Les victimes des inondations sont-elles mortes pour rien ?

Périodes de sécheresse plus longues et pluies plus intenses : nous allons vivre peut-être les plus terribles décennies de l’histoire de l’humanité. Nous les jeunes marchons et hurlons notre appel au changement. Et vous ? Qu’attendez-vous ?

Contribution externe
Les victimes des inondations sont-elles mortes pour rien ?
©Vincent Dubois

Une carte blanche d'Emmeline Van den Bosch, 24 ans, qui a été, avec sa famille, sinistrée pendant les inondations de juillet 2021.

Plic, ploc, plic, ploc. J’entends les gouttes de pluie s’écraser contre la vitre de la fenêtre de ma chambre. Il pleut à verse depuis plusieurs jours. Depuis quelque temps maintenant, je vois que le climat en Belgique a changé. On observe des périodes de sécheresse plus longues qu’avant, mais aussi des pluies plus longues, plus intenses, plus violentes lorsqu’elles arrivent.

Une peur constante

Je repense au mois de juillet 2021, comme chaque fois qu’il pleut un peu trop depuis cet été-là. Cela fera bientôt dix mois que le ciel nous est tombé sur la tête, que la colère d’une nature malmenée a détruit une partie de nos vies. Cela fera bientôt dix mois depuis les inondations.

Et dix mois plus tard, où en est-on ? Depuis presque un an, j’ai l’impression de n’avoir plus jamais eu l’occasion de penser à autre chose. Il n’y a que cette peur constante qui remplit mes journées. La peur de voir à nouveau les flots se déchaîner. La peur de voir à nouveau les maisons et les magasins, à peine reconstruits pour certains, ou encore délabrés pour d’autres, être à nouveau la cible des eaux. Et dans ces maisons et ces magasins, nos vies et nos souvenirs. Nos proches, nos restants d’espoir, et nos efforts pour continuer à avancer, malgré tout.

Partir n’est pas la solution

Depuis dix mois, le magasin de mon papa, Artàtable, complètement détruit par la Dyle en juillet 2021, n’a pas déménagé. Propriétaire du bâtiment, il a préféré rester et reconstruire plutôt que de tout recommencer à zéro ailleurs. Ce n’est pas si facile de partir. D’ailleurs, où pourrait-il aller si, de toute façon, c’est sur toute la planète qu’on est en danger ?

Partir, c’est une fausse solution. Même si l’on s’en allait pour ne plus être sur place et subir les prochaines inondations, on laisserait des personnes derrière soi. Des personnes qui méritent aussi qu’on se batte pour elles.

Mais, dix mois plus tard, où en est-on dans ce combat contre les inondations et pour ces personnes ? Qu’est-ce qui a été fait pour améliorer la gestion des territoires ? Qu’est-ce qui a été fait pour s’attaquer à cette anxiété qui nous ronge depuis juillet dernier ? Qu’est-ce qui a été fait pour permettre à la jeunesse de mieux dormir en pensant à demain ?

La jeunesse, première victime

Je suis de cette jeunesse, déjà victime des conséquences du changement climatique avant même d’avoir eu le temps de vivre. Je suis de cette jeunesse qui passe son temps à s’époumoner pour être entendue après avoir perdu pour toujours une part de soi dans les froides eaux de l’été 2021. Je suis de cette jeunesse qui a pratiquement renoncé à avoir un jour des enfants, de peur de les voir un jour se noyer, ou mourir de soif, car ce sera probablement l’un ou l’autre si l’on ne fait rien.

Dix mois plus tard, où en est-on ? Nulle part. Qu’attendons-nous ? Qu’attendez-vous ? Les personnes qui ont trouvé la mort dans les inondations sont-elles mortes pour rien ? Attendrez-vous la prochaine vague, la prochaine pluie, la prochaine montée des eaux et la destruction de tout ce qui vous est cher pour commencer à agir ?

Relisez le rapport du Giec

Si vous lisiez le troisième volet du sixième rapport du GIEC, vous pourriez vous rendre compte que des solutions existent, que tout n’est pas perdu. Mais nous avons besoin de vous pour les mettre en place, nous avons besoin de financement et de courage politique. Et cela sera sans doute plus facile que de voir à nouveau mourir des êtres humains dans les prochaines inondations. Si vous ne voulez pas avoir à payer pour les soins de santé mentale de toute ma génération qui est chaque jour un peu plus paralysée par l’éco-anxiété, ou pour reconstruire tout ce qui ne sera bientôt plus que les ruines d’un ancien monde bâti sur les énergies fossiles, soutenez-nous.

Voulez-vous changer ?

Dix mois après les inondations, nous sommes debout. Nous marchons et nous hurlons notre appel au changement. Nous changeons les choses, lentement. Nous créons nos propres solutions. Mais ça ne suffira pas. Nous avons besoin de tout le monde dans ce combat pour la survie de l’humanité. Nous avons besoin de tout le monde pour choisir ensemble une sobriété moderne et tellement plus confortable que le mélange d’énergies fossiles, de pollution, de stress, de bruit, de produits toxiques, de plastique, et de culpabilité dans lequel nous vivons aujourd’hui. Nous avons besoin de tout le monde pour décider que nous méritons mieux que ça et que le changement sera libérateur. Personne n’aime entendre que ses enfants vivront peut-être les plus terribles décennies de l’histoire de l’humanité. Personne n’aime imaginer que ses enfants auront à s’enfoncer en pleurs dans une eau glacée et boueuse pour arriver à s’extirper d’un bâtiment noyé qui menace de s’effondrer.

Faisons en sorte qu’aucun enfant, ni les vôtres, ni les miens, n’aient jamais à vivre ce que nous avons vécu en juillet 2021. Il n’est pas trop tard pour changer. Il faut juste le vouloir.

Mais le voulez-vous ?

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