Que pouvons-nous faire face aux pénuries de voitures, de vélos et de jouets qui s'annoncent?

Et si elles étaient un remède pour nos sociétés minées par les injustices et "biberonnées à la pléthore et à l’immédiateté"?

Que pouvons-nous faire face aux pénuries de voitures, de vélos et de jouets qui s'annoncent?
©GUILLAUME JC
Contribution externe

Une carte blanche de Jacques Liesenborghs, ancien sénateur.

Ce ne sont plus les rayons de papier toilette qui sont vides, mais les magasins de vélos et les garages. Même les magasins de jouets pourraient avoir de sérieux problèmes d’approvisionnement. C’est grave, docteur ?

Semi-conducteurs ?

Je découvre, peut-être comme vous, que sous ce vocable de semi-conducteur se cachent des puces électroniques dernier cri. Soit un petit carré de verre d’un centimètre de côté finement gravé de milliards de traits dix mille fois plus mince qu’un cheveu humain. C’est d’eux que dépend une bonne partie de l’économie mondiale. Ces puces, elles sont partout. Dans nos cuisines, nos salons, nos téléphones, nos voitures et les machines qui les fabriquent. Et ces puces, elles se font désirer ! À tel point qu’une partie des usines des grandes marques automobiles ont dû ralentir voire interrompre la production.

Dans le même temps, quelques constructeurs ne sont pas touchés. Et pas n’importe lesquels. Ainsi, Rolls Royce dispose de 100 % des puces nécessaires. Bentley, Lamborghini, Ferrari, Aston Martin sont tout aussi privilégiés… comme leurs clients qui se bousculent au portillon. “Il y a beaucoup d’argent prêt à être dépensé”, constate le boss de Rolls Royce, dans Le Monde du 29 octobre.

Jouets et vélos

Parlons plus prosaïquement des vélos et des jouets. Les vélos, surtout électriques, se font aussi désirer. Cadres, freins, roues, batteries, moteurs sont très majoritairement produits en Asie. Même les pédales ! La pénurie est le résultat de la complexité du système d’approvisionnement en flux tendus. Dès qu’un maillon de la chaîne ne peut plus suivre le rythme infernal, c’est tout le système qui est ébranlé : embouteillage dans les ports, prix du fret maritime qui explose… Patience les cyclistes !

Depuis la mi-septembre, la presse se fait l’écho d’un risque de pénurie de jouets. Avant la Saint Nicolas et Noël, ce serait mal venu. Plusieurs gros vendeurs se veulent rassurants, tout en reconnaissant qu’ils ont dû puiser dans leurs stocks. Gare ! Parce que le système d’approvisionnement de 80 % des jouets est le même que celui des vélos.

Les jouets et les vélos, ça touche presque tout le monde. Mais il ne faudrait pas oublier tous les professionnels, électriciens, chauffagistes, frigoristes, plombiers, informaticiens, qui manquent de pièces (puces) pour réparer, entretenir ou installer du neuf.

Une chance à saisir ?

Il ne faudrait pas se contenter d’attendre que tout cela “rentre dans l’ordre”. Au contraire, prendre acte que le système est défaillant et réfléchir aux initiatives à prendre pour en changer, en relocalisant tout ce qui peut l’être. Ce qui n’est pas simple. Heureusement, le mouvement est entamé ici et là.

Et nous ? Nous pouvons être des acteurs de ce changement. Le cas des jouets est un bel exemple. Pourquoi ne pas résister aux pubs pour les modèles “dernier cri” ? Pourquoi ne pas privilégier les petits magasins qui proposent des jouets fabriqués chez nous ? Pourquoi ne pas aller faire notre marché chez les Petits riens, dans des magasins de seconde main ? Et soutenir du même coup des associations solidaires.

Voilà donc une nouvelle occasion de nous interroger sur nos modes de consommation. Et sur notre vulnérabilité, comme le suggère le médecin psychiatre Christophe André : “Des sociétés biberonnées à la pléthore et à l’immédiateté sont forcément des sociétés vulnérables à toute forme de manque, réel ou supposé, complet ou limité, et intolérantes à l’attente. Et comme de vraies pénuries sont à venir, même pour les Occidentaux, nous ferions bien de nous y préparer, socialement et mentalement” (1).

Au-delà de ce rappel aux privilégiés que nous sommes, il y a les grandes pénuries. Intolérables, celles-là : la grande pauvreté, les famines, le manque d’eau et de vaccins qui accablent des centaines de millions de nos frères et sœurs en humanité. Nous le savons depuis les années 90, si le monde entier consommait comme les pays riches, “il faudrait plusieurs planètes”. Aussi je conclus avec Pablo Servigne : “Conserver notre niveau de vie est un crime ! Partager revient donc obligatoirement à réduire notre niveau de vie. Ces pénuries, comme toutes les catastrophes, sont des opportunités de changement. Elles nous forcent à expérimenter. Que voulons-nous garder d’essentiel ? Que pouvons-nous abandonner ? Dans cette voie de la sobriété, donc du partage, donc de la paix, il faudra s’habituer aux pénuries. Alors, profitons-en pour changer !” (1).

>>> (1) À lire dans l’éclairant n°368 (13-10-21) de l’hebdomadaire Le Un.

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