"Journal de survie de Nadiya" : Maintenant, je suis officiellement une personne déplacée

Un billet de Nadiya Dermanska, journaliste de télévision et rédactrice, qui a travaillé de 2009 à 2013 à Bruxelles en tant que correspondante spéciale pour les médias ukrainiens. Elle vit et travaille actuellement à Kiev, en Ukraine. Le prénom “Nadiya” veut dire “Espoir”.

Contribution externe
"Journal de survie de Nadiya" : Maintenant, je suis officiellement une personne déplacée
©AP/Raphaël Batista

Nous avons quitté Kiev sous les explosions d'obus. Les fenêtres de notre maison ont beaucoup tremblé. La ville était en fumée à cause des incendies environnants. Maintenant, je suis officiellement une personne déplacée. Nous sommes restés à Kiev exactement un mois. Le conseil de famille (moi, mon mari et ma sœur) a décidé de quitter Kiev. Être là tous les jours devenait de plus en plus dangereux. Nous avons distribué des aliments surgelés, d'autres produits et des pots de fleurs à nos voisins. Les gens sont très tristes quand ils apprennent qu'une autre famille s'en va. J'espère qu'on se reverra. La guerre maudite nous sépare de nos parents et amis. Je suis privée de mon travail favori et de moyens de subsistance.

Nous avons fait 12 heures de route. L'Ukraine est méconnaissable. Je ne peux pas en dire plus. On nous demande de ne partager aucune information sur notre armée, les postes, les bâtiments en ruine : notre ennemi peut l'utiliser. Aujourd'hui nous sommes dans l'ouest du pays à la périphérie de Lviv, nous vivons dans un hôtel. La chambre pour trois coûte 50 euros. Comme si ce n'était pas grand-chose pour trois personnes. Mais si vous comptez le logement par mois, vous arrivez à 1 500 euros. La plupart des voitures de Kiev et de la région sont garées à l'hôtel. Les visages sont tendus au petit-déjeuner. Aujourd'hui c’est la première nuit depuis un mois où nous avons dormi dans le silence. Il n'y a pas eu de sirènes ni d'explosions. L'image est complètement différente de Kiev. Je ne souhaite à personne de vivre cela.

Je ne comprends absolument pas comment cela peut se passer par la suite. Quand tout cela finira-t-il ? Quand arrêteront-ils de tuer des Ukrainiens et de détruire mon pays ? Qui paiera pour la vie ruinée de millions de personnes ?

Je remercie également mes confrères de La Libre de cette occasion qu’ils me donnent de parler de la vie pendant la guerre sans ornements, en appelant un chat un chat. C'est un défi et une expérience énorme pour moi en tant que journaliste. Je n’aurais jamais pensé que j’en arriverais à écrire un journal de survie.

Je vous remercie encore et encore, chers Belges. Vous continuez à m'écrire des mots de soutien. S'il vous plaît, n’arrêtez pas de nous suivre. Si vous pouvez influencer la décision et attirer l'attention sur cette guerre, je vous demande de le faire. Ce cauchemar doit cesser. Le pays tout entier est détruit devant le monde entier. L'Ukraine est en feu.

Nous avons quitté Kiev après un mois de guerre. Nous essaierons de survivre. Il n'y a pas d'autre choix.