Les écoles sont-elles sacrifiées sur l’autel de l’économie?

La situation est de plus en plus complexe dans les écoles, et le Fédéral nous dit: « débrouille-toi ».

Les écoles sont-elles sacrifiées sur l’autel de l’économie?
©FLEMAL JEAN-LUC
Contribution externe

Une carte blanche de Jean-François Nandrin, directeur d'une école secondaire.

La gestion de la Covid nous mène à une catastrophe, le navire fait eau de tous côtés !

Suivant les nouvelles règles de l'ONE depuis le 15 novembre, ce sont désormais les call centers qui se chargent de contacter les personnes positives et d'assurer le traçage des contacts à haut risque, au niveau scolaire comme extra-scolaire. Ce sont ces call centers qui contactent la médecine scolaire (PSE) qui demande alors aux écoles de faire suivre aux parents un mince message demandant de renforcer l'attention aux éventuels symptômes.

Lorsque nous prévenons le PSE (avec minimum 2 jours d'avance, 5 jours pour le moment, sur les call centers), il nous rappelle qu'il lui est expressément demandé par les autorités de ne pas prendre en charge une situation qui n'aurait pas encore été traitée par le call center afin de ne pas interférer dans la procédure.

Une fois informé de la situation, le PSE avertit l’école et juge du nombre de cas positifs dans une même classe. Ainsi j’obtiens cette réponse : « Nous avons bien pris connaissance de votre mail nous informant d’un nouvel élève positif … c’est un Xième élève positif dans cette classe, nous y ferons attention. » Chouette. Sachant que l’on ne prenait de mesures de fermeture qu’à plus de 25% de cas dans une classe sur 7 jours, soit 6 cas dans une classe de 24 : on sera déjà tous contaminés ! Depuis le Codeco du 26, on est descendu à 2 par classe. Pour les classes contaminées la semaine passée : pas grave ou en « pertes et profits » ?

Les enseignants tombent comme des mouches

Plongés au sein de ce bouillon de culture qu'est une école, les enseignants (à la veille des contrôles de décembre) tombent comme des mouches ; il est impossible de les remplacer dans ces conditions, à savoir des absences relativement courtes et surtout variant sans cesse (1 ou 2 jours pour un test, 10 pour une quarantaine, 2 suivis de 10 près un test positif, puis encore un tour pour un problème supplémentaire, etc.). Les élèves restent ainsi sur le carreau durant des jours. Il devient même difficile de prévoir un horaire de substitution, puisque chaque matin amène son lot de nouveaux absents - et heureusement de retours de « négatifs ». Parallèlement, on nous demande depuis samedi de ne pas « mélanger » les groupes en salle d’étude: j’en fais quoi, de mes quatre ou cinq classes abandonnées ? Et bien sûr, il serait dommage que nous soyons prioritaires pour la vaccination ! En fait, ce que nous dit le Fédéral, c’est « débrouille-toi ».

Les absences d'élèves suivent la même courbe, en particulier au fondamental où les élèves ne sont pas masqués. La longue attente pour apprendre quel élève à « haut risque » évacuer (le call center contacte l'élève, trace ses contacts, les signale au PSE qui nous appelle) multiplie les occasions de contamination. Le call center m'a toujours contacté avec 2 à 3 jours de retard par rapport à l'information reçue des parents ; lorsque j'avertissais moi-même le PSE, les choses se réglaient en 12h. Aujourd'hui, les cas d'élèves positifs du lundi 22 (dont je suis averti par les parents) ne m'ont toujours pas tous été transmis. Les call centers font certainement ce qu'ils peuvent, mais sont manifestement débordés. N'ayant pu prendre un appel dimanche passé à 10h (!), j'ai rappelé et, au bout d'un long temps, j'ai eu enfin un opérateur qui n'a pas retrouvé « mon cas ». On allait me rappeler dans la demi-heure, j'attends encore.

Apprenant jeudi qu'un élève est positif, j'ai pris mes responsabilités et averti la classe. Comme ils sont informés par les réseaux de qui a quoi bien plus vite que moi, cinq élèves m'ont expliqué pourquoi ils s'estimaient contacts à haut risque. Je les ai renvoyés chez eux en avertissant leurs parents. On est là hors toute procédure, mais je ne vais pas attendre d'avoir six positifs pour pouvoir fermer la classe : ce sera trop tard pour tout le niveau !

Veut-on éviter que les écoles ferment?

On s’interroge vraiment sur les raisons d’un tel scénario minimaliste au cœur de la crise. Tout le monde était certes débordé, mais cela fonctionnait. Qui a-t-on sauvé ainsi ? Je n’ai pas l’impression qu’on ait sauvé qui que ce soit et la pandémie flambe de plus belle.

Sommes-nous sacrifiés sur l’autel de l’économie ? Éviter que les écoles ferment et obligent les parents à ne pas travailler. C’est vrai que pour les élèves, ils risquent relativement peu de complications. Ce n’est pas le cas des adultes qu’ils fréquentent.

Mais je pense simplement que c'est la déconfiture complète. On revit en tous cas pour la Xième fois la même impréparation et/ou la même incapacité de décider. On attend qu'il soit trop tard pour s'alarmer et on prend alors des décisions trop tardives. Nous étions en droit d'attendre dès août un plan à géométrie variable pour cet automne. Nous n'avons eu que des responsables qui courent derrière les faits au lieu de les anticiper.

Et dans tout cela, il faudrait rester positif – si on ose encore dire !

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