Le G7 a une occasion unique de dissuader Poutine

Les dirigeants du G7, qui se réunissent cette semaine pour un sommet, devraient tirer parti du soutien public pour reconstruire l’alliance occidentale.

Contribution externe
Le G7 a une occasion unique de dissuader Poutine
©Poppe

Une carte blanche de Susi Dennison, directrice du programme ECFR (1) et de Dina Smeltz, chercheuse en opinion publique et en politique étrangère au Chicago Council on Global Affairs

Alors que les dirigeants américains et européens se réunissent pour le sommet du G7 en Allemagne cette semaine, ils semblent être investis d’un mandat politique pour à la fois consolider les mesures économiques en place contre l’agression de la Russie et renforcer la coopération pour restreindre les ressources de Poutine pour l’empêcher de poursuivre la guerre en Ukraine.

Des deux côtés de l’Atlantique, les personnes interrogées semblent comprendre – et accepter – qu’elles paieront un lourd tribut économique pour la défense de la souveraineté de l’Ukraine et d’un ordre international fondé sur des règles. Mais trois mois après le début du conflit, et alors que le coût de leurs politiques n’a pas encore commencé à se faire sentir, les dirigeants politiques doivent se préparer à un affaiblissement de ce mandat.

Le G7 a une occasion unique, avec un créneau potentiellement court, de donner un nouveau souffle à l’alliance occidentale. Le calcul de Vladimir Poutine, selon lequel il pourrait repousser l’Otan de ses frontières orientales et creuser un fossé entre ses pays membres, a, jusqu’à présent, échoué de manière spectaculaire. Au lieu de diviser l’Occident, il a renforcé son unité. Ses actions ont revigoré la coopération entre les alliés de l’Otan, conduit à l’imposition de sanctions sans précédent et redonné à l’alliance transatlantique un sens du devoir qu’elle n’avait pas connu depuis le début des années 2000. L’assaut contre l’Ukraine a aussi, paradoxalement, renforcé les défenses de l’Europe, en incitant la Suède et la Finlande à présenter des demandes d’adhésion à l’Otan, ce qui aura pour effet de rapprocher l’alliance des frontières de la Russie. Loin d’être “en état de mort cérébrale”, l’Otan semble désormais adaptée à son objectif.

De la perception du conflit

De nouveaux sondages, commandés par le Chicago Council on Global Affairs aux États-Unis et le Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), montrent qu’il existe de nombreuses similitudes dans la façon dont les Européens et les Américains voient le conflit en Ukraine et les mesures qu’ils sont prêts à approuver en réponse à ce conflit.

L’une des principales conclusions des deux sondages est l’énorme soutien de l’opinion publique à l’Ukraine et la conviction qu’elle fait intrinsèquement partie de l’Occident. Malgré les enjeux élevés et le potentiel d’escalade, nous avons constaté que la moitié des Européens et les trois quarts des Américains soutiennent l’idée que l’Ukraine devrait être admise au sein de l’Otan. Parmi les Européens, une nette majorité est également favorable à la candidature de l’Ukraine à l’UE.

Les Américains et les Européens semblent également prêts à supporter un coût financier lié au soutien de leur pays à l’Ukraine. De fortes majorités dans chaque pays sondé estiment que le renforcement des sanctions économiques et diplomatiques à l’encontre de la Russie (77 % aux États-Unis et 70 % en Europe) est justifié, tout comme l’envoi d’une aide économique et militaire à l’Ukraine. 36 % des personnes interrogées aux États-Unis, et une moyenne de 30 % en Europe, soutiennent également l’idée d’envoyer des troupes pour défendre l’Ukraine.

Cela devrait donner du courage aux dirigeants politiques de l’Ukraine et ses citoyens. Cependant, il est peu probable que cet état d’esprit se maintienne si la guerre s’éternise et si les coûts économiques des sanctions continuent de se faire sentir.

Dans le sondage de l’ECFR, 35 % des personnes interrogées – le groupe le plus important – font déjà partie du “camp de la paix”, c’est-à-dire ceux qui souhaitent que la guerre prenne fin le plus rapidement possible, même si cela implique de faire des concessions à Poutine. Et aux États-Unis, un récent sondage a révélé que les Américains sont de plus en plus susceptibles de donner la priorité à la limitation des dommages causés à l’économie américaine plutôt que de sanctionner la Russie aussi efficacement que possible pour son invasion de l’Ukraine.

Le sommet du G7 de cette semaine doit donc être considéré comme une occasion unique de mettre en place des mesures visant à dissuader Poutine de prolonger le conflit. Pour faire honneur au combat acharné que mène l’Ukraine et pour renforcer la pression économique mise en place par les sanctions internationales, le G7 doit maintenant intensifier le soutien militaire et serrer la vis des sanctions. Une alliance transatlantique solide ne suffira pas à mobiliser le système international pour mettre la Russie face à ses responsabilités, mais cela peut constituer une base solide à partir de laquelle pousser d’autres partenaires mondiaux à se rallier pour maintenir la possibilité d’une paix et d’une certaine justice.

(1) Le ECFR est le programme European Power du Conseil européen pour les relations internationales