Accueil en Belgique des réfugiés ukrainiens : la honte et la tristesse

Une opinion de Maurice Krings, bâtonnier de l’Ordre français du barreau de Bruxelles, et Jean-Marc Picard, président de la commission migrance

Contribution externe
Accueil en Belgique des réfugiés ukrainiens : la honte et la tristesse
©AFP

Ce vendredi 4 mars, le Journal Officiel de l’Union européenne publiait la décision de mettre en œuvre en Europe la protection temporaire pour les Ukrainiens qui fuient la guerre dans leur pays. Nous savons depuis plus de 10 jours (la guerre a commencé le 24 février) que l’Union européenne allait devoir accueillir des millions de réfugiés et que la Belgique en prendrait une part.

Si la solidarité manifestée par la population belge est impressionnante et réchauffe les cœurs, l’inorganisation officielle de l’accueil est épouvantable.

Depuis le lundi 7 mars, de 1000 à 2000 Ukrainiens font chaque jour la file, debout sur le trottoir, devant et autour de l’ancien hôpital Bordet à Bruxelles. Des femmes, le plus souvent seules (les hommes sont restés en Ukraine pour assurer la défense du pays), avec des enfants, parfois très jeunes. J’ai vu une jeune maman avec son bébé de cinq mois, des personnes âgées, des malades.

Cet ancien hôpital désaffecté est le seul lieu de contact pour toute la Belgique. Celui-ci ne suffit manifestement pas à la tâche. Il n’y a aucune structure d’accueil, si ce n’est trois toilettes de chantier posées à deux mètres de la file. On ne distribue aux réfugiés aucun document officiel d’explication. Des bénévoles de la Croix-Rouge, d’autres associations caritatives ou de l’hôpital Saint-Pierre voisin se dévouent pour remplir des thermos de café et on voit des familles du voisinage apporter des sandwiches qu’ils ont eux-mêmes confectionnés ou acheté.

La population locale doit suppléer les invraisemblables carences de l’accueil.

On peut se réjouir qu’il ne pleuve ou ne neige pas. Les policiers de Bruxelles, qui disent leur émotion, tentent avec beaucoup de gentillesse d’expliquer à ces malheureux dont certains ont connu les bombes, qu’ils ne pourront pas tous être reçus le même jour. Pourtant, certains dans l’espoir d’être enregistrés ont déjà passé une nuit dans leur voiture, aux abords. Ils expliquent qu’ils en passeront une deuxième s’il le faut.

Rien ne justifiait pourtant cette désorganisation. La Belgique, toutes autorités confondues, a su mettre sur pied des centres de vaccination d’une efficacité sans défaut d’organisation.

La protection temporaire votée par le conseil des ministres de l’Union européenne est accordée sur la seule présentation d’un passeport ukrainien. Il s’agit donc de recevoir des personnes qui présentent leur passeport comme nous présentions nos cartes d’identité. On doit encoder leur nom au lieu de les vacciner. Les autorités ont disposé d’une dizaine de jours pour s’organiser.

N'a-t-on pas dédié assez de fonctionnaires ? A-t-on créé une procédure inutilement compliquée ? Manque-t-on de matériel ? On ne sait. Le site de l'office des étrangers invite les Ukrainiens qui bénéficient déjà d'un hébergement à quitter la file d'attente. Il est vrai que la seule possession d'un passeport ukrainien autorise à rester dans l'Union européenne pendant trois mois et qu'il n'y a donc pas urgence à se faire enregistrer… pour autant qu'on soit logé et nourri dans la famille, chez des amis ou chez des bienveillants. Pour ceux qui n'ont pas d'abri, l'Office des étrangers annonce que « des slots seront distribués afin de pouvoir répartir les enregistrements durant la journée ». Ces trois premiers jours, ces slots étaient inexistants. Le site de l'Office des étrangers annonce aussi qu'une fois l'inscription réalisée, une attestation de protection temporaire est délivrée. Les Ukrainiens que nous avons rencontrés n'en avaient pas.

La protection temporaire permet de s'inscrire dans une commune. Ceux qui ont un hébergement et ont reçu à Bordet une attestation de protection temporaire peuvent tenter de s'inscrire pour recevoir une carte de séjour d'un an (carte A). Les autres doivent d'abord trouver où se loger. Disposer d'une adresse officielle est une nécessité. Elle conditionne l'aide notamment financière et médicale des C.P.A.S. Or pour bénéficier de l'aide du CPAS, il faut être inscrit dans la commune. Les communes contactées nous disent soit qu'elles n'ont pas d'instruction soit qu'il leur est demandé avant d'inscrire les réfugiés de vérifier qu'ils habitent bien à l'adresse qu'ils mentionnent. C'est ce formalisme, inapproprié dans les circonstances que nous vivons, qui est la cause de ce que ce jour une petite partie seulement des réfugiés a pu obtenir les documents nécessaires.

Il est urgent de se ressaisir et de simplifier les formalités et de mettre en œuvre les moyens à la mesure de la tâche.

Des femmes, des enfants et des hommes, âgés ou non, fuient la guerre. Certains ont connu les horreurs d’un conflit armé. Ils sont démunis et psychologiquement fragilisés.

Il est de notre devoir de leur réserver un accueil digne et véritable.

Sur le même sujet