Qu’attendons-nous pour mettre le focus sociétal sur l’enfant ?

La société doit se mettre au service de l'enfance. Non pas pour construire des « enfants rois », mais plutôt pour faire grandir des enfants qui ont besoin de soins et de structures adaptées, pour devenir les adultes responsables et vigilants de la société de demain.

Qu’attendons-nous pour mettre le focus sociétal sur l’enfant ?
©Pexels
Contribution externe

Une carte blanche de Guy De Backer, Directeur chez Alternatives Familiales.

Que ce soit dans le secteur de la santé mentale (la « Task force » pédiatrique, qui a vu le jour lors de la crise sanitaire), le secteur de la petite enfance, de l’Aide à la jeunesse, de l’enseignement, de la lutte contre la pauvreté et bien entendu les équipes de SOS enfants ainsi que le Délégué Général aux Droits de l’Enfant ; tous le crient haut et fort, dans toutes les langues, sur tous les toits et sur tous les tons : défendons, respectons et aidons mieux les enfants à bien grandir, ils ont tous besoin de sécurité !

La saturation des unités de soins pédopsychiatriques, le manque de places dans les institutions d’aide à la jeunesse et le manque de moyens dans les centres pour accueillir les Mena (Mineur Etrangers Non Accompagnés) sont une évidence. De même que dans l’actualité nous sommes touchés par les images de détresse des enfants Ukrainiens fuyant les bombes russes. Au quotidien, des récits d’enfants nous bouleversent. Nous sommes touchés par les « histoires » qui racontent la mise en danger des enfants. Malheureusement, nous savons que nous ne pourrons pas revenir sur certains destins tragiques. Par contre, nous pouvons agir sur d’autres histoires non médiatisées qui méritent une prise en charge.

Les lanceurs d’alertes doivent se rassembler pour se faire entendre afin d’éviter que les récits qu’ils évoquent et qui génèrent une grande émotion dans la société ne soient multipliés par un chiffre qui nous donnerait le tournis. Des centaines d’enfants en Belgique sont en grandes détresses, en difficulté ou en danger par manque de place dans des structures adaptées. Des parents demandent de l’aide, d’autres sont absents ou inadéquats et la société peine à prendre le relais.

Les secteurs qui crient leur désarroi disent tous la même chose, nous sommes face à un mur. « Qu’attendons-nous pour mettre le focus sociétal sur l’enfant ? » Non pas pour construire des « enfants rois », qui n’ont pas reçu de cadre et qui vont se transformer en tyrans envers leurs parents et la société, mais plutôt pour faire grandir des enfants qui ont besoin de soins et de structures adaptées, parfois en dehors de leur environnement familial, pour devenir les adultes responsables et vigilants de la société de demain.

Si notre pays veut prendre une direction qui regarde le XXIIe siècle droit dans les yeux, nous devons faire le pari sur nos enfants. Nous connecter à la réalité et sortir de l’entre-soi. La société doit prendre un tournant durable économiquement et sociétalement. Des jeunes, en meilleure santé ceux-là, nous l’ont rappelé à leur manière en défilant par dizaines de milliers dans notre capitale pour envisager un avenir plus serein sur une planète vivable. Les avons-nous entendus ? Avons-nous tenu compte de leurs besoins ?

Ne devrions-nous pas, comme le Québec par la voix de son Premier ministre l’a dit fin de l'année dernière, nous unir pour redire d’une seule voix : « Les enfants d’abord ! » en mettant de côté les idéologies qui nous écartent de ce postulat. Nous devons passer de la parole aux actes en tenant toujours compte en premier lieu de l’intérêt des enfants, quels que soient le secteur et les valeurs humaines qui s’y rattachent. Se tourner vers l’avenir, c’est regarder à côté de nous dans les faits. Comment vont les enfants qui nous entourent ? Comment grandissent les enfants qui nous sont confiés dans notre cadre privé et professionnel ? De quoi ont-ils besoin ? C’est la question fondamentale.

En étant de nature plutôt optimiste, dans mon domaine professionnel de l’accueil familial je suis toujours confronté à la séparation d’enfants de leurs parents, on peut avancer que très souvent ils cessent d’aller mal… mais qu’ils ne vont pas nécessairement bien. Trop souvent, ils ne sont pas encore suffisamment entendus et respectés dans leurs besoins.

Donc, nous avons besoin des uns et des autres pour avancer dans la bonne direction et débusquer les brouilleurs d’alerte de l’épidémie mondiale qu’est la maltraitance infantile par exemple, pour définitivement orienter le tournant de civilisation que nous vivons vers les enfants, leurs besoins, en respectant leurs liens d’attachement, leur cadre de vie qui devra être décent, leur rythme, en les laissant juste être des enfants. Ne pourrions-nous pas parier ensemble sur une parentalité partagée sociétalement. Notre civilisation est face à des défis énormes qui nous encouragent à développer des projets et des idées novatrices pour les générations futures. Faisons-le en gardant le focus sur les enfants, quel que soit notre domaine de compétence.