Nous sommes vraiment surpris par certains préjugés que véhicule le Manifeste des Engagés

Nous demandons aux Engagés d’amender leur Manifeste en réaffirmant leur fidélité au cours de religion.

Contribution externe
Nous sommes vraiment surpris par certains préjugés que véhicule le Manifeste des Engagés
©BELGA

Une carte blanche de Lionel Jonkers, historien, professeur de religion catholique, et d'un ensemble de signataires (voir ci-dessous)

Le 12 mars 2022, Les Engagés (ex-CDH) déposaient la nouvelle pierre d'une renaissance politique en Belgique francophone. Ils abandonnaient définitivement la démocratie chrétienne et toutes références au christianisme. Ils sortaient de la particratie en donnant naissance à un mouvement tout neuf, sans passé, sans racines... bref, sans saveur ! De bon augure, dès lors, pour régénérer une société en mal de vivre-ensemble… mais sans racines, est-ce possible ? Les Engagés seraient-ils devenus des femmes et des hommes prométhéens ? Gonflés à bloc, Les Engagés allaient faire de la politique autrement.

Quelle ne fut pas notre surprise de constater qu’en commission parlementaire de la FWB à propos de la réforme des rythmes scolaires, les députés Engagés se sont abstenus ! Quel émerveillement face à tant de changement soudain si radical.

En découle de ce nouveau positionnement, l’abandon de deux piliers historiques de l’ex-PSC, puis de l’ex-CDH (nous n’avons pas osé rappeler le Parti Catholique de 1884 et les libertés constitutionnelles de l’enseignement) à savoir l’enseignement libre catholique et le cours de religion catholique.

Nous sommes vraiment surpris par les préjugés que véhicule le Manifeste des Engagés concernant le statut des professeurs de religion. Ces derniers sont placés dans l’attitude attendue par le programme du cours de religion catholique… de 1950, où il était « normal » que le professeur — souvent un religieux — témoigne de sa foi puisqu’il s’adressait généralement à des élèves avec une certaine culture religieuse bien ancrée. Il y a, de la part des Engagés, une méconnaissance totale du programme du cours de religion (2003) et de son référentiel (2017). Même dans l’enseignement libre catholique, le professeur de religion n’est pas invité à témoigner de sa foi. Son rôle est de faire émerger les données objectives du fait religieux et singulièrement du christianisme. Comment le fait-il ? En pratiquant le questionnement philosophique, en pratiquant l’analyse historique des évangiles, en expliquant les rites et les symboles, en interrogeant les sciences et les sciences humaines, en s’initiant à l’argumentation éthique… en vue de permettre à l’élève de développer son identité et sa liberté. Enfin, une place importante est donnée au dialogue œcuménique, interreligieux et interconvictionnel. Celui qui prend la peine de lire le programme comprendra aisément que le cours de religion catholique est le dernier lieu d’endoctrinement cultivant l’étroitesse d’une culture fermée et identitaire catholique.

Nous demandons aux Engagés d'amender leur Manifeste en réaffirmant leur fidélité au cours de religion catholique à raison de deux heures semaine dans l'enseignement libre catholique et d'une heure semaine dans l'enseignement officiel. Par ailleurs, nous demandons aux Engagés de soutenir la liberté constitutionnelle d'enseignement : que cet enseignement soit officiel, libre-confessionnel ou libre-non-confessionnel. Qu'ils soutiennent des politiques donnant aux enseignants des moyens pour développer des pédagogies innovantes et nouvelles : cela passe de la taille des classes à l'investissement dans les infrastructures. L'utopie d'un réseau harmonisé et autonome est un leurre : les adversaires du libre-catholique s'engouffreront dans la brèche pour saborder les « Missions de l'école chrétienne ». Qu'on se le dise ! Car en Belgique, toute utopie est marchandée avec d'autres partis. Le rêve de gouvernements homogènes catholiques ou du PSC est bel et bien du passé.

Nous invitons, en ce temps particulier pour les chrétiens, les représentants des Engagés à méditer les propos du Grand Rabbin de Bruxelles : « Un enfant sans racine, c'est comme un arbre sans racine ; au premier vent il tombe ». Le christianisme est l'une des racines, avec certes, la sécularisation des États modernes qui a fondé la civilisation européenne dont nous sommes les héritiers. Il est évident que nous ne souhaitons pas vivre dans une société exclusivement religieuse, qu'une société ouverte sur l'autre est nécessaire. Il est évident que le christianisme n'est plus le seul producteur de culture dans notre siècle mais ce n'est pas la raison pour laquelle il faut le mettre au ban de la société. Il offre une expérience multiséculaire avec une anthropologie centrée sur l'humanité et sa relation avec les milieux dans lesquels elle vit.

Signataires

Lionel Jonkers, Michel Gaspard, Henri Remouchamps, Lucy Schartz, Jacques Delcourt, Angélique Claeys, Geneviève Thunus, Maude Struglia, Isabelle Kouff, Annick Fransen, Françoise Ernst, Alexandre Piette, Nicolas Legrain, Astrid Charpentier, Monique Morrier, Blandine Demarche, Sandrine Dessart, Armelle Fodouop, Thomas Rémy, Christian Jacquemin.