Oui, la Ville de Bruxelles devait interdire la mendicité avec enfants

Plus de trente associations ont critiqué dans La Libre le règlement de la Ville de Bruxelles qui interdit la mendicité avec enfants. Le bourgmestre de Bruxelles Philippe Close leur répond.

Philippe Close
©© Bernard Demoulin

Depuis la fin du mois de mars, pratiquer la mendicité au cœur de la capitale avec des enfants âgés de moins de 16 ans est formellement interdit. Le conseil communal de la Ville de Bruxelles a en effet adopté, à l’unanimité, un nouveau règlement en ce sens. Le non-respect de la nouvelle disposition est passible d’une amende de 350 euros, mais pas au premier constat. Tout membre du corps de police est en effet tenu dans un premier temps d’informer la personne de cette interdiction, de rappeler l’existence des services sociaux de la commune et des droits de l’enfant. C’est seulement ensuite que l’amende administrative pourra être infligée. Selon la Ville, le dispositif vise à protéger les enfants.

D'autres communes devraient-elles suivre cet exemple ? Non, disent plus de trente associations qui ont rédigé une tribune publiée dans La Libre. Elles regrettent un règlement peu efficace et précarisant encore davantage les familles et les enfants pauvres. Le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close (PS), se défend.

Pourquoi avez-vous pris ce règlement ?

Je me suis refusé à prendre un règlement qui touche à toute la mendicité - comme cela peut se faire ailleurs - car je rappelle que la mendicité n’est plus un délit. Pour autant, on ne peut tolérer la mendicité infantile. Nous avons donc rédigé un règlement qui comprend une gradation après avoir longuement discuté avec le délégué général aux droits de l’enfant, différentes associations, nos services sociaux et notre service de police spécialisé dans le sans-abrisme, appelé Herscham (nous sommes une des seules zones à disposer d’un tel service). Notre volonté était de rappeler une norme : les enfants ne peuvent être instrumentalisés en vue de la mendicité, leur place est à l’école. Le droit et l’obligation à la scolarité s’adressent à tous les enfants sans exception.

Quelle était la réalité de cette mendicité ? Aviez-vous des chiffres ?

Des dizaines d’enfants étaient utilisés dans le cadre de la mendicité. Dans la rue Neuve, il y avait des campements d’une centaine de personnes avec de nombreux enfants.

Depuis longtemps ?

Il y en avait avant le Covid, puis cela a repris ces derniers mois avec une ampleur inédite. On ne va pas se cacher, c’est principalement avec la communauté rom qu’il y a un problème à ce niveau. Et je précise que depuis que ce règlement a été pris, toutes les personnes qui mendient avec les enfants sont parties. Je ne dis pas que tous les problèmes liés à la grande pauvreté sont résolus, mais ce règlement a prouvé son efficacité.

Savez-vous où sont parties ces personnes ? Dans d’autres communes ?

Selon les informations que nous avons obtenues de nos services de police, elles sont rentrées en Roumanie.

Les associations rappellent que la Coordination des ONG pour les droits de l’enfant note que l’arsenal législatif était suffisant, et que ce règlement risque de précariser davantage les enfants...

Je ne vais pas m’opposer à ces associations qui font du bon boulot et avec lesquelles nous partageons les mêmes objectifs, mais regardez les faits : nous avions une explosion de la mendicité infantile que nous ne pouvions tolérer, les règlements dont elles parlent n’étaient donc plus efficaces. Aujourd’hui, cette mendicité n’existe plus. Je ne suis pas naïf pour autant : nous n’avons pas tout réglé et ces personnes pourront revenir, car il s’agit d’une catégorie de personnes qui ont un rythme saisonnier dans leur mendicité. Je ne connais en effet pas de résidents belges qui mendient avec leurs enfants.

Ce règlement ne s’attaque-t-il pas uniquement à la partie émergée de l’iceberg ? D’autant que le volet préventif qu’il comprend est peu détaillé…

On aurait préféré éviter un tel règlement, mais il vient compléter un important dispositif contre la pauvreté. Nous avons des équipes de gardiens de la paix qui comprennent le roumain, nous sommes prêts à ouvrir des places dans les écoles, nous avons une cellule qui s’occupe uniquement des Roms au CPAS, mais les Roms de passage en Belgique ne souhaitent pas rentrer en contact avec nos services sociaux pour différentes raisons. On ne peut donc pas dire que nous ne mettons rien en place. Plus globalement encore, je rappelle que notre CPAS est le plus gros du pays et réalise un travail gigantesque envers les personnes sans-abri, les migrants et les sans-papiers. Environ 70 % de l’aide médicale urgente du pays est prise en charge par l’hôpital Saint Pierre et le CPAS (dont dépend l’hôpital). En matière de scolarité, nous sommes le plus grand pouvoir organisateur de la Fédération Wallonie-Bruxelles. On peut bien entendu toujours faire davantage, mais nos équipes réalisent un travail énorme. N’oublions pas non plus que l’extrême pauvreté interroge l’exercice global de notre solidarité.

Légalement, le règlement tient-il la route ? La jurisprudence ne plaide pas en sa faveur…

Il y a toujours le risque de recours, mais je considère que nous avons dû prendre ce règlement car les précédents ne fonctionnaient plus, et que nous devions rappeler que la place des enfants n’est pas dans la rue. Si certains remettent cela en cause, je le regrette.