Le monde de la culture cache des écarts colossaux

Le Conseil d’État est venu au secours de la culture. Mais, à côté des "grandes" institutions, on oublie souvent les "petits" lieux d’éveil culturel. Les écarts, financiers et en moyens, sont colossaux.

Le monde de la culture cache des écarts colossaux
©BELGA
Contribution externe

Par Jacques Liesenborghs, ancien sénateur

Les événements qui ont suivi le Codeco de fin décembre méritent qu’on y revienne et qu’on élargisse et prolonge la réflexion.

Un Conseil d'Etat pas accessible pour tous

L’impressionnante mobilisation d’une partie du vaste "monde de la culture" a amené au retrait rapide de certaines décisions prises de concert par les représentants des gouvernements du pays. Une gifle pour le fameux Codeco. Un soulagement pour nombre de programmateurs, d’acteurs, de techniciens et spectateurs de nos salles de théâtre et de cinéma. Hélas, pour certains, c’était déjà trop tard.

Mais, première réflexion, pareil changement de cap n’est pas à la portée de tous. Pour obtenir une décision aussi rare et rapide, il faut connaître sur le bout des doigts les subtils rouages de notre machine démocratique et donc les possibilités de recours. Il faut en outre disposer d’un carnet d’adresses de juristes compétents et prêts à introduire au Conseil d’État un recours en extrême urgence.

Salutaire rappel de cette importante institution de notre démocratie : le Conseil d’État. Invitation à tous les citoyens, à toutes les universités, à tous les lieux de formation : rafraîchir nos connaissances sur les compétences et le fonctionnement de cet organe si décisif. Car il faut bien reconnaître que cette instance est loin d’être connue de tous. Et que dire de son accessibilité ?

Démocratie culturelle en péril

Autre réflexion (question) : le "monde de la culture", c’est qui ? C’est quoi ? On sera d’accord, je l’espère, pour ne pas le limiter aux grandes institutions qui font la fierté de notre pays : théâtres, opéras, centres culturels… En font également partie des lieux plus modestes, souvent situés dans des quartiers populaires : ateliers d’expression, groupes d’alphabétisation, écoles de devoirs, maisons de jeunes, associations d’éducation permanente… Un monde qui fait moins de bruit bien qu’il touche un très large public. Un monde qui ne jouit pas (ou très peu) de soutiens prestigieux et qui est pourtant essentiel pour développer le goût de la culture (des cultures) chez les jeunes et adultes des milieux populaires.

Et les écoles, font-elles partie du monde de la culture ? C’est évidemment en leur sein, dès l’école maternelle, que tout devrait commencer. Avec un investissement privilégié dans les écoles des quartiers populaires. Avec des collaborations entre écoles, familles et associations. Des zones d’éducation prioritaire. Où l’éveil du goût du beau et du juste (droit), la curiosité, la découverte des richesses culturelles des uns et des autres, le plaisir des expressions et de la diversité… devraient conduire petit à petit, toutes et tous, sur les chemins d’une démocratie culturelle.

Tiens, qui va saisir le Conseil d’État pour qu’il décrète l’urgence pour corriger les écarts colossaux de financement entre les grandes institutions culturelles et les petits (et moyens) centres d’expression et d’éveil culturel ? Autrement dit d’éveil à la démocratie. Certes, certaines grandes institutions ont le souci d’élargir leur public, de pratiquer des tarifs préférentiels, de mettre locaux et matériel à disposition, de développer des projets en partenariat… Super ! Mais cela ne suffit pas.

Il y a urgence, à tous les étages, des quartiers aux Régions, des villages aux grandes villes, des Communautés à l’État fédéral : les écarts colossaux de financement entre les "petits" lieux d’éveil culturel et les "grandes" institutions sont intolérables. Ils mettent notre démocratie culturelle en péril.