Rien n’est mieux qu’être soigné chez soi

En Belgique, les soins à domicile se heurtent encore à plusieurs obstacles. Pourtant, une solution existe pour les privilégier.

Rien n’est mieux qu’être soigné chez soi
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Contribution externe

Une opinion d'Eric Goffin, Chef de clinique en néphrologie aux cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles

L’environnement hospitalier paraît être la solution la meilleure pour un patient à la recherche de soins de santé pour une pathologie lourde. Pourtant, pour beaucoup de ces pathologies, cela n’est plus nécessairement le cas. Au fil des années, les soins à domicile se sont avérés une alternative intéressante pouvant même parfois donner des résultats supérieurs à ceux obtenus par le traitement hospitalier. D’abord et avant tout, pour la santé et le bien-être du patient. Mais également du fait de la rentabilité de cette approche, ce qui permet de libérer des moyens financiers et logistiques pour d’autres traitements ou thérapies.

Si la pandémie Covid-19 actuelle nous a bien appris quelque chose, c’est que les hôpitaux peuvent facilement être saturés en temps de crise. Le report des soins planifiés pour faire place à des soins plus intensifs est à l’ordre du jour depuis 18 mois. Heureusement, aujourd’hui, de nombreux patients sont parfaitement traités en dehors de l’hôpital. La poursuite de leur traitement n’a donc pas été affectée par la pandémie actuelle.

Ce qui freine la thérapie à domicile

L’innovation technologique dans les équipements d’aide à la thérapie à domicile permet aujourd’hui un accès fiable à ces soins. La plupart des patients souffrant d’apnée du sommeil sont déjà traités chez eux. Les personnes qui ont besoin d’une oxygénothérapie, d’une dialyse ou d’une alimentation entérale ou parentérale peuvent également effectivement être traitées ainsi. Les traitements à domicile dans le domaine de l’oncologie sont également de plus en plus fréquemment réalisés au domicile.

Malheureusement, l’accès à ces nouveautés se heurte trop souvent à des obstacles. Actuellement, de nombreux patients en Belgique sont encore soignés à l’hôpital, simplement parce que des lits d’hôpitaux y sont disponibles.

Un autre obstacle à la mise en route de traitements au domicile est l’insuffisance de l’infrastructure numérique disponible pour assurer le suivi des patients à domicile, la communication entre le patient et le(s) prestataire(s) de soins méritant toute notre attention.

Enfin, le plus grand obstacle pour les soins à domicile en Belgique reste sans doute l’absence de cadre légal. Résultat : pas d’accréditation, ni de remboursement direct, pour les prestataires de soins à domicile, et aucune définition claire des responsabilités. En raison de l’absence de cadre juridique, les prestataires de soins à domicile sont le plus souvent engagés comme "sous-traitants" par les hôpitaux. En conséquence, le prix et la qualité des soins dispensés peuvent souvent être insuffisants.

Un modèle hybride comme solution

Pourtant, une solution est possible. Nous avons besoin d’un système hybride dans lequel les données du patient à domicile circulent sans entrave entre les soins primaires et les soins de deuxième et troisième lignes, et ce dans le respect de la RGPD. La communication entre le patient et le prestataire de soins de santé peut ainsi être améliorée. De cette manière, toute l’attention peut être portée sur la prévention des complications et l’établissement de diagnostics plus précoces.

Bien entendu, cette approche passe par un cadre juridique assorti d’incitants financiers adéquats pour les soignants au domicile et l’obtention d’un accès permanent aux données médicales individuelles pour le soignant et pour son patient. Enfin, une réflexion sur les moyens de formation et le financement des acteurs de santé est indispensable.

Pour le patient, rien n’est mieux qu’être soigné chez soi ; le traitement à domicile constitue un avantage indéniable pour lui.

Titre original : "Home sweet home"