"Journal de survie de Nadiya": Étonnamment, les silences sont presque plus angoissants que les explosions

Un billet de Nadiya Dermanska, journaliste de télévision et rédactrice, qui a travaillé de 2009 à 2013 à Bruxelles en tant que correspondante spéciale pour les médias ukrainiens. Elle vit et travaille actuellement à Kiev, en Ukraine. Le prénom “Nadiya” veut dire “Espoir”.

Contribution externe
"Journal de survie de Nadiya": Étonnamment, les silences sont presque plus angoissants que les explosions
©BATISTA RAPHAEL

Aujourd’hui c’est dimanche. Je ne me sens pas bien. Nous sommes sortis trois fois cette nuit, nous mettre à l’abri. A chaque fois les sirènes et les détonations. Etonnamment les silences sont presque plus angoissants que les explosions. On est là, dans l’attente, à l’affût…

Mais aujourd’hui cela ne va pas du tout, je grelotte de froid et en même temps je suis bouillante. J’ai 39° de fièvre, mal partout, je respire difficilement. A la prochaine alerte, je ne descends pas. Bébé reste avec moi. Et si j’avais le covid ? Grippe ou omicron ? Que sais-je… En tout cas, même si j’ai de la fièvre et que j’ai le covid, cette maladie ne sera jamais aussi impitoyable que la guerre.

Les voisins viennent discuter, ils s’inquiétaient de ne pas me voir dans l’abri. On est tous solidaires et chaque geste compte. Comme les marques de sympathie que je reçois de l’étranger. Je suis surprise de recevoir des marques de sympathie depuis la Belgique, avec mon petit journal de survie. Cela nous encourage beaucoup. Nous suivons tous les nouvelles belges en ligne. Je traduis et tout le monde écoute en silence.

Je vais puiser dans la pharmacie pour me soigner. Mais en même temps, cela m’angoisse, je vais peut-être prendre maintenant un médicament dont on aura bien plus besoin plus tard.

Je suis terriblement fatiguée. J’ai besoin de dormir. Cela fait 15 jours que nous ne dormons plus bien. Mais maintenant, je suis trop fiévreuse, peut-être même 40° de fièvre ? J’ai un terrible mal de tête. Je dépose ma plume. J’espère que les Belges ne vont pas m’en vouloir.

Je vous rappelle que nous sommes à Kiev. Nous avons l'intention de survivre. Pas le choix.