Soyons visionnaires: plantons une nouvelle forêt aux abords de Louvain-la-Neuve

Face aux changements climatiques, et par un geste fort, ambitieux et historique, l’UCLouvain pourrait renoncer au profit financier que représente le terrain à lotir de 15 hectares entre N4 et E411.

Contribution externe
Soyons visionnaires: plantons une nouvelle forêt aux abords de Louvain-la-Neuve
©FLEMAL JEAN-LUC

Une carte blanche de Pascal Warnier, économiste, citoyen de Louvain-la-Neuve.

Le 15 juillet 2021, des pluies torrentielles s’abattaient sur le Brabant wallon, mettant sous eau plusieurs villes et villages de la jeune province. Louvain-la-Neuve n’a pas fait exception. Le tout nouveau quartier Courbevoie a ainsi vu ruisseler des torrents d’eau en provenance de la Nationale 4, située en surplomb de ce nouvel ensemble immobilier. Les parkings ont été fortement inondés et les bassins d’orage construits en contrebas se sont avérés largement insuffisants pour contenir la puissance des flots dévalant la pente et se frayant naturellement un chemin vers la vallée de la Dyle située quelques kilomètres plus bas.

Le 4 avril 2022, le Giec publiait le troisième et dernier volet de son 6e rapport. Les constats des précédents rapports se voient largement confirmés. Il existe un lien sans équivoque entre les activités humaines et le dérèglement climatique ayant notamment pour conséquence des phénomènes climatiques extrêmes de plus en plus fréquents. « Nous sommes à la croisée des chemins. Les décisions que nous prenons maintenant peuvent garantir un avenir viable. Nous disposons des outils et du savoir-faire nécessaires pour limiter le réchauffement et ses incidences catastrophiques » a déclaré Hoesung Lee, le président du Giec. Mais il faut agir vite, fort et sur tous les fronts.

Pour un geste fort, ambitieux et historique

Le 26 avril 2022, le média Nationale 4 publiait une investigation sur les inondations de l'été 2021 dans la zone Courbevoie à Louvain-la-Neuve. La conclusion de cette enquête révèle que les bassins d'orages construits dans le parc jouxtant ce nouveau quartier sont sous-dimensionnés car abreuvés d'un trop-plein d'eau provenant d'un espace agricole «oublié» de 15 hectares, situé en amont de la N4. D'après les journalistes de ce nouveau média, ce débordement des eaux était prévisible et d'ailleurs déjà évoqué en 2019 dans un rapport commandité par l'UCLouvain, propriétaire historique des terrains cédés à Courbevoie. Le conseil communal de la ville s'est emparé du sujet à la demande du collectif Kayoux. Le président du conseil avouera en séance que : « A présent nous devons avoir le souci du très long terme, compte tenu des changements climatiques, il y aura nécessairement de fortes intempéries, donc un besoin de l'ensemble de l'égouttage de LLN d'être ajusté ». L'échevin des voiries déclarera pour sa part que : « Il doit être fait un grand bassin d'orage dans le champ. C'est là : retenons l'eau avant qu'elle n'arrive (…) On se dirige vers ça. C'est clair dans la tête de tout le monde. ( …) ».

Nous voyons bien, par cette problématique locale, que les décideurs publics doivent faire face de plus en plus souvent aux conséquences des changements climatiques, oubliant trop souvent de penser et d’agir préventivement. Il nous semble qu’ils restent habités par le court-termisme et par la croyance en la toute-puissance technoscientifique. A un problème correspond inévitablement une solution technique.

Plutôt que de construire un bassin d'orage et vouloir comprimer l'eau dans du béton, agissant ainsi en maître et possesseur de la nature, pourquoi ne serait-il pas décidé d'une autre voie. Par un geste fort, ambitieux et historique, l'UCLouvain pourrait renoncer au profit financier que représente le terrain à lotir de 15 hectares entre N4 et E411. Elle pourrait renoncer à certaines ambitions urbanistiques pour, à la place, planter une forêt plutôt que d'accroître, en un endroit critique, l'artificialisation des sols. Ce geste visionnaire, dont nous mesurons bien évidemment ce qu'il représente de subversion, de doter la cité néolouvaniste d'un deuxième poumon vert, serait pleinement en accord avec l'engagement urgent que requiert le réchauffement climatique. Un geste emblématique et avant-gardiste qui aurait le pouvoir de marquer les esprits et d'indiquer que oui, une page se tourne et une autre s'ouvre que nous aurons toutes et tous à écrire avec l'encre du respect de notre milieu de vie comme seul et unique vecteur de progrès. Ce choix permettrait de limiter plus naturellement et avec plus d'efficacité le ruissellement des pluies particulièrement en provenance d'une zone située en surplomb de la ville. En effet, il est établi que nos forêts absorbent 150 litres d'eau de pluie au m² et par heure, là où une zone agricole n'en retiendra que … 2 litres. En plus d'agir sur l'imperméabilisation des sols, ce choix aurait également l'avantage de réduire sensiblement l'effet de surchauffe en période de canicule mais aussi d'absorption du CO2 à un endroit de très grand trafic automobile. Une solution pérenne est donc à portée de main. D'autres villes ont déjà fait le choix de la durabilité par de vastes chantiers de re-végétation comme Växjö, « la ville la plus verte d'Europe» ou Göteborg en Suède ou encore Angers, seule ville française à avoir obtenu le prix de « Villes arborées du monde » décerné par la FAO pour avoir radicalement augmenté la végétalisation à la fois dans la ville mais aussi en lisière de celle-ci avec le concours d'associations et d'habitants qui entretiennent une relation forte aux arbres qui les entourent.

Soyons visionnaires: plantons une nouvelle forêt aux abords de Louvain-la-Neuve
©DR

Aujourd'hui, ce sont des décisions radicales qui permettront de protéger la population face aux aléas naturels qui menacent. Pourquoi l'UCLouvain en partenariat avec la ville et la région wallonne n’oeuvrerait-elle pas davantage à l’édification d’une cité plus résiliente en concevant une urbanisation plus ajustée aux caractéristiques environnementales. N’est-ce pas la vocation d’une université, ici dans sa mission de développement urbain, d’être à l’avant-garde de la société et de ses évolutions ?

Dans l’ancien monde qui disparait, les critères économiques, de rentabilité financière, d’immédiateté et d’expansion prévalaient sur toute autre considération. Dans le nouveau monde qui vient, si l’on veut préserver notre planète, les critères qui s’imposeront dans la prise de décision individuelle et publique seront la sobriété, la durabilité et le respect du vivant. Dans tous les domaines. A tous les niveaux. Et sans relâche.

Engageons-nous-y avec détermination. Car planter une nouvelle forêt aux abords de Louvain-la-Neuve, ce n’est pas formuler une utopie de plus mais c’est tout simplement répondre à l’urgence climatique et garantir le bien-être futur des citoyens, de leurs enfants et de leurs petits-enfants.