"Journal de survie de Nadiya" : "Il y a comme une curieuse odeur de poussière, de pierre… de tristesse"

Un billet de Nadiya Dermanska, journaliste de télévision et rédactrice, qui a travaillé de 2009 à 2013 à Bruxelles en tant que correspondante spéciale pour les médias ukrainiens. Elle vit et travaille actuellement à Kiev, en Ukraine. Le prénom “Nadiya” veut dire “Espoir”.

"Journal de survie de Nadiya" : "Il y a comme une curieuse odeur de poussière, de pierre… de tristesse"
©AFP/Raphaël Batista

Déformations, désinformations, mensonges, tromperies…A quel jeu jouent-ils ? Nous qui sommes au centre de cette guerre et qui rencontrons tous les jours des amis, des connaissances, des voisins qui rentrent des zones de combat on ne peut vraiment plus accepter à quel point l’ennemi détourne la vérité. A quelques centaines de mètres, un immeuble que je connaissais bien, parce que je trouvais qu’il était beau et qu’il montrait la qualité de ce que nos entreprises peuvent faire, a été criblé par un missile. Il n’avait rien de militaire. Et nous qui nous abritons chaque fois dans notre refuge, est-ce que nous avons l’air d’une cible militaire ?

On a essayé aujourd’hui de se distraire un peu en faisant quelques pas dans notre ville qu’on aime tant. Il y a du soleil et on profite des parcs. Pourtant cette balade ne nous procure pas le même plaisir. Parfois, des débris jonchent le sol, alors que notre coin est encore relativement épargné. J’aimerais trouver quelques fleurs, quelques jonquilles pour égayer un peu notre intérieur. Mais il n’y a rien. J’aimerais tant dire qu’il n’y a encore rien.

Notre balade est entrecoupée de bruits d’explosions au loin. Pour me donner un peu de baume au cœur, je fredonne une chanson que mon ami Alain m’a envoyée depuis Bruxelles, interprétée par une candidate de The Voice en Belgique. "Tebe nema syohodni - Tu n’est pas là aujourd’hui”. Une triste chanson d’amour déçu. Cela m’a en même temps fait du bien de voir à quel point on nous soutient…mais cela me donne aussi un coup de blues…

Nous allons rentrer. Il fait froid malgré le soleil. Et puis, ce n’est pas l’odeur du printemps, il y a comme une curieuse odeur de poussière, de pierre…de tristesse.

On va se remonter le moral et peut-être regarder un film, si les missiles russes nous le permettent…

Nous restons à Kiev. Nous avons l'intention de survivre. Pas le choix.