À tous ceux qui portent une étoile jaune pour s'opposer aux mesures sanitaires: ouvrez vos livres d'Histoire

Respectez les organisateurs des manifestations auxquelles vous participez et les co-manifestants qui ne se retrouvent pas dans de telles images. Surtout, respectez l’Histoire et les millions d’humains morts suite aux "ségrégations".

Contribution externe
À tous ceux qui portent une étoile jaune pour s'opposer aux mesures sanitaires: ouvrez vos livres d'Histoire
©AFP

Une carte blanche d'Alain Dubois, cadre, diplômé en sciences politiques et en droit international.

Lors de la dernière manifestation contre les décisions "sanitaires", j’ai pu voir déambuler fièrement de courageux défenseurs de notre chère démocratie, affublés d’étoile jaune, amalgamant ainsi les restrictions sanitaires aux lois anti-juives du cauchemar nazi et, par extension, à la Shoah. Je fus interpellé, gêné, et triste. Comment, dans un mouvement clamant l’arrêt des mesures sanitaires, se voulant ouvert et démocratique, pouvait-on ressortir de tels symboles pour justifier une position ? Comment, si l’on se targue d’être éclairé, peut-on comparer les conséquences d’un choix personnel aux rafles, aux enfants occis, aux usines de la mort ? En quoi ne pas pouvoir aller au restaurant, dans les salles de spectacles, à l’hôtel est-il comparable aux nuits de cristal, aux autodafés ? En quoi les restrictions actuelles peuvent être amalgamées aux Killing Fields Cambodgien, aux bidonvilles de Soweto ou, tant qu’à faire, à la St Barthelemy?

Était-ce une exception ? Un cynique innocent ? J'ai lancé quelques coups de sonde, visité les sites, et, oui, de nombreux manifestants soutenaient la comparaison. "Mais non, c'est comparable, c'est de la ségrégation", pouvais-je lire.

Prenons le Larousse. Ségrégation : "Processus par lequel une distance sociale est imposée à un groupe du fait de sa race, de son sexe, de sa position sociale ou de sa religion, par rapport aux autres groupes d'une collectivité." Doit-on ajouter : "son statut vaccinal"?

Ouvrez des livres d'Histoire

Ayez confiance en nous, les moutons vaccinés: les limites ne seront pas dépassées. "Oui, mais de telles ségrégations commencent comme ça", disent-ils.

Ouvrez vos livres d’histoire. Une distance sociale est en effet ici imposée. Mais elle est issue d’un choix personnel qui, quoique respectable, se doit d'être assumé. Et puis elle est restreinte au "non-essentiel". Je ne pense pas avoir entendu de restrictions comparables aux lois de Vichy, à l’interdiction de l’acquisition des fonds de commerce par les non vaccinés, la déchéance des mandats de députés non vaccinés, l’interdiction à la propriété foncière pour finir raflé et détenu a Breendonk.

Le pass sanitaire est - il me semble - la "patte blanche" de la fable "Le loup, la chèvre et le chevreau" de Lafontaine, se basant sur l’adage : "Deux sûretés valent mieux qu'une, et le trop en cela ne fut jamais perdu." Ce n’est pas l’avis des manifestants. Le pass sanitaire et les autres mesures feraient perdre la liberté, représentant en cela une nouvelle forme de discrimination.

Je ne désire pas rentrer dans le débat sur le bien-fondé des décisions gouvernementales. Je n’en ai pas l’expertise et, oui, bien sûr, je doute et je ne suis clairement pas en ligne avec certaines mesures. Mais la question posée par cet humble texte n’est pas celle-là. Elle est plus globale. Elle est simple : laissez les morts dormir en paix. Ne réveillez pas leur courroux et ceux de leur famille en arborant les passeports pour l’enfer lors d’un rassemblement autorisé dans un pays où nous avons le droit de manifester notre désaccord, dans la paix et la liberté. Outre la question vaccinale et les libertés qui y sont liées, il existe un devoir de mémoire en ce qui concerne l’holocauste dont le symbole est cette étoile. Mais l’holocauste ne discriminait pas dans son horreur. Homosexuels, communistes, tzigane, franc-maçon, politiques furent également les passagers involontaires des trains de la mort. Lorsque la haine et le totalitarisme apparaissent, l'ennemi prend de multiples formes.

"Oui, mais on prive de liberté une partie de la population qui refuse de se soumettre au diktat des politiques soumis au lobby pharmaceutique", répondent ces manifestants qui arborent l'étoile, notamment sur les forums et sur leurs site. Je souhaite leur répondre par la notion de respect; de respect pour les millions d'humains morts suite aux "ségrégations". De respect pour vous-mêmes, pour les organisateurs de ces manifestations qui défendent leurs principes, pour les co-manifestants qui ne se retrouvent pas dans de telles images, pour les professeurs qui enseignent masqué, pour les soignants dont certains ont dépassé leurs convictions pour pouvoir vous soigner. Pour l'Histoire.

Pensez avant de placarder

Bien sûr, nous devons tous être attentifs, je ne suis pas un ardent défenseur du pass sanitaire. Tout ce qui polarise notre société fait surgir en moi une méfiance profonde. Il est si facile de pointer du doigt des responsables, des boucs émissaires. Mais réfrénez vos besoins de sensationnel, de scoop. Pensez avant de placarder. Faites en sorte que les amalgames entre une décision de santé publique, qui peut être contestée, et l’un des pires génocides de l’histoire humaine ne devienne une triste banalité effaçant ainsi toute valeur symbolique.

Pour ma part, je suis allé visiter Auschwitz, Yad Vashem et le Mémorial du Génocide Rwanda pour essayer de comprendre la folie des Hommes. Je ne l’ai pas comprise. Que ces fiers défenseurs de nos libertés y fassent un pèlerinage. Il y a des signes trop lourds pour être ainsi utilisés.

Chers manifestants porteurs d’une étoile jaune, relisez vos livres d’Histoire avant de vous affubler de cette étoile de mort. Respectez les mémoires des Martin Luther King, Nelson Mandela, d’Anne Franck et des milliers d’autres qui sont morts pour la liberté de tous.

Sur le même sujet