Quelles sont les perspectives d’avenir pour la religion et la spiritualité?

Seule la spiritualité permet de croire en l’universel sans renier le particulier ; de célébrer la raison en intégrant les passions.

Contribution externe
Quelles sont les perspectives d’avenir pour la religion et la spiritualité?
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Le regard du prêtre. Une chronique d'Eric de Beukelaer.

Alors que les rationalistes considèrent les religions et la spiritualité comme des reliques du monde préscientifique appelées à disparaître, beaucoup redécouvrent que l'homme est un animal religieux et que la spiritualité est un défi inhérent à sa condition. L'opposition entre Sigmund Freud (1856-1939) et son disciple Carl Gustav Jung (1875-1961) au sujet de l'inconscient, illustre ce débat : "Tandis que Freud le conçoit comme une sorte de cave, où reposeraient dans la pénombre tous nos désirs refoulés, Jung le conçoit comme un grenier où filtre une douce lumière, celle de nos aspirations vers le sacré […] La question du sens de la spiritualité apparaît à Jung comme une dimension anthropologique fondamentale, alors que Freud n'y voit que névrose ou illusion." (Jung par Frédéric Lenoir, Albin Michel, p. 57).

Religion ? Spiritualité ? De quoi parle-t-on ?

La religion est un message aux prétentions de sens global, auquel une communauté ou un individu donne sa foi. Sapiens, le bestseller de l'athée Yoval Noah Hariri, explique que le discours fédérateur des religions est le vecteur qui permet à de grands groupes d'humains de se fédérer en civilisations. La religion est un phénomène polymorphe. Elle peut être naturelle (ainsi le chamanisme), révélée (judaïsme, christianisme, islam…), philosophique (bouddhisme, stoïcisme…), politique (marxisme, fascisme…), économique (consumérisme…).

La spiritualité - elle - désigne l’apprivoisement libre et authentique des enjeux de sens, qui traversent nos désirs et émotions. Cette discipline de l’intime est cousine de la démarche artistique. L’avènement de la modernité, consacrant l’éveil de la subjectivité, a scellé l’alliance entre religion et spiritualité, car sans vie intérieure, la religion aliène plutôt qu’elle n’épanouit. Une religion sans intériorité enchaîne. Celle qui nourrit l’âme, libère et accompagne sur le sentier de vie.

La religion aujourd’hui dominante est le consumérisme, avec le marketing comme catéchisme, la publicité comme sermon, la mode comme morale, les centres commerciaux comme cathédrales et les Black Fridays comme fêtes d’obligation. Le consumérisme et son culte du look sont une religion de l’extériorité. La spiritualité n’y a pas place, sauf à se faire récupérer comme produit de consommation en vue de procurer du wellness. Cette absence d’intériorité s’observe jusque dans des lieux altruistes. Observons nos méga-hôpitaux. Les couloirs de ces temples de la santé s’étendent sur des kilomètres et offrent une médecine de qualité unique au monde. Quel contraste avec la taille modeste de la chapelle ou de l’espace spirituel en leur sein. Ceci illustre un déséquilibre entre soin du corps et de l’âme. Pourtant, tant patients déprimés que soignants stressés auraient amplement besoin de lieux de prière, de silence, de musique, de lecture… Idem dans nos écoles, nos maisons de repos, nos entreprises… Restent les églises. Beaucoup sont malheureusement fermées par peur du vandalisme. Le manque de spiritualité se ressent jusqu’en politique, avec la fracture entre tenants de l’universalisme de la raison, tant à droite (libéraux) qu’à gauche (socialistes) et zélateurs du particularisme des passions, de droite (identitaires) comme de gauche (wokisme). Cette division entre militants aux sensibilités politiques proches est un appel pressant à plus d’intériorité dans la société. Seule la spiritualité permet de croire en l’universel sans renier le particulier ; de célébrer la raison en intégrant les passions.

L’humanité d’une civilisation se mesure à la place du spirituel en son sein. Reconnaître cela ne conduit pas forcément à croire en un Dieu transcendant et créateur. Ceci résulte d’un acte de foi bien particulier. J’aborderai cette question dans une prochaine chronique, consacrée à l’avenir du christianisme.

>>> Blog de l'auteur: https://ericdebeukelaer.be/

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