Non, le Gems ne représente pas "les scientifiques"

Après le fiasco de la fermeture des théâtres, le Premier ministre s’est engagé à remettre les scientifiques au cœur du débat. Il a aussi préparé les Belges à une crise qui sera encore longue. Mais qui sont "les scientifiques"?

Contribution externe
Non, le Gems ne représente pas "les scientifiques"
©Reporters / QUINET

Une carte blanche de Laurent Hermoye, docteur en sciences médicales

A chaque Codeco, le même scénario se reproduit. Acte 1 : le rapport du Gems fuite dans la presse. Acte 2 : sa présidente multiplie les interventions dans les médias. Acte 3 : Erika Vlieghe critique les politiques, si les recommandations du groupe n'ont pas été suivies à la lettre. « Je ne sais pas si le Gems rédigera encore des avis » avait menacé l'infectiologue, furieuse, à l'issue du comité de concertation du 3 décembre.

Bien que devenue habituelle, la séquence pose question. S’imaginerait-on un expert judiciaire critiquer dans les médias la décision d’un juge qui n’a pas suivi son rapport ?

Le Conseil d'État, dans son arrêt remarqué du 28 décembre, a lui aussi mis les experts au centre du débat. Mais qui sont « les experts » ? Comment éviter qu'une poignée d'experts très médiatiques ne monopolise le débat, discréditant systématiquement toute voix discordante ?

Analyse d’impact

Après deux ans de crise et trois doses de vaccin, l’intérêt général se résume-t-il à limiter la propagation du virus ?

Une règle de base en gestion des risques est que l’impact (positif et négatif) des mesures de réduction de risque doit être évalué. Force est de constater que cela n’a jamais vraiment été le cas.

En mars 2020, des économistes affirmaient que le confinement pouvait être financé sans crainte par de la création monétaire. Un an plus tard, l’inflation est à 6%.

La santé mentale des Belges est au plus bas. De nombreux commerçants, surendettés, ne voient plus le bout du tunnel. Des enfants souffrent de troubles de l’apprentissage. Même la santé physique des Belges est mise à mal par les mesures sanitaires. Stress chronique, sédentarité et solitude sont des fléaux dont les effets néfastes ne sont plus à démontrer.

Quantifier ces effets et les mettre en balance avec la circulation du virus n’est ni plus ni moins scientifique que le travail et les recommandations des virologues.

Dissoudre le Gems

Certains membres du Gems (ceux qui étaient déjà présents au sein du Gees, puis de la Celeval) ont été recrutés au début de la crise. Quand la courbe des cas était le seul paramètre à prendre en compte. Pour leurs compétences. Ou parce qu’ils avaient déjà aidé le gouvernement à gérer d’autres épidémies. Mais deux ans plus tard, c’est une vision plutôt extrême de la gestion de crise qui semble avoir pris le dessus.

On voit mal comment rééquilibrer le débat sans dissoudre le groupe d’experts pour en reformer un autre, plus équilibré. Certes, au fil des évolutions du groupe d'experts qui le conseille, le gouvernement y a déjà inclus des psychologues et d’autres spécialistes des sciences humaines. Mais face à la personnalité de sa présidente et à l’omniprésence des partisans d’une ligne dure, ont-ils un réel poids ?

Une autre phase de l’épidémie appelle un autre pilotage. Et souvent, dans ce cas, le mieux est de changer de pilote.

Une autre solution consisterait à former un second groupe, davantage pluridisciplinaire, qui ferait contrepoids aux experts du Gems. Il pourrait inclure des académiques et des représentants des secteurs les plus affectés. A chaque rapport des virologues, ce groupe répondrait par une analyse d’impact.

On pourrait rétorquer que c’est au parlement que ces débats devraient avoir lieu. Que les élus sont les représentants des citoyens et agissent conformément à l’intérêt général. Mais les parlementaires ont été plutôt discrets face aux restrictions des libertés fondamentales. La loi pandémie les a d’ailleurs quasi exclus du débat. Une fois l’urgence épidémique déclarée par le parlement, c’est l’exécutif qui pilote.

Face à une crise qui s’annonce encore longue, il est temps de changer de paradigme. De ne plus laisser une minorité bruyante mobiliser le débat. Et d’inviter, autour de la table, des scientifiques d’horizons multiples.

Sur le même sujet