"Journal de survie de Nadiya" : Un cauchemar épouvantable

Un billet de Nadiya Dermanska, journaliste de télévision et rédactrice, qui a travaillé de 2009 à 2013 à Bruxelles en tant que correspondante spéciale pour les médias ukrainiens. Elle vit et travaille actuellement à Kiev, en Ukraine. Le prénom “Nadiya” veut dire “Espoir”.

Contribution externe
"Journal de survie de Nadiya" : Un cauchemar épouvantable
©AFP/Raphaël Batista

C'est le 26e jour du cauchemar. Et nous sommes toujours à Kiev. La guerre se rapproche, les sirènes hurlent constamment devant la fenêtre et les obus explosent. C'est un jeu de roulette russe. Ils tombent sur toi ou pas. Ceux qui ne veulent pas jouer à ce jeu sont obligés de quitter leur domicile. Les chiffres d'aujourd'hui publiés par l'ONU sont impressionnants. Trois millions et demi d'Ukrainiens ont quitté leur pays. Six millions et demi ont dû se déplacer à l'intérieur du pays. Soyez simplement attentifs à ces chiffres. Six millions et demi sont contraints de fuir vers des régions plus sûres de leur pays. C'est un cauchemar épouvantable. Et un chiffre de plus qui m'a interpellée la semaine dernière : 90 % des Ukrainiens pourraient être au bord de la pauvreté si la guerre ne se termine pas dans les mois suivants. C'est effrayant.

Des villes ukrainiennes sont rayées de la surface de la terre. Les gens n'ont pas pu retrouver leurs proches depuis des semaines. On rencontre des histoires effrayantes aujourd'hui. L'un d'eux est un habitant de Marioupol, qui a miraculeusement réussi à sortir de la ville. Cet inconnu a écrit à un jeune homme au sujet de la mort de sa mère et des ‘funérailles’ qu’il a organisées à la hâte dans la cour. "Ta mère est morte rapidement. Mais sa maison a brûlé. Désolé de ne pas l’avoir sauvée. J'ai enterré ta mère près du jardin d'enfants." Et puis une carte de l'endroit où la femme a été enterrée. Pour qu'après la victoire, ce fils puisse retrouver la tombe.

La plupart des Ukrainiens ne doutent pas que la victoire sera la nôtre. Mais quand ? Combien d'obus ennemis supplémentaires peuvent s’abattre sur la ville ? De nombreux Ukrainiens se trouvent maintenant à la croisée des chemins. Partir ou rester ? Je dirais honnêtement que je suis l'une d'entre elles. Je vous tiendrai au courant. Pour l’instant le projet le plus immédiat est survivre à la nuit prochaine et attendre la fin du couvre-feu intensifié dans la ville. Il nous est interdit de sortir de chez nous depuis deux jours maintenant.

Nous restons – encore - à Kiev. Nous avons l'intention de survivre. Pas le choix.