Quelles sont les perspectives d’avenir pour le christianisme?

À l’approche de Pâques, conseil à tous ceux qui rêvent d’un christianisme identitaire : qu’ils lisent "La Communauté de l’anneau" de Tolkien.

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Quelles sont les perspectives d’avenir pour le christianisme?
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Celui qui proclame : " Je crois en un seul D ieu ", n'affirme pas seulement que Dieu existe et qu'il est unique. Il dit aussi que seul Dieu est Dieu. Rien sur terre - argent, pouvoir, succès, amis ou ennemis, nature… - ne peut être divinisé. Quand un chef politique, un patron, un parent, un enfant… se prend pour le nombril du monde, la violence morale - voire physique - advient. Ce n'est qu'en relation avec son environnement que chaque être trouve sa juste place. Seul Dieu est Dieu, soit la "source ultime" de l'existence, qui transforme le chaos en cosmos et donne consistance au réel. Le Dieu des philosophes est cette "Transcendance", qui structure l'"immanence", comme le pensent avec Aristote nombre de traditions "déistes" : confucianisme, bouddhisme, stoïcisme… Ces traditions rappellent que ce qui unifie et pacifie est ce qui tire vers le haut, soit l'authentique spiritualité.

Avec le judaïsme et l’islam, le christianisme est non seulement déiste, mais encore "théiste", en ce qu’il professe un Dieu personnel, qui entre en relation avec sa création, en se révélant à elle. Le philosophe athée Feuerbach (1804-1872) dénonçait pareille croyance, comme étant une projection ("l’homme se crée un dieu à son image"). En réalité, il s’agit d’une rétroprojection de l’homme créé à l’image de Dieu : si l’humain est capable de vivre des relations en vérité - si l’homme est une "personne" -, c’est parce que la source de son existence est "personnelle en son être même".

Par rapport à ses racines juives et à la lecture musulmane, la foi chrétienne radicalise encore l’alliance de Dieu avec l’homme. "Le Verbe s’est fait chair" (Jean 1, 1). En l’homme Jésus, Dieu épouse l’humanité, jusque dans ses ombres. Il assume la place du perdant, cloué au gibet de l’histoire. Le Dieu des chrétiens se dépouille par amour. Son comportement est "folie pour les nations" (1 Cor 1, 23). Au matin de Pâques, pourtant, le tombeau était vide. Ressuscité. La mort du Christ ouvre un passage vers une "Plus-que-Vie".

Le christianisme invite ses fidèles à vivre du dynamisme de la croix. La croix a une branche verticale, descendante avant d’être montante : Dieu le premier nous a aimés et est descendu à la rencontre de l’homme, afin que l’homme s’élève à la dignité d’enfant du Royaume. Le christianisme vit aussi l’axe horizontal de la croix, allant de l’intérieur vers l’extérieur : parce que je me sens aimé inconditionnellement par Dieu, j’apprends à aimer inconditionnellement mon prochain lointain : "aime ton ennemi" (Matthieu 5, 44) ; "tout ce que tu fais au plus petit de mes frères, c’est à moi que tu le fais" (Matthieu 25,40). Le Dieu des chrétiens se révèle ainsi, tout à la fois comme Très-haut (Père), Très-bas (Fils) et Très-intime (Esprit).

La sécularisation dilue le rôle social des églises, mais le christianisme n'a rien perdu de sa jeunesse spirituelle. Face aux défis de l'environnement, de la démocratie, des réfugiés, les Béatitudes (Matthieu 5, 3-12) sont plus actuelles que jamais. Le disciple du Christ est appelé à en vivre et en témoigner. Par contre, ce serait une imposture que de vouloir imposer un ordre chrétien, à l'instar du Grand Inquisiteur (Dostoïevski - Les Frères Karamazov). Aujourd'hui, des émules de Maurras (1868-1952) tombent dans ce piège du christianisme identitaire. Qu'ils lisent ce que je considère comme le plus puissant traité de théologie chrétienne du XXe siècle, soit l'heroic fantasy intitulée La Communauté de l'anneau (J.R.R. Tolkien, 1892-1973) : si un être bon s'approprie l'anneau du pouvoir absolu, le mal vaincra sous les traits de la vertu. Voilà pourquoi cet anneau ne peut qu'être détruit. Le catholicisme marche-t-il sur un chemin de libération spirituelle ? J'aborderai cette question dans une prochaine chronique, consacrée à l'avenir de l'Église.

(1) Blog de l'auteur : https://ericdebeukelaer.be/

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