Pour gagner leur débat, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ne pourront pas se contenter de connaître leurs dossiers

Voici quelques techniques qu'ils pourront utiliser pour vaincre leur adversaire.

Pour gagner leur débat, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ne pourront pas se contenter de connaître leurs dossiers
©AFP
Contribution externe

Une carte blanche de Laurent Hermoye, spécialiste des neurosciences, enseigne la persuasion à l'ICHEC.

C’est le second tour auquel tout le monde s’attendait. Si Emmanuel Macron s’est montré relativement discret pendant le premier tour de la campagne, il n’échappera pas ce mercredi soir au débat du second, avec sa rivale Marine Le Pen. Un débat qui, il y a cinq ans, avait nettement tourné à l’avantage du président sortant. Les deux candidats partent-ils à armes égales, pour ce second rendez-vous ?

L’art du débat est plus technique qu’on ne le pense. Le philosophe grec Aristote en a jeté les bases il y a plus de 2.000 ans. Convaincre dans le contexte d’un débat est l’un des piliers de la rhétorique.

Connaître ses dossiers ne suffit pas. Au même titre qu’on ne prépare pas un match de boxe seulement en faisant gonfler ses muscles, on ne prépare pas un débat uniquement en étudiant ses dossiers. Il y a une technique spécifique, souvent sous-estimée.

La base de l’argumentation s’appuie sur la logique, science du raisonnement. Mais un raisonnement correct, inductif (du particulier au général) ou déductif (du général au particulier), a ses limites lorsqu’il s’agit de convaincre. La logique pure n’a qu’un faible pouvoir de persuasion.

Pour être convaincants, les orateurs quittent souvent le champ de la logique. Dans leur arsenal, les arguments fallacieux (ou sophismes). Ce sont des raisonnements erronés, qui défient les lois de la logique, mais qui, s’ils passent inaperçus, sont convaincants. Parmi les plus courants dans les débats politiques, l’attaque ad hominem, qui consiste à attaquer personnellement l’adversaire pour éroder sa crédibilité. Marine Le Pen rappellera-t-elle le passé d’Emmanuel Macron chez Rothschild, lui qui courtise la gauche pour le deuxième tour ? Macron ressortira-t-il les accusations contre Marine Le Pen d’avoir sous-estimé le patrimoine de sa famille dans sa déclaration officielle ?

Les arguments fallacieux sont nombreux. Seul un esprit critique affûté est capable de les débusquer et de les utiliser à bon escient. Le sophisme de l’homme de paille consiste à attaquer une position que l’adversaire n’a jamais prise. Dans le sophisme de la pente glissante, on amplifie la chaîne de conséquences d’une proposition, jusqu’à l’absurde. Les questions chargées sont des questions pièges. Elles contiennent une affirmation fausse, qui forcera l’adversaire à se défendre.

Aux sophismes s'ajoutent les figures de style. Elles donnent de la musicalité au débat. Elles sont mémorables. On se souvient de l'anaphore « Moi, président de la République » lancée par François Hollande face à Nicolas Sarkozy en 2012.

Le débat télévisuel a une particularité : ce n’est pas son adversaire qu’il faut convaincre, mais les téléspectateurs qui déposeront finalement leur bulletin dans l’urne. L’exercice consiste donc à mettre l’autre à mal, avec style. Comme dans un match de boxe. On se souvient de l’épique débat, entre Bernard Tapie et Jean-Marie Le Pen, où l’animateur d’Antenne 2 Paul Amar avait sorti des gants de boxe. Sans en venir aux mains, le débat avait tourné au pugilat.

On pourrait rétorquer que seules les idées comptent. Que le style n’a qu’un rôle secondaire. Ce serait oublier des lois millénaires de la nature humaine. Notre cerveau est câblé pour répondre à certains stimuli. Et ce sont les émotions qui l’emportent souvent sur la raison.

Les paris sont pris. Mais il y a fort à parier que le président sortant, brillant orateur, sortira à nouveau gagnant du duel. Même si, de l’avis de nombreux observateurs, Marine Le Pen a affûté son discours politique depuis 2017.