Quelle réaction face au viol d’un peuple?

Mettre l’agresseur hors d’état de nuire et porter secours à la victime sont les deux principes qui doivent fonder notre politique étrangère face à l’agression d’un peuple.

Contribution externe
Quelle réaction face au viol d’un peuple?
©AFP

Une opinion de Baudouin de Hemptinne, 25 ans, jeune professionnel et alumni de Sciences Po Paris

Lorsqu’une personne est atteinte dans son intégrité physique ou morale, par le biais d’une agression par exemple, le devoir de la société est double : mettre l’agresseur hors d’état de nuire et porter secours à la victime, afin qu’elle puisse se reconstruire. A l’heure où les dirigeants occidentaux tentent de trouver une posture diplomatique pour réagir à l’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie, ces deux principes doivent fonder notre politique étrangère face à l’agression d’un peuple.

Des crimes d’une même nature

Bien que les parallélismes entre violences indicibles soient souvent malvenus, on ne peut s’empêcher de voir certains traits communs entre l’agression d’une personne et la violation de la souveraineté d’un État. L’essence de ces deux actes est l’intrusion par la force sans consentement. Comment ne pas entendre dans le narratif de restauration d’un état « normal » de l’histoire entretenu par Poutine le refus abject de l’altérité et de la dignité d’une nation autre que la sienne ? Les Ukrainiens, principaux concernés, ne sont pas considérés comme dignes d’avoir voix au chapitre. Le jeu russe les considère comme objets et non sujets. Ni une personne, ni un peuple ne peuvent jamais être rangés au rang d’objet. Sans consentement, une intrusion par la force s’apparente à un viol, que ce soit dans le cas d’une personne ou d’un peuple.

Comment réagir comme pays face au viol d’un peuple ?

Notre diplomatie doit s’inspirer des deux principes essentiels dans la réaction face à l’agression d’une personne. D’une part, mettre l’agresseur hors d’état de nuire. Dans la réponse que les pays de l’Union européenne et de l’Otan doivent apporter à l’invasion de l’Ukraine, il convient de ne pas se tromper d’objectif. Il est question de mettre un agresseur hors d’état de nuire et non de gestion d’un équilibre avec un voisin qu’on craint et qu’on ne comprend pas. L’agression est le fait d’une décision aussi saugrenue qu’arbitraire d’un président sans scrupule pour le droit international et non d’une décision démocratique engageant tous les Russes. Quand les pays occidentaux mettent toute leur imagination à élaborer des sanctions économiques inédites, n’est-on pas en train de se tromper de cible ? Nous touchons là essentiellement le peuple russe sans endiguer l’écrasement de l’Ukraine et de ses habitants. Sans céder à une apologie de la guerre, il importe d’insister sur l’urgence de réagir fermement : nos pays témoins du viol d’un peuple voisin se doivent d’immobiliser l’agresseur. Il en va de la vie d’innocents détruite par un élan d’injustice brutal. Et si, malheureusement, l’arrêt de l’armée russe et de la personne de Poutine doit requérir l’usage de nos forces de défense en Ukraine, nous devons pouvoir en prendre la responsabilité avec courage.

D’autre part, porter assistance à la victime et l’aider à se reconstruire. Nous ne pouvons pas nous contenter de sanctions économiques alors que la victime est un voisin direct et appelle à l’aide comme le président Zelensky l’a fait à plusieurs reprises. Si l’on veut sortir d’un long cycle de violences et établir une paix durable en Ukraine, il faut agir au-delà de la résolution du conflit. Nous devons nous apprêter à accueillir un afflux de réfugiés, à assister économiquement la reconstruction du pays, et à réconcilier russes et ukrainiens par des processus de justice transitionnelle alliant dialogue et réparations. Le traité de Versailles et la chute du mur de Berlin ont suffisamment illustré qu’une fin de conflit sans effort de réconciliation, où l’une des parties sort humiliée, n’est que la mise à feu d’une bombe à retardement.

Que faire face à cette violence comme simple citoyen ?

Si nous voulons vivre dans une société pacifiée où les actes de violence envers des personnes ou des peuples se fassent de plus en plus rares, il nous faut continuellement transformer nos regards. Se répéter constamment que le vis-à-vis dispose de sa propre dignité. Refuser dans toute situation de faire de l’autre l’objet de sa convoitise. Reconnaitre qu’altérité rime avec liberté de consentir ou de décliner. Dans le cas de l’Ukraine, appelons nos gouvernants à une réaction ferme au nom du refus de l’atteinte à la dignité et à la liberté d’un peuple, valeurs universelles que veut défendre notre union européenne. Au plan plus personnel encore, œuvrons, ici et maintenant, au changement de regard souhaité. Dans l’éducation de nos enfants, dans nos rapports professionnels, dans le soin apporté aux ainés et aux plus fragiles. Transformons nos regards de convoitise en regards de douceur. De cette manière seulement, les agresseurs, un jour, auront appris à s’émerveiller devant ce qu’ils ne chercheront plus à conquérir.