"Journal de survie de Nadiya": comment peut-on ignorer à ce point la valeur de la vie ?

Un billet de Nadiya Dermanska, journaliste de télévision et rédactrice, qui a travaillé de 2009 à 2013 à Bruxelles en tant que correspondante spéciale pour les médias ukrainiens. Elle vit et travaille actuellement à Kiev, en Ukraine. Le prénom “Nadiya” veut dire “Espoir”.

Contribution externe
"Journal de survie de Nadiya": comment peut-on ignorer à ce point la valeur de la vie ?
©AFP / Raphaël Batista

Aujourd’hui je suis en colère.

Comment peut-on ignorer à ce point la valeur de la vie ? Comment en arriver à détruire délibérément nos vies ? Nous avions tant de projets. On avait une vie qui s’organisait de mieux en mieux, on construisait un avenir où on ne voulait pas se mettre des limites. Et tout s’est envolé le 24 février.

Autour de nous, nos voisins, nos amis nous saluent en demandant : « ça va ? » Une question si banale, mais qui prend tout son sens maintenant. On répond chaque fois ; ça va, mais on ment ! On crâne, on veut rassurer l’autre, on veut survivre.

Je tchatais régulièrement avec mes amis russes. Parfois on se lançait quelques piques, pas bien méchantes, comme les français sur les belges et vice-versa. Jamais on n’aurait pu imaginer que nos amis allaient devenir nos ennemis ! Et encore, ni eux, ni moi ne le veulent vraiment. Mais la folie d’un homme a détourné combien d’esprits ?

Pendant que j’écris je parcours ma pièce de séjour d’un regard rêveur. Tous nos bibelots cassables sont rangés dans l’armoire. Cela fait un peu nu. Pendant que je rêve en regardant la photo de ma mère, les sirènes hurlent à nouveau. Je n’avais même pas fait attention. On vient me chercher pour que je cours vers l’abri.

Je suis en colère.

Nous restons à Kiev. Nous avons l'intention de survivre. Pas le choix.