Il y a 10 ans, un accident neurologique m'a fait perdre l'usage de mon corps. Voici comment j'ai pu me relever

Le 25 janvier 2012, je me rends compte en allant déjeuner que je marche de travers. Le soir, sur mon lit, mon état s’empire, mon corps m’échappe. Dix ans plus tard, voici ce que je retiens de cette épreuve...

Contribution externe
Il y a 10 ans, un accident neurologique m'a fait perdre l'usage de mon corps. Voici comment j'ai pu me relever
©JOISSON

Un témoignage de Guillaume van Rijckevorsel, entrepreneur.

Il y a 10 ans, un incident a transformé ma vie. Je voulais en partager les leçons et en profiter pour remercier ma femme, ma famille, mes amis et mes associés qui m’ont aidé à transcender cet épisode difficile en belle expérience de vie.

Professionnellement ambitieux, je me lance dans l'aventure entrepreneuriale en rejoignant en avril 2011 l'équipe de Darts-ip (une jeune Legal Tech très prometteuse).

Moins d'un an plus tard, le 25 janvier 2012, je me rends compte en allant déjeuner que je marche de travers. Le soir, sur mon lit, mon état s'empire, mon corps m'échappe. La panique m'envahit, j'ai juste le temps de dire à celle qui est depuis devenue ma femme : "Appelle l'ambulance et mes parents !"

La minute d’après, tout bascule, je ressens de terribles fourmillements sur mon côté gauche, ma main gauche est comme paralysée… et je perds l’usage de la parole. Ne sortent de ma bouche déformée que des sons incompréhensibles. Je suis prisonnier de mon corps, je sens mon avenir - ma vie, mes ambitions - s’écrouler.

Dans les semaines qui suivent, les séances de logopédie et l’activité physique aidant, mon état s’améliore lentement. Je bégaie très fort mais j’arrive à m’exprimer, les fourmillements s’estompent et je retrouve petit à petit l’usage de ma main gauche. Début avril, après deux mois et demi d’efforts constants, je rechute et dois retourner à l’hôpital pour une semaine en observation. Retour à la case départ.

Malgré un nombre incalculable d’examens, la médecine traditionnelle reste et restera sans réponse quant aux causes exactes de mes troubles neurologiques. Rarement dans ma vie j’ai été habité par un tel mélange de colère, de découragement et de doute. Heureusement, les visites de la famille et d’amis proches sont de vrais ballons d’oxygène.

Ayant épuisé les pistes traditionnelles, je me tourne en mai 2012 vers la méditation par la pleine conscience. Au fur et à mesure des séances guidées et d’une pratique quotidienne, mon état s’améliore. Mi-juin, je reparle normalement, et en juillet 2012 je recommence à travailler.

Dix ans plus tard, je suis marié à une femme fantastique et père de deux (bientôt trois) adorables enfants. Du point de vue professionnel, après avoir vendu Darts-ip, j'ouvre un nouveau chapitre de ma vie professionnelle.

Cet épisode reste l’épreuve la plus difficile qu’il m’a été donné de vivre, et m’a révélé une série de leçons de vie que je voulais partager.

Le regard

Lors de ma maladie, j’ai vu dans le regard de mes interlocuteurs tour à tour de la moquerie, de la pitié, de l’amour et de la bienveillance.

La moquerie est cette attitude qui n’a pour but que de dénigrer gratuitement l’autre. Bien que cela puisse se faire sous le couvert de l’humour, il n’y a rien de constructif dans la moquerie. Le moqueur s’affirme vis-à-vis de ses pairs par la détresse de sa victime.

La pitié est à mes yeux un sentiment ambivalent. La pitié, lorsqu’elle n’est pas demandée, est une forme de bienveillance condescendante qui rassure la personne qui l’accorde dans son état de prétendue supériorité.

L’amour est ce sentiment qui exprime que l’on donnerait tout pour l’être aimé. On est prêt à tout sacrifier, tout donner pour que l’autre s’en sorte, guérisse, soit heureux.

La bienveillance est ce don à l’autre de nos intentions les plus belles. On lui souhaite simplement courage, espoir, amour, tout le bien qu’on puisse imaginer, sans rien en attendre en retour.

Ne sous-estimez pas la puissance du regard. Il est la vitrine de l’âme.

L’entourage

Mon entourage a été extraordinaire lors de ma convalescence. Leur regard bienveillant et leurs mots d’encouragement m’ont permis de ne jamais baisser les bras.

Merci donc à ceux qui (et ils se reconnaîtront) étaient simplement là sans rien dire, et dont la simple présence réconfortait ; à ceux qui ont parcouru des kilomètres pour me dire que je n’étais pas seul ; à ceux qui par leur humour me permettaient de m’évader le temps d’un fou rire ; à ceux qui par leurs gestes (un livre, un message, un coup de fil) ont adouci mon quotidien ; à ceux qui étaient prêts à transformer leur maison pour m’accueillir ; à ceux qui m’ont soutenu par leurs prières et leurs pensées.

En cas de coup dur, entourez-vous de gens qui vous nourrissent et laissez-vous porter. Et surtout, n’hésitez jamais à avoir une pensée ou un geste bienveillant pour votre prochain.

L’acceptation

Face à l’absence de réponse du monde médical, je me suis tourné vers la méditation en pleine conscience. Celle-ci m’a guidé dans l’acceptation, la première étape de ma guérison.

Accepter de se montrer dans son état le plus vulnérable et demander de l’aide est en fait une force et une belle preuve de confiance envers l’autre dont tout le monde sort grandi.

Ce n’est qu’une fois que j’avais accepté que peut-être je ne parlerais plus jamais, que j’allais devoir adapter mes attentes et ambitions professionnelles, que ma guérison a commencé. J’étais enfin libre ! Libre de toutes les attentes ; libre de simplement vivre au mieux la situation que je traversais… Plus de "j’aurais pu" ou "j’aurais dû".

Acceptation ne veut pas dire résignation. L’acceptation vise à observer le moment présent en pleine conscience, afin de mieux tracer sa trajectoire future. Depuis lors, je n’ai plus que deux types de problèmes, ceux que je peux résoudre et que je résous ; et ceux que je ne peux pas résoudre et qui sont donc des faits de vie que j’accepte comme tels.

La Foi

Tout au long de cette épreuve, j’avais en moi une voix discrète et omniprésente. Cette voix était nourrie par ma foi chrétienne et ma foi en la vie. Cette voix ne cessait de me répéter que, quelle que soit l’issue, elle serait positive, car j’étais aimé tel que j’étais.

Ma foi m’a aidé à accepter la situation. Me savoir inconditionnellement aimé tel que je suis, par un Être qui ne nous veut que du bien, m’a permis de plus facilement faire confiance, lâcher prise, accepter ma situation et à aller de l’avant.

Pour moi, la foi aide à poser un regard positif et à accepter les situations les plus difficiles, car vous vous sentez soutenu dans vos combats et vous êtes confiant de leur dénouement.

Quelle que soit votre obédience spirituelle, vous êtes seuls à décider du regard que vous portez sur le monde, et à choisir d’écouter cette voix intérieure.

La résilience

Pendant ma convalescence, beaucoup m’ont demandé comment je faisais pour rester si positif. Je répondais systématiquement que je n’avais pas le choix. Je considérais que dans mon épreuve j’avais eu de la chance : j’avais toute ma tête et, dans le pire des cas me disais-je, "si ma main gauche ne fonctionne plus, j’ai toujours la main droite et, si je ne parle plus, j’écrirai".

La résilience est la capacité de se fixer un objectif juste et avancer vers celui-ci à son rythme, d’accepter les aléas de la vie et de ne pas se laisser déstabiliser par ceux-ci.

L’entourage apporte un soutien indispensable, il vous encourage du bord du chemin parfois périlleux de la vie. Il y a surtout la foi, cette croyance, cette voix, cette force intérieure qui vous pousse à mettre un pied devant l’autre quel que soit l’obstacle, car vous vous sentez aimé tel que vous êtes.

Dans l’adversité, on peut avoir les meilleurs outils, les meilleurs médecins, l’entourage le plus dédié, la foi la plus fervente ; mais le choix ultime, celui qui consiste à savoir comment vous appréhendez ces épreuves, n’appartient qu’à vous !