Diriger une école est aujourd'hui devenu impossible

Diriger une école est devenu un métier impossible. La crise sanitaire dévoile l’indigence, sinon l’indignité, dans laquelle directrices et directeurs sont tenus.

Diriger une école est aujourd'hui devenu impossible
©PHOTONEWS
Contribution externe

Une carte blanche de Bernard Bleus, Paul Bodart, Michel Bouvy, Paul Bricteux, Marcel Careme, Jean-Pierre Degives, Jacqueline De Ryck, Marc François, Françoise Geleyn, Sœur Jacinta Gilles, Marie-Christine Henreaux, Philippe Mawet, Sœur Marie-Thérèse Smal, membres des organes d’administration des pouvoirs organisateurs de l’Olivier.

Ce 14 décembre, c’est la réunion mensuelle des directions du fondamental. Les douze chefs d’établissement se rencontrent, virtuellement, sous la houlette experte et bienveillante de l’administratrice référente et de la coordinatrice. Un enrichissant moment de partage d’expériences et d’intervision. Un des moteurs de la dynamique de ce projet de Fédération de pouvoirs organisateurs de l’Olivier.

Aujourd’hui, imperceptible changement : les sourires d’accueil sont plus timides que d’habitude. Rien que des petits bonjours. La période est difficile, cela se sent. À l’ordre du jour : que faire lors de la dernière semaine du trimestre en l’absence des élèves ? Les sourires se figent tout à fait. Même parfois, des larmes au bord des yeux. C’est que l’ambiance est électrique dans beaucoup d’écoles : certaines équipes au bord de l’épuisement manifestent, parfois bruyamment, contre toute forme d’activité. Comment trouver les ressources pour les motiver, quand soi-même on a déjà puisé dans ses dernières énergies pour arriver au bout ? Le seul constat lucide : on fera comme on peut. Un peu plus ou un peu moins, selon les particularités des situations. L’administratrice ne peut que constater l’impossibilité d’avancer plus.

Éduquer, tenir le gouvernail, soigner

En l’occurrence, une question doit être posée : le métier de directrice et directeur d’école est-il devenu impossible ?

Pour Freud, il existe trois métiers impossibles : éduquer, gouverner, soigner.

Éduquer : c'est le core business du chef d'établissement. Enfin, chacun aimerait bien que cela le soit… C'est la mission prioritaire que lui confie le pouvoir organisateur. Mais quand trouve-t-elle/il le temps de l'exercer ?

Tenir le gouvernail : tous les pouvoirs organisateurs en ont fait l’expérience. On change de directrice ou de directeur d’école, on change l’école. La gestion de l’équipe éducative par le chef d’établissement est décisive. Mais où trouver la force de maintenir le cap contre vents, marées et, à l’heure actuelle, contre les tempêtes ?

Soigner : marginale en d’autres temps, la gestion de l’état sanitaire des écoles ravage aujourd’hui tout l’espace de travail. Entre installation d’équipements divers, gestion des quarantaines d’élèves ou d’enseignants, présence en classe pour compenser les absences, réorganisation des bulles et des espaces pour se restaurer, licenciements d’élèves, fermeture de classes ou d’une partie d’école… les interstices de temps disponibles pour les tâches indispensables se rétrécissent comme peau de chagrin.

La direction d’école est-elle devenue un métier impossible ? Oui, trois fois impossible !

Madame la ministre, mesdames, messieurs les responsables de l’enseignement, entendez-vous bien les chefs d’établissement et leurs pouvoirs organisateurs qui crient, au pied de vos tours d’ivoire, l’impossibilité de leur métier ? Ouvrez au moins vos fenêtres pour les entendre !

La crise sanitaire fait éclater au grand jour l’indigence, sinon l’indignité, dans laquelle vous les tenez. Il y a des années, des dizaines d’années qu’ils vous le clament et vous réclament des améliorations substantielles. Dans l’enseignement fondamental notamment, les directrices et directeurs ne bénéficient toujours que d’une aide minimaliste. Alors que les équipes de gestion de toutes les écoles fondamentales devraient être composées, au minimum, à côté des directions, d’une ou d’un secrétaire de direction et d’une ou d’un éducateur, statutairement définis et reconnus.

L’heure n’est pas non plus à la énième réforme satisfaisant l’ego de quelques caciques. Rangez-la au frigo, au moins le temps que passe la crise sanitaire qui poursuit ses inexorables ravages. Ouvrez vos oreilles, ouvrez les yeux sur les réalités de la vraie vie. Si vous ne le faites pas, bientôt c’est vous qui devrez descendre de vos tours d’ivoire pour assurer dans les écoles une gestion pour laquelle on ne trouvera plus aucune ni aucun candidat.

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