"Journal de survie de Nadiya" : J’ai trop peur de la nuit qui s’annonce

Chaque jour, Nadiya Dermanska, journaliste de télévision et rédactrice, qui a travaillé de 2009 à 2013 à Bruxelles en tant que correspondante spéciale pour les médias ukrainiens, rédige un billet pour La Libre. Elle vit et travaille actuellement à Kiev, en Ukraine. Particularité ce mercredi : Nadiya n'étant pas en mesure de rédiger son billet, c'est un ami qui l'avait mise en contact avec La Libre qui s'en est chargé.

Contribution externe
"Journal de survie de Nadiya" : J’ai trop peur de la nuit qui s’annonce
©AFP/Raphaël Batista

Je suis un ami de Nadiya vivant à Bruxelles. Nadiya n'a pas pu écrire son "journal de survie" aujourd’hui. Elle m’a envoyé des SMS ce matin me disant que les bombes tombaient tout près de chez elle. Son premier message disait : "je suis forte, cela explose de partout". A chaque fois, je lui réponds en demandant : "Est-ce que ça va ?". J’ajoute toujours : "…un peu ?". Et chaque fois elle me répond : “Oui ça va”. Mais je sais bien que ça ne va pas, ou de moins en moins.

Et ce matin les nouvelles ne sont bonnes nulle part. Puis un message brutal : "On court s’abriter dans le refuge…Nous amenons nos sacs à dos". Puis un silence pesant. Je ne veux pas l’appeler, l’imaginant dévaler quatre à quatre les escaliers pour aller s’abriter. Puis, un peu plus tard, un nouveau SMS : "2 immeubles ont été détruits". Suivi de : "les sirènes n’arrêtent pas de hurler".

Je n’ai pas eu de nouvelles pendant de longues heures.

Puis enfin un petit mot disant : "Pas de journal aujourd’hui, excuse-moi. J’ai trop peur de la nuit qui s’annonce et je dois prendre soin de ma petite famille…J’essaierai demain…"

Chère et courageuse Nadiya, de quoi devrais-tu t’excuser ?

Ils restent à Kiev. Ils ont l'intention de survivre. Pas le choix.