Voici comment il faudrait reconstruire les zones sinistrées en Wallonie

Un des piliers du Green Deal européen nous le rappelle : il faudra veiller à l’efficacité énergétique des bâtiments, tant pour la reconstruction que pour la rénovation du bâti wallon. Le défi est d’autant plus beau qu’il est gigantesque.

Contribution externe
Voici comment il faudrait reconstruire les zones sinistrées en Wallonie

Une carte blanche de Véronique Graff, Directrice générale du pôle de compétitivité GreenWin.

Six mois déjà… Les inondations que la Wallonie, et particulièrement la province de Liège, a connues l’été dernier sont évidemment avant tout un drame humain. D’abord parce que des vies ont été perdues, mais également parce que des centaines de personnes se sont retrouvées à la rue, expulsées de leurs logements, arrachées à ces biens qui abritaient parfois les souvenirs ou l’œuvre d’une vie entière.

Une telle tragédie nous plonge dans un état de deuil : tristesse, incrédulité, colère, recherche de coupables… et finalement, une certitude : la responsabilité du réchauffement climatique est indéniable.

Alors, même s’il est légitime, sortons au plus vite de cet état traumatique et tournons-nous vers l’avenir : la reconstruction des habitations ravagées. Avec les questions qu’elle implique : où, comment et avec quels moyens ? En fait, ces questions étaient déjà bien présentes dans les sphères politico-économiques non seulement de Belgique, mais également d’Europe et même du monde entier, et tournent autour d’une évidence : la lutte contre le réchauffement climatique passera par une modification profonde de notre manière d’habiter, de construire et de rénover.

En soulignant la volonté du gouvernement wallon d’agir en parfaite collaboration avec les acteurs de la recherche industrielle pour trouver des solutions durables à ces enjeux, la Déclaration de politique régionale wallonne annonce la couleur. Et, comme en écho, le Plan national pour la reprise et la résilience concocté par le gouvernement fédéral fait également la part belle au développement durable, avec 34 % du budget global, soit quelque deux milliards d’euros réservés à cette thématique.

Les inondations de cet été ne sont donc qu’un accélérateur de prise de conscience, une illustration de ce qui nous attend si nous ne modifions pas nos comportements, ce qui ne concerne pas que notre habitat, mais chaque chose en son temps… Focus donc sur la reconstruction des zones sinistrées.

D’emblée, une question : faut-il reconstruire dans les zones qui ont été inondées ? Cette question souligne l’importance de l’aménagement du territoire, qui demande sinon une refonte, au moins une réflexion approfondie avec l’ensemble des acteurs concernés, dont les universités, pour une cartographie précise et adaptée à cette nouvelle réalité. Ensuite, il est nécessaire de reconnaître qu’un risque existe, et grandit. Et ce risque deviendra gérable avec une objectivation de la situation, et son corollaire, la disponibilité de l’information et son traitement. Prenons un exemple : au Japon, on construit dans des zones sujettes à séismes ; le risque est intégré et des solutions pour s’y adapter ont été trouvées, avec un succès indéniable. L’adaptation est la force principale de l’être humain. Ce qui est intéressant, c’est que nous nous trouvons au début du processus : tout est à imaginer, penser, envisager, concevoir puis à construire, en observant aussi ce qui se fait ailleurs dans le monde.

Après cette question initiale, une précision… Si l’actualité locale a été occupée par les inondations, il ne faut pas oublier que les risques climatiques peuvent prendre dans nos régions diverses formes : canicules, incendies de forêts, chutes sévères de neige ou de pluie, tempêtes, glissements de terrain…

Durabilité oui, mais comment ?

Ces préliminaires posés, la reconstruction envisagée doit évidemment s’inscrire dans la durabilité. Mais le terme est vaste, d’où la nécessité de dégager quelques priorités.

Tout d’abord, c’est une évidence - et un des piliers du Green Deal européen -, il faut veiller à l’efficacité énergétique des bâtiments, tant pour la reconstruction que pour la rénovation du bâti wallon. Un partenariat énergique et volontariste d’acteurs de l’industrie, de l’innovation et des autorités publiques est en train de se mettre en place avec RENO + pour proposer des solutions intégrées - et articulées avec les initiatives locales - pour améliorer la performance énergétique du parc immobilier wallon dans une approche "client". Ces solutions, nécessairement attractives financièrement, articuleront des innovations technologiques et non technologiques, et s’inspireront des projets pilotes qui ont vu le jour un peu partout en Europe et dans le monde.

Ensuite, la "construction modulaire" doit se développer. Il s’agit ici de concevoir et de déployer des modèles de construction préfabriquée permettant une approche de "customisation de masse". Le but est d’améliorer significativement la productivité, l’efficacité, le bien-être au travail et l’empreinte climatique des matériaux et procédés de construction et de rénovation.

S’ensuit la circularité dans la construction. Le principe est de mobiliser les acteurs pour permettre d’accroître la réutilisation et le recyclage de matériaux dans la construction par des outils innovants à valider dans des chantiers tests. Ces innovations soutiendront les évolutions normatives et réglementaires nécessaires.

Enfin, il faut développer l’économie de la fonctionnalité dans la construction. Autrement dit, favoriser l’émergence de nouveaux modèles économiques basés sur l’usage et la performance de bâtiments ou d’éléments techniques et constructifs, plutôt que sur la propriété et le produit.

Ces priorités dégagées, il ne faudra évidemment pas les limiter à la reconstruction dans les zones sinistrées, mais au contraire les élargir à toute nouvelle construction où qu’elle se situe, ainsi qu’à la rénovation du bâti wallon. Cette rénovation devient un secteur à part entière, dont les défis dépassent le besoin fondamental de se loger dans un minimum de confort et de sécurité. L’enjeu est parfaitement compris par les décideurs politiques de tous horizons.

La Wallonie, tout comme les autres régions du pays, peut directement profiter du processus. La collecte, le recyclage, la réutilisation et la valorisation de matériaux, la modularité des solutions de construction ouvrent des voies alternatives écoresponsables, dans notre quête de géo-indépendance. Celle-ci nous invite à innover et (re)localiser des filières sur notre territoire. Mais pour que l’efficacité de ces (nouvelles) filières soit optimisée, il faut que les divers maillons des chaînes de valeurs de la construction et de la rénovation communiquent entre eux, et travaillent en concertation. Et dans ce cadre, les partenariats public-privé occupent une place privilégiée.

Le défi est d’autant plus beau qu’il est gigantesque…

>>> Titre et chapeau de la rédaction. Titre original : "Climat et inondations : réflexions sur les réfections"

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