"Le folklore estudiantin doit évoluer, mais il a bel et bien un avenir"

"Le folklore estudiantin doit évoluer, mais il a bel et bien un avenir"
©michel tonneau
Contribution externe

Une contribution de Guillaume Noël, membre de l'Etincelle, un kot-à-projet néo-louvaniste.

Salles fermées, Saint-V et Saint-Nicolas annulées, débats dans les médias. Aujourd’hui plus que jamais, le folklore estudiantin est bousculé, et paraît parfois menacé. Trois acteurs de la vie étudiante livrent leurs impressions.

« Le folklore estudiantin regroupe un ensemble d’activités pour et par les étudiantes et les étudiants qui va bien au-delà de la guindaille et du baptême », déclare Philippe Hiligsmann, Vice-Recteur aux affaires étudiantes de l’UCLouvain. Trop souvent, les personnes qui décrient ces activités oublient les caractères d’intégration, de transmission et de solidarité que rassemble la vie folklorique estudiantine.

Plus que des pratiques, des valeurs

Au-delà de simples pratiques, le folklore estudiantin partage surtout des valeurs cardinales, comme nous l’explique François Vankerkhoven, étudiant et Grand-Maître de la Régionale carolorégienne de l’UCLouvain : « Le folklore repose sur des valeurs humanistes dont les plus significatives sont celles du partage et de l’ouverture aux autres ». De fait, la transmission de principes conducteurs est noble et n’a pas d’époque, c’est l’essence même du folklore que d’évoluer. Il est essentiel que les étudiants de demain arrivant à l’Université aient encore la chance de profiter de cet enseignement.

Le cadre, une chance à protéger

En Belgique, les pratiques folkloriques s'organisent dans un cadre bien particulier. Une charte régit les baptêmes et des salles permettent aux jeunes de réaliser leurs « guindailles », moments de fête entre étudiants, de façon plus sécurisée. « Ce cadre est une chance qu’il faut protéger car elle offre une sécurité tant durant les activités telles que le baptême que durant les sorties des étudiants », affirme Camille, étudiante et comitarde du Cercle agronomique de l’UCLouvain. En effet, avec la fermeture des salles durant la crise du Covid-19, on a vu le retour de nombreuses dérives durant les fêtes organisées dans les kots. L’encadrement permet de canaliser cette volonté de vivre parfois trop grande qui peut caractériser une partie de la jeunesse. Il offre un environnement sécurisant pour les étudiants et un impact limité pour les voisins.

Cependant, tout cela a un coût et demande beaucoup d’investissement aux étudiants : « La critique du folklore estudiantin repose, en général, sur une méconnaissance de l’investissement qu’il nécessite. Que ce soit dans le cadre de l’entretien des endroits de « guindailles » ou dans la formation nécessaire à l’organisation des activités de baptême (premiers secours, lutte contre le harcèlement, etc.), on ne compte plus le temps passé », explique François Vankerkhoven. De plus, les fermetures et réouvertures successives demandent et demanderont encore aux étudiants de redoubler sans cesse d’ingéniosité pour assurer une gestion pérenne et saine de leurs ASBL.

« Le folklore estudiantin doit évoluer, mais… »

« Le folklore estudiantin doit évoluer, mais pas contre lui-même. Recontextualiser, oui, mais faire table rase, non », déclare François Vankerkhoven. Une évolution est inévitable et vivre avec son temps est la seule façon d’envisager l’avenir, mais tout jeter n’est pas la solution. Depuis toujours, le folklore se nourrit de l’apport de chaque génération, mais en respectant l’héritage du passé. Comme le souligne Philippe Hiligsmann, la recontextualisation, notamment des chants folkloriques, est un passage obligé. Mais, c’est aussi une réflexion plus générale sur le folklore qui s’impose : « Les associations folkloriques étudiantes vivent avec leur temps et ne cessent de réactualiser leurs traditions aux préoccupations de leur époque. Le travail de recontextualisation des chants, d’une part, et l’insertion d’activités de sensibilisation, durant le baptême, dans la lutte contre le harcèlement sexuel, d’autre part, sont à mettre à leur crédit et c’est dans cet objectif et sans dénaturer les traditions que l’on doit avancer. Car il serait illusoire d’avancer, dans la réflexion, sans la collaboration et l’adhésion des organisations étudiantes concernées ». Par conséquent, le folklore estudiantin a bel et bien un avenir, qui repose sur les étudiantes et les étudiants eux-mêmes, mais qui ne semble pas aussi sombre qu’il n’y paraît.