"Journal de survie de Nadiya" : Tous unis, la nouvelle identité de l'Ukraine

Contribution externe
"Journal de survie de Nadiya" : Tous unis, la nouvelle identité de l'Ukraine
©AP/Raphaël Batista

Un billet de Nadiya Dermanska, journaliste de télévision et rédactrice, qui a travaillé de 2009 à 2013 à Bruxelles en tant que correspondante spéciale pour les médias ukrainiens. Elle vit et travaille actuellement à Kiev, en Ukraine. Le prénom “Nadiya” veut dire “Espoir”.

Peut-on imaginer un pays avec une seule chaîne de télévision et un seul réseau mobile ? Non, ce n'est pas un pays totalitaire comme on pourrait le penser. C'est un pays démocratique, mon Ukraine, où tous se sont désormais unis. C’est brillant. Tous unis. C’est la nouvelle identité de l'Ukraine.

Les anciens concurrents, les plus grands groupes de médias d'Ukraine sont désormais tous unis. Les chaînes de télévision ont une diffusion commune. Les médias le préparent à tour de rôle, diffusant les dernières nouvelles, analyses, allocutions du Président et du gouvernement. Il n'y a aucune publicité à l'antenne. Et il n'y a pas de censure. Toutes les choses sont appelées par leurs noms. Mes collègues des chaînes de télévision sont des battants. Certains d'entre eux ne sont pas rentrés chez eux depuis le début de la guerre. Il existe également de nombreux médias étrangers en Ukraine. J'ai personnellement vu plusieurs équipes de télévision dans les rues de Kiev. Ce sont des frères d'armes.

Vous ne pouvez pas consulter votre courrier ? Vos messagers se taisent ? Vous ne pouvez pas lire les dernières nouvelles ? Pour une partie des Ukrainiens, c'est la situation quotidienne pendant cette guerre. "La personne que vous essayez d'appeler est actuellement indisponible. Veuillez réessayer plus tard…" Face à cela, nos réseaux mobiles ont fusionné pour créer le roaming interne. Lorsqu'il n'y a pas de signal de son réseau, on peut se connecter à un autre opérateur, en disposant du même tarif. Les fournisseurs d'accès Internet installent gratuitement Internet dans les abris anti-bombes. Nous avons de la chance. Il y a internet dans notre refuge depuis le premier jour des attaques. Dieu bénisse un hôpital au rez-de-chaussée, qui partage le Wi-Fi avec nous gratuitement.

Des hôpitaux privés sont toujours prêts à aider gratuitement. Les McDonalds et KFC ont ouvert leurs cuisines pour nourrir gratuitement les patients des hôpitaux, des forces armées et de la défense territoriale.

Les gens ordinaires partagent les médicaments, le pain et les aliments pour animaux. Les voisins s'entraident pour faire les courses. Hier, notre voisin qui s'est avéré être coiffeur a coupé les cheveux de mon mari. Il y a plus de 200 appartements dans notre immeuble à Kiev et je ne connaissais pas la moitié de mes voisins. Maintenant, nous nous rencontrons tous dans l’abri anti-aérien ou dans des rencontres chez soi pour s’encourager et discuter. Nous partageons les dernières nouvelles et protégeons ensemble notre immeuble de saboteurs éventuels. Nous formons une équipe. Nous sommes tous unis.

Et nous restons à Kiev. Nous avons l'intention de survivre. Pas le choix.