfant testé positif. Moi pas tout à fait. On ne sait jamais… la quatrième vague est là et ce virus pernicieux est partout.

Depuis début octobre, chaque semaine, à l’exception d’une, aura vu l’un ou plusieurs membres de notre famille soumis à l’un de ces fameux frottis nasaux. Nous connaissons ce stress de l’attente avec sa pointe d’adrénaline lorsque le résultat rentre. Et pourtant… je ne m’y habitue pas. À chaque fois, la tension monte plus encore, à chaque fois mon esprit marche à 100 à l’heure pour analyser les potentielles conséquences d’un test positif. Quels contacts prévenir ou donner au tracing, mais surtout quelles activités vont encore devoir être annulées, quels visages tristes et décomposés vais-je encore devoir voir s’afficher sur le visage de mes enfants, qui vivent au rythme de ces annulations. Et pourtant… nous n’avons encore jamais été testés positifs. Cependant, ce virus a le don d’annuler en quelques minutes un merveilleux programme bien ficelé d’activités familiales, scolaires ou autres, pour un soupçon de potentiels cas positifs au sein d’un groupe.

Les images des conséquences d’un test positif, défilent à nouveau dans ma tête mais je la secoue en me disant que cette fois-ci n’est à nouveau pas pour nous. Il est temps de découvrir le résultat. Mes doigts tremblotant suivent le lien donné par le SMS, tapent la date de naissance de ma fille et son numéro de registre national, que je connais par cœur à présent, à force de l’encoder pour des prises de rendez-vous de test ou autres.

Le résultat s’affiche… et nous laisse sans voix, mon mari et moi. "Positif/Positief" est indiqué en noir et gras comme une sentence de culpabilité. Et pourtant… il s’agit seulement d’un test au Covid d’une enfant, qui se porte comme un charme et non le diagnostic d’une personne cancéreuse ou porteuse d’une autre maladie mortelle. Je lâche mon GSM comme s’il me brûlait et mon mari le saisit pour mieux lire ces quelques mots, comme s’il n’y croyait pas.

Une vague de panique me saisit, car les conséquences je les connais par cœur - pour avoir lu et relu déjà sur les sites officiels concernant le Coronavirus, les nombres de jours de quarantaine d’un membre de la famille positif et les inévitables répercussions sur le reste de la famille. Je m’effondre.

Et pourtant… je dois me ressaisir : la logistique m’attend. Celle-là même qui ne nous quitte plus depuis un an et demi, nous, parents en temps de Covid. Si la maladie nous a souvent peu touchés de près - car après tout il reste rare que les enfants développent de forts symptômes de ce virus - il n’en est pas de même sur le plan psychologique. Beaucoup d’entre nous sont certainement au bord du burn out parental, s’ils n’ont pas déjà passé ce cap. La fermeture à répétition des écoles, le télétravail avec les enfants (quand il est possible !), les cours à domicile pour tenter de maintenir quand même son enfant à niveau, les vacances (pourtant nécessaires !) reportées puis souvent annulées, et surtout, ce stress. Ce stress de l’attente des résultats, décuplé par le nombre de membres que compte la famille, ce stress de devoir annuler un anniversaire, une activité, un repas de famille tant attendu. Et la tristesse qui s’affiche sur les mines enfantines de nos têtes blondes. Elle est insupportable pour nos cœurs de parents. Chaque individu a été touché par cette crise dans sa vie quotidienne et il est clair que nous ne mesurons pas encore l’impact social et psychologique dévastateur qu’il aura eu.

Un juste équilibre?

La machine se met en branle et j’organise le testing du reste de la famille, en même temps que j’annule le programme des jours à venir.

Le tracing, que j’appelle, n’a pas encore reçu le dossier de ma fille – qui devrait pourtant exister puisque son nom a été transmis à ce même tracing par les responsables du stage, deux jours plus tôt. "Au plus tard demain matin, nous devrions avoir ses données, madame, mais sans cela, je ne peux pas vous donner les codes pour tester le reste de votre famille."

Je regarde ma montre, il est 16h – nous perdons quelques précieuses heures pour savoir si le reste de la famille est positif. Chaque jour compte dans la course à raccourcir une quarantaine qui nous semble déjà injuste. J’essaye de ne pas m’énerver sur cette aberration et je contacte mon médecin de famille, adorable, qui comprend la situation et me délivre les précieux sésames.

Une expédition familiale est organisée en soirée – que rêver de mieux pour un vendredi soir que de se rendre à 4 au centre de testing de la gare du Midi…

Les résultats tombent le lendemain : le reste de la famille est négatif. C’est censé nous rassurer… Et pourtant, l’angoisse restera. Nous devons nous refaire tester une semaine plus tard et seulement si nous sommes à nouveau tous négatifs, mon fils pourra sortir de quarantaine. Notre quarantaine à nous, les parents, est levée directement car nous sommes vaccinés. Cela nous fait une belle jambe : que faites-vous avec deux jeunes enfants en quarantaine à la maison, sinon vous mettre aussi en quarantaine ?

Le test positif de notre fille fera déjà en sorte que mon fils rate un anniversaire, une réunion louveteaux, 4 jours (à nouveau) d’école, deux entraînements et un match de hockey. Ceci n’est peut-être que le début. Si lui ou un autre membre de la famille est positif au 2ème test, sa quarantaine est prolongée. Ce "peut-être" est le pire. Un épée de Damoclès pèse au-dessus d’une activité qu’il attend depuis des semaines : le départ en classe verte avec toute son école primaire. Il doit tester négatif une 2ème fois pour pouvoir partir.

Depuis début octobre, mes enfants ont déjà raté 15 journées entières d’école. Le testing massif des enfants de moins de 12 ans dès 2 cas positifs détectés en classe avait déjà entraîné la fermeture de leur école pendant une dizaine de jour. Mon fils peut encore potentiellement rater 7 jours supplémentaires s’il est testé positif à la fin de la semaine. Et pourtant… ils ne sont pas malades.

Alors, je m’adresse à vous, chers dirigeants de notre petit pays : même si nous savons que les enfants sont également des sources de propagation, pensez-vous avoir trouvé le bon équilibre en les plaçant si rapidement et massivement en quarantaine? Une chose est sûre : vous faites en sorte que des milliers de famille se trouvent dans des situations difficiles avec leurs enfants à la maison. Nos enfants ont de la chance : le cadre de notre famille est sain et nous les entourons d’amour et de bienveillance dans cette épreuve. Qu’en est-il de ces enfants livrés à eux-mêmes, qui ne peuvent plus aller à l’école – seule bouée de sauvetage dans un quotidien terne ou pire, violent ?

Sur le même sujet